le vieux monde qui n'en finit pas

23 septembre 2018

Paul Virilio et le péril d'Internet (Libération, mai 1996)

Paul Virilio, on le sait, vient de mourir. En mai 1996, à l’occasion de la sortie de Cybermonde, la politique du pire, il accordait à Libération l’entretien qui suit. Qui s'étonne aujourd’hui d'être pris en otage par les "réseaux" et la propagande mondialisée ne peut feindre de n’avoir pas été prévenu.

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Virlio cyberésistant, par David Dufresne (10/5/1996)

 

Dans Cybermonde, la politique du pire, Paul Virilio met le doigt sur les paradoxes et les pièges des nouvelles technologies. Appelant à se battre contre la "négativité du progrès", il suggère d’"inventer une parade" et de refuser toute idolâtrie.

Urbaniste, spécialiste de la vitesse, Paul Virilio sourit aussi largement que ses propos sont graves. « Qui aime bien châtie bien, répète-t-il à l’envi. Quand on est amateur d’une chose, on doit espérer son progrès. Ceux qui aiment la technique ne peuvent être que résistants à tout ce qui est régressif, autosuffisant ou insuffisant. Il faut dénoncer les limites des technologies», fait-il, un brin agacé par l’enthousiasme autour des autoroutes de l’information. Utilisateur épisodique d’Internet (« Je préfère garder une distance et y participer latéralement. Les visions frontales sont des visions où l’on se fait avoir à tous les coups. »), Paul Virilio sort Cybermonde, la politique du pire, ouvrage-entretien sur les enjeux, terribles et profonds, des nouvelles technologies. Lucide autant qu’alarmiste.

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Dans Cybermonde, la politique du pire, vous parlez de la "propagande" faite autour d’Internet, allant jusqu’à comparer les médias à l’"occupation" et votre travail à celui d’un "résistant". N’est-ce pas exagéré ?

Quand la science informatique surgit, en 1947-1948, les informaticiens disent que c’est la meilleure des choses, mais qu’elle peut aussi être la pire. On sort alors d’une période totalitaire et l’informatique, à travers la naissance de l’ordinateur, a même servi à lutter contre le totalitarisme. Mais les informaticiens d’alors nous préviennent que ce nouveau pouvoir ne doit pas devenir un "pouvoir cybernétique", un autre totalitarisme, pire encore. Je ne fais qu’un raccord avec cette pensée. Si j’ai pris le masque de Cassandre, c’est parce que la publicité est devenue si forte en septembre de l’année dernière, avec la sortie de Windows 95, que je ne pouvais que mettre un holà à ce délire publicitaire. C’est Serge Daney qui disait: "Pendant l’occupation, on ne parle pas de résistance. Or les médias, c’est l’occupation." Et si les médias, c’est l’occupation, les multimédias risquent d’être bien pires. Comme ils peuvent se révéler intéressants: le citoyen du monde se fera par l’information mondiale, c’est évident. Mais on n’en est pas là. Il faut d’abord se battre contre la négativité des nouvelles technologies.

Car, pour vous, il n’y pas de profit sans perte, ni d’invention sans accident.

Inventer un objet, c’est inventer un accident. Inventer le navire, c’est inventer le naufrage. La navette spatiale, l’explosion en vol. Or, inventer les autoroutes électroniques ou Internet, c’est inventer un risque majeur qu’on ne repère pas aussi bien parce qu’il ne fait pas de morts, comme le naufrage ou l’explosion en vol. L’incident informatique est malheureusement peu visible, il est immatériel comme les ondes qui véhiculent l’information.

Vous vous dites pourtant "adepte des technologies".

Je suis un critique d’art des technologies, un amateur inquiet du caractère propagandiste, et soudain, des nouvelles technologies. Quand on commence à idolâtrer la machine, la catastrophe sociale n’est jamais loin.

Le "caractère propagandiste" des nouvelles technologies dépend-il, selon vous, des seules puissances financières ?

