le vieux monde qui n'en finit pas

19 juin 2019

Une critique de film : « Porte sans clef », de Pascale Bodet

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Frappez et entrez
Porte sans clef de Pascale Bodet (par Emile Breton)
[Le film est visible sur quelques écrans de France depuis le 19 juin]

 

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« C’est l’histoire de… Non, ce n’est pas une histoire. C’est un portrait. Celui d’un appartement parisien, fenêtre sur rue, fenêtre sur cour. Un extérieur. Un intérieur et ses occupants. Deux permanents: la locataire (ou propriétaire ?), un gymnaste qui fait ses gammes corporelles dès le matin, et des intermittents. Ils frappent à la porte, on va leur ouvrir. Ils s’installent, se lancent dans de grands discours sur le cours du monde, parlent chiffons, sens de la vie. Ou se taisent, passent et s’en vont. Certains dorment là dans des lits, par terre sous des couvertures. Beaucoup de couvertures dans ce film. Ainsi se croisent des vies, se nouent des amours ou des querelles. Querelles parfois violentes, un sac à main de femme faisant fonction de casse-tête sur un punching-ball masculin. Soit la vie d’un petit groupe de quadragénaires pas vraiment sortis de l’adolescence, sous l’œil d’une caméra cruelle et féroce, qui sait prendre la distance d’un humour jamais surligné.

« On l’aura compris, on aime beaucoup ce film. Peut-être parce que c’est un film « primitif ». Et qu’on ne prenne pas ça pour une critique. Bien au contraire. On dit cela d’un temps où le cinéma s’inventait, filmant frontalement des