Si de grandes entreprises comme Time Warner, Microsoft, Disney, etc., sont en passe de devenir des holdings considérables, c’est parce qu’elles se doivent d’être compétitives au niveau mondial. Les multinationales ne prétendaient pas toutes à la mondialité. Or, aujourd’hui, une multinationale est forcément confrontée à la mondialité. D’où un accroissement considérable de l’investissement publicitaire, et un effet de propagande inévitable. Second aspect de cette propagande: l’origine des technologies telles qu’Internet. Elles sortent de la dissuasion. Précisément du Pentagone et d’Arpanet, ce réseau destiné à résister à des effets électromagnétiques en cas de guerre. On ne peut comprendre le développement de l’informatique sans l’évolution de la stratégie militaire. Puisque la bombe atomique n’est plus réellement dissuasive, en dehors de la politique des blocs, s’est mise en place une guerre de l’information, un pouvoir absolu. Il faut se méfier de ce mélange: d’un côté, un investissement publicitaire; de l’autre, un non-dit sur le plan du contrôle de l’information par les puissances militaires.

Pourtant, en donnant la possibilité à l’utilisateur d’Internet d’être aussi bien récepteur qu’émetteur potentiel, on comprend mal comment le contrôle de l’information peut s’effectuer...

C’est vrai. Mais on ne peut pas se focaliser sur Internet et oublier le reste des autoroutes de l’information et le système complet. Quand on dit "branché", il faut comprendre qu’il s’agit d’un système, dont Internet n’est qu’une partie. Le débat sur le Decency Act(1) est lié à un contrôle futur des médias. Il existe de fait un ministère de l’Information mondiale: c’est la National Security Agency [la NSA, l’agence de renseignement américaine qui intercepte la quasi-totalité des ondes radioélectriques dans le monde, ndlr]. Internet et la NSA sont liés d’une façon ou d’une autre. Alors, jusqu’où ira cette complicité ? Est-ce qu’Internet est le résistant de l’occupation NSA ? On ne peut pas faire le zoom sur Internet en oubliant ce qu’il y a autour. Le propre de la cybernétique, c’est d’être systémique. Tout est lié, tout est branché dans un système de pouvoir mondial, aux mains du Pentagone, et peut-être des Européens demain...

Cela signifierait-il qu’on a ouvert les canaux de diffusion pour mieux les contrôler par la suite ?

Internet est un effet d’annonce pour légitimer l’ouverture des futures autoroutes de l’information. Il est de la publicité en acte, un prix de lancement, très attrayant, et qui, par là même, piège ceux qui auraient quelques réserves vis-à-vis de l’information mondialisée. L’intérêt de la toile d’araignée et du Web, c’est de tout attraper.

Dans votre livre, vous affirmez que le cyberespace n’a rien à voir avec la démocratie, que "le propre de la vitesse absolue, c’est d’être aussi le pouvoir absolu".

Je ne crois absolument pas à ce que j’appelle la démocratie automatique. Je crois à la réflexion, pas au réflexe. Les technologies nouvelles sont des technologies de conditionnement et elles sont redoutables en ce sens qu’elles s’apparentent à l’Audimat et au sondage. La prétendue démocratie électronique sera la fin de la démocratie participative. Si la démocratie directe est valable pour des sociétés microscopiques comme les cantons suisses ou les AG universitaires, elle ne peut l’être à l’échelle mondiale.

Vous parlez même d’une "régression" assurée, aujourd’hui que l’homme a atteint la vitesse limite, celle du temps réel...

Chaque fois qu’on atteint un mur, on recule. Or, l’histoire vient de buter contre le mur du temps mondial. Avec le live, ce n’est plus le temps local qui fait l’histoire, mais le temps mondial. Autrement dit: le temps réel l’emporte sur l’espace réel, l’espace-temps. Nous devrons réfléchir à cette situation paradoxale, qui nous place dans une sorte d’outre-temps. Devant cet accident du temps, un accident sans pareil.

Comment cette "régression" pourrait-elle se traduire ?

La mondialisation entraîne l’autonomisation de groupes restreints. Autrement dit, de sectes qui partagent le pouvoir. Il y a une sectorisation et un sectarisme d’Internet, partie intégrante de la mondialisation. On dépasse l’État-nation au profit d’ensembles plus restreints. Il y a une déconstruction de l’État national qui ne va pas dans le sens d’un dépassement de l’État-nation mais d’une régression aux tribus, aux groupes de pression qui ont précédé l’État national. Et ce n’est qu’en se battant contre la négativité du progrès qu’on inventera une parade. Comme le firent en 1880 les ingénieurs ferroviaires qui se réunirent pour éviter le déraillement des trains, en inventant le bloc system qui régula le trafic. À notre tour d’inventer les bloc systems de la mondialisation de l’information. Avant même qu’il y ait des accidents.

Pour vous, urbaniste, les nouvelles technologies bafouent une des libertés primordiales de l’homme, celle de se mouvoir.

Les télétechnologies de l’action à distance économisent le déplacement. À partir du moment où voyager n’est plus nécessaire, il est à craindre que l’inertie ou le cocooning se développent. Et que le valide suréquipé devienne l’équivalent de l’invalide équipé. Il y a là une menace de paralysie et d’infirmité. Mais aussi une menace psychologique, pour les générations futures des sociétés de l’interactivité accomplie, qui verraient le monde réduit à rien. Des générations qui éprouveraient un sentiment de "grand renfermement", de terre trop petite pour les vitesses, et de transport et de transmissions, un sentiment d’"incarcération". Il y a là une redoutable pollution des distances pour l’imaginaire collectif de demain. On ressent d’ores et déjà cette contraction du monde avec la vitesse des avions supersoniques ou la téléconférence.

D’où votre idée d’"hyperville", de ville-monde, de "temps réel qu’on urbanise au moment où l’on désurbanise l’espace réel".

La ville virtuelle, c’est la ville de toutes les villes. C’est chaque ville importante (Singapour, Rotterdam, Paris, Milan, etc.) qui devient un quartier d’une hyperville, tandis que les villes ordinaires forment d’une certaine façon les banlieues. Cette métropolisation des villes amène à concevoir un hypercentre, une ville du temps réel, et puis des milliers de villes abandonnées à leur sort. Ce qui entraînerait, si j’ai raison, une tiers-mondisation non plus des continents mais des villes, et ce dans toutes les régions du monde.

Malgré ce constat sévère, trouvez-vous quelque mérite à la société de l’information ?

Oui, comme celui de poser enfin la question de la langue commune. Si l’on parle de citoyenneté mondiale, il ne peut en être autrement. C’est la question de Babel, d’ailleurs. C’est-à-dire que nous assistons, non pas à la tour de Babel, mais au retour de Babel ! Est-ce que le monde peut avoir une seule langue ? Cette unicité de la communication est-elle un bien ou un mal ? Autre point positif: l’informatique va nous rendre terriens. En ce sens qu’il y a une identification naturelle de l’homme à la Terre et que la question du citoyen du monde soulève celle de l’être terrien, où l’écologie ne serait plus simplement une écologie de la nature, mais une écologie sociale, planétaire, où l’espèce humaine serait unie de manière terrestre. Mais tout cela est en même temps redoutable: ces questions accomplissent d’une certaine façon ce que les totalitarismes n’ont jamais osé espérer.

Propos recueillis par David Dufresne [que je remercie]

(1) Le projet de loi américain de censure de l’Internet.

Cybermonde, la politique du pire, Paul Virilio, entretien avec Philippe Petit, éditions Textuel, 112 pp., 79FF

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22 septembre 2018

FDJ 98 : Cary Fukunaga & Patrick Somerville

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Maniac, 2018

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Un extrait de la bande-son

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20 septembre 2018

Lectures pour tous : Hector Mathis

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« Je l’ai assez écumée la solitude. Notre seule chance d’échapper aux petites destinées sans saveur, c’est la musique. [...] On n’est rien que de pauvres notes au fond. En plein milieu des portées, trimballées, bousculées, raturées. On se gonfle, on baratine pour avoir l’air d’une mélodie complète. On ne fait illusion qu’un temps ! Et malgré ça... Une fois que tout a foutu le camp, châteaux, lumières, restaurants, amis, grisâtre et souvenirs, tout ! Absolument tout ! Alors il ne reste plus que la musique. Rien qu’elle et elle seule. La vie ce n’est qu’une foutue partition pour détraqués. »

Hector Mathis, K.O., Buchet Chastel 2018

mathis ko

 

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30 ans de subversion carabinée (16) Paul Paillette

Nous célébrons le trentième anniversaire de l’Anthologie de la subversion carabinée de notre cher Noël Godin. Pendant cent jours, des auteurs choisis au hasard dans le sommaire du livre sont ici proposés, avec un ou deux extraits pris au hasard dans le chapitre à chacun consacré. L’exercice est gratuit, paresseux et purement incitatif. Pour le reste, démerdez-vous. Réimprimée plusieurs fois, l’Anthologie est encore en vente libre (éditions de l’Âge d’homme), grâce à elle c’est Noël tous les matins. Achetez-la, volez-la, donnez-la ou partagez-la, mais lisez-la.

Aujourd’hui : Paul Paillette

paul paillette

« J’ai tout scié » (1888)

J’suis un bohême, un révolté.
J’ai tout scié : Patrie et Famille.
E’ m’dégoût’, la vieill’ société :
Faut s’vend’ pour avoir la croustille.
J’aurais pu dev’nir un bandit :
Mon aïeul était royaliste.
J’ai brûlé mes lett’ de crédit ;
J’suis anarchiste. [...]

Ils sont traqués, les insoumis ;
Les chiens vendus leur font la chasse ;
Mais j’m’en fous, me v’là, les amis :
Si y a du danger, j’veux ma place !
Pour travailler à démolir
Je m’sens des appêtits d’artiste ;
Tout’ les vach’s ne m’f’raient pas faiblir :
J’suis anarchiste.

Profession de foi

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19 septembre 2018

Hotties Reading 543

hr higelin 7 jours ailleurs

Jacques Higelin, 7 jours ailleurs (Marin Karmitz 1969)

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17 septembre 2018

Ils ont échangé mon enfant

La vie est pleine d'amusements.

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16 septembre 2018

FDJ 97 : Hu Bo

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Jing li de ren [The man in the well] 2016

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Djamel 1947-2018

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30 ans de subversion carabinée (15) Valerie Solanas

Nous célébrons le trentième anniversaire de l’Anthologie de la subversion carabinée de notre cher Noël Godin. Pendant cent jours, des auteurs choisis au hasard dans le sommaire du livre sont ici proposés, avec un ou deux extraits pris au hasard dans le chapitre à chacun consacré. L’exercice est gratuit, paresseux et purement incitatif. Pour le reste, démerdez-vous. Réimprimée plusieurs fois, l’Anthologie est encore en vente libre (éditions de l’Âge d’homme), grâce à elle c’est Noël tous les matins. Achetez-la, volez-la, donnez-la ou partagez-la, mais lisez-la.

Aujourd’hui : Valerie Solanas (1936-1988)

valerie solanas

« Les agissements de SCUM seront criminels » (1967)

« Les femmes qui sont les moins compromises dans la culture mâle, celles qui ne sont pas charmantes, ces esprits simples et grossiers pour qui baiser n’est que baiser, trop infantiles pour ce monde adulte de grands-ensembles, d’intérêts à 10%, de casseroles et de merdes de bébé, trop égoïstes pour élever des enfants et des maris, trop peu civilisées pour ne pas se branler de toutes leurs opinions, trop arrogantes pour respecter Papa, les "Grands" ou la profonde sagesse des Anciens, qui ne font confiance qu’à leurs instincts les plus bas, pour qui la Culture c’est d’abord et avant tout de la merde, dont le seul divertissement est de rôder à la recherche d’émotions et d’événements excitants, qui "font des scènes" et offrent le spectacle répugnant, bas, gênant, de salopes déchaînées en train de gifler à tour de bras ceux qui leur agacent les dents, qui n’hésiteraient pas à planter un couteau dans le ventre d’un type ou à lui enfoncer un pic à glace dans le cul au premier coup d’œil si elles pensaient pouvoir s’en tirer, bref celles qui, selon les critères de notre "culture" sont la lie de la terre, les SCUM... sont des filles à l’aise, plutôt cérébrales et tout prêt d’être asexuées.

« Débarrassées des convenances, de la gentillesse, de la discrétion, de l’opinion publique, de la "morale", du "respect" des trous-du-cul, toujours sales et abjectes, les  SCUM arrivent... partout... partout... elles ont tout vu... tout le machin, baise et compagnie, suce bite et suce con... elles ont été à voile et à vapeur, elles ont fait tous les ports et se sont fait tous les porcs... il faut avoir pas mal baisé pour devenir anti-baise, et les SCUM sont passées par tout ça, maintenant elles veulent du nouveau. Elles veulent sortir de la fange, bouger, décoller, sombrer dans les hauteurs. Mais l’heure de SCUM n’est pas encore arrivée. La "société" nous confine encore dans ses égouts. Mais si rien ne change et si la Bombe ne tombe pas sur tout ça, notre société crèvera d’elle-même. »

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13 septembre 2018

Lectures pour tous : Jean-Marc Rouillan

Vient de sortir

rouillan

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Le mot de l'éditeur, et la 4e de couv

Écrit en prison en 1998, Dix ans d’Action directe a longtemps été retenu dans les disques durs de l’éditeur, suspendu au calendrier pénal de l’auteur. En liberté conditionnelle depuis 2008, ce dernier n’avait pas le droit de s’exprimer publiquement sur les faits pour lesquels il avait été condamné – et dont certains sont rapportés dans ce livre. Cette obligation de se taire a pris fin en même temps que la conditionnelle, le 18 mai dernier.

Jann Marc Rouillan ayant purgé sa peine, il lui est désormais possible de livrer son témoignage sur l’activité d’AD. Et au public de mieux comprendre pourquoi, à la fin des années 1970, alors que d’autres s’efforçaient de refermer définitivement la parenthèse de Mai 68, un certain nombre d’hommes et de femmes firent le choix des armes pour défendre leurs idées. [Paru le 12 septembre]

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« Le nom “Action directe” a surgi lors d’une réunion dans un tout petit appart donnant sur le cimetière de Montmartre. Il avait été avancé par un camarade italien. Savait-il que la puissante organisation du syndicalisme révolutionnaire italien au début du XXe siècle était Azione Diretta ? Lorsque ce nom est apparu officiellement, nombreux furent les censeurs : ils n’y voyaient que référence au militarisme ou à l’anarchisme de la propagande par le fait. C’était oublier combien ce terme appartient au patrimoine de toute la classe prolétarienne, qu’on le retrouve dans les premiers congrès de la CGT et dans les luttes de libération nationale. »

Du choix de la lutte armée à l’emprisonnement de 1980 et l’amnistie de 1981, de l’investissement avec les sans-papiers du quartier de la Goutte d’or au retour à la clandestinité en 1982 puis à l’arrestation de 1987 avec Nathalie Ménigon, Joëlle Aubron et Georges Cipriani en passant par les liens avec la Fraction armée rouge et les Brigades rouges, Jann Marc Rouillan raconte pour la première fois l’histoire interne d’Action directe. Analyse critique par l’un de ses protagonistes, ce livre est une pièce indispensable d’un fragment de l’histoire politique française et européenne. Si cette histoire attend ses historiens, elle ne se fera pas sans ses témoins.

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12 septembre 2018

FDJ 96 : Buster Keaton et Edward Cline

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The High Sign (Malec champion de tir), 1921

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Hotties Reading 542

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William Faulkner, écrivain américain (1897-1962)

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El tigre salto y mato, pero morira... morira...

Santiago Alvarez, 1973

Relato en cuatro canciones como homenaje a Víctor Jara y a las víctimas del sadismo fascista
que las Fuerzas Armadas y la CIA perpetraron en Chile.

[anniversaire : 11 septembre 1973]

el tigre

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30 ans de subversion carabinée (14) Félix Fénéon

Nous célébrons le trentième anniversaire de l’Anthologie de la subversion carabinée de notre cher Noël Godin. Pendant cent jours, des auteurs choisis au hasard dans le sommaire du livre sont ici proposés, avec un ou deux extraits pris au hasard dans le chapitre à chacun consacré. L’exercice est gratuit, paresseux et purement incitatif. Pour le reste, démerdez-vous. Réimprimée plusieurs fois, l’Anthologie est encore en vente libre (éditions de l’Âge d’homme), grâce à elle c’est Noël tous les matins. Achetez-la, volez-la, donnez-la ou partagez-la, mais lisez-la.

Aujourd’hui : Félix Fénéon (1861-1944)

félix fénéon

Pour l’échange de bons procédés (1893)

« Décidément, le respect de l’autorité et le prestige de l’uniforme ne se manifestent plus guère qu’en de pauvres cervelles. À Argenteuil, un gendarme a été rossé d’importance par un particulier sans doute tracassé et malmené naguère par le soudard pour un simple délit de chasse. Qu’importe le motif de représaille: l’essentiel est que Pandore a été corrigé et qu’il eût été impitoyablement occis sans un de sa bande arrivé juste à temps pour le dégager. Le plus regrettable c’est que Grimban – le courageux agresseur à qui nous adressons notre franche sympathie – n’a pu, malgré son énergie, résister aux deux sbires qui purent le ficeler et traîner à la gendarmerie, où certainement, dans un coin, il dut être assommé par toute la brigade sonnée à cet effet. Ce qui stupéfie les feuilles soumises racontant l’histoire, c’est que durant la lutte, nulle intervention ne se produisit de la part des deux cents personnes qui faisaient cercle autour des deux adversaires. Cette indifférence est déjà de bon augure pour nous, mais c’eût été plus réjouissant encore si la foule avait délivré le prisonnier. Ça viendra ! »

« Le compagnon Liard, de Bordeaux, vient d’être condamné à quatre mois de prison pour avoir tenté d’empêcher un ouvrier de trahir ses camarades grévistes en se vendant à vil prix au patron; Gustave Mathieu à un an, pour avoir rendu service à une mégère suspecte en lui déménageant des tonneaux de vernis qu’elle voulait sauver des griffes de créanciers menaçants. Comme les capitalistes et leurs magistrats à gages sont maladroits dans leur défense lorsqu’ils croient annihiler les propagandistes en les captivant ! Liard et Mathieu ne font que changer de milieu et prêcheront la Révolte à leurs codétenus avec d’autant plus de succès que les réprouvés qu’on enferme n’ont plus rien à espérer de la Société. Dehors, nos amis ne réussissaient peut-être qu’à faire de lamentables grévistes ou de discutables insoumis. En prison, il prépareront des destructeurs. »

« Les feuilles publiques racontent qu’un journalier ne trouvant plus à se vendre s’est jeté dans la Seine, abandonnant trois enfants malades, dans le plus complet dénuement. Le respect de la propriété est idiot. On ne peut voler que ce qui appartient à autrui. Or, rien n’étant à personne, c’est faire le Mal que de se détruire en laissant les siens dans l’impossibilité de se subvenir, alors qu’il y a partout surabondance de produits. Et il est vertueux de déposséder quelqu’un pour satisfaire plusieurs. [...] »

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09 septembre 2018

Lecture pour tous : Pierre Guyotat

[En souvenir de Budd Boetticher, tellement surpris]

« Le chien, la moitié de mon quignon avalée, lèche boit la neige, remue sa queue fournie, lèche ma main, trotte plus loin, je le suis, d’autres se joignent à lui, à nous, s’écartent, détalent, droite, gauche, se reforment en bande loin devant nous, jusqu’au Pont-Neuf; la bande s’égaille entre les pavillons Baltard, mais le chien me pousse aux jambes et par des lècheries aux mains me dirige vers ceux de la viande; la neige reprend, lourde, liquide, dans la nuit; ne serais-je pas plus affamé que ce chien dont mâchoires, gorge, boyaux, rectum peuvent s’accommoder de déchets de rue ? Et s’il m’attrapait une côtelette sur un étal, on ne pourrait lui battre que ses flancs à s’enfuir plus loin ou ramper ou sauter dans un lieu inaccessible à l’homme, mais moi, à le faire, je serais saisi, mis au trou, jugé, condamné; lui faire saisir pour moi sur l’étal une côtelette ? Du vol, encore du vol, encore plus de non-existence; et la manger ronger crue ? la faire rôtir sur un feu de misère dans un renfoncement de miséreux, leur prendre de ce feu qui les réchauffe ? Où me cacher pour la manger saisie, ruisselant de sa graisse ? Plus loin vers le terrain vague de Beaubourg ? sur le quai ? À l’entrée de la rue Saint-Denis, le chien, sa côtelette crue aux crocs, me quitte: ai-je mes doigts, ma bouche barbouillés de graisse que, dans le mouvement silencieux des hommes sous la neige, un, deux, trois m’effleurent comme pour me la lécher ? »

Pierre Guyotat, Idiotie, Grasset/Fasquelle 2018

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idiotie

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08 septembre 2018

FDJ 95 : Chantal Akerman

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Sud, 1999

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30 ans de subversion carabinée (13) Joseph Déjacque

Nous célébrons le trentième anniversaire de l’Anthologie de la subversion carabinée de notre cher Noël Godin. Pendant cent jours, des auteurs choisis au hasard dans le sommaire du livre sont ici proposés, avec un ou deux extraits pris au hasard dans le chapitre à chacun consacré. L’exercice est gratuit, paresseux et purement incitatif. Pour le reste, démerdez-vous. Réimprimée plusieurs fois, l’Anthologie est encore en vente libre (éditions de l’Âge d’homme), grâce à elle c’est Noël tous les matins. Achetez-la, volez-la, donnez-la ou partagez-la, mais lisez-la.

Aujourd’hui : Joseph Déjacque (1822-1864)

joseph déjacque

« Par l’insurrection ou par l’assassinat » (1854)

« Oui, hors la loi ! Et il est de droit, et il est de devoir – quand on en a les moyens, la puissance –, de protester contre l’oppression bourgeoise ou princière, et par le fusil en s’insurgeant en masse, bannière au vent, sous le soleil des barricades, et par le couteau en s’insurgeant individuellement, seul à seul, à l’angle d’une rue déserte et sous le voile de la nuit. Tuer et dépouiller un prince de son sceptre, tuer et dépouiller un bourgeois de son or, ce n’est pas tuer et dépouiller un homme. C’est détruire une bête féroce et la dépouiller de sa fourrure. C’est, pour le prolétaire, à toute minute des vingt-quatre heures du jour, un cas de légitime défense. » La Question révolutionnaire (1854)

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06 septembre 2018

Burt Reynolds 1936-2018

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Sob.

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05 septembre 2018

Lectures pour tous : William Faulkner

« Et alors, nous avons vu que ce n’était pas la valise qui lui donnait cet air différent. C’était sa figure, et Jewel a dit : "Il se les est fait mettre, ces fameuses dents." [...] "Voilà Cash et Jewel et Vardaman et Dewey Dell", dit notre père, comme qui dirait penaud et fier à la fois, avec ses dents et le reste, quand même il évitait de nous regarder. "Je vous présente Mrs. Bundren", qu’il dit comme ça. »

William Faulkner, Tandis que j’agonise (1930),
trad. Maurice Edgar Coindreau, Gallimard 1934

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Faulkner et Billie Holiday (1956)

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Hotties Reading 541

hr de hert potemkine

Robbe de Hert, Potemkine 3 [Jean-Marie Buchet 1974]

Posté par charles tatum à 00:04 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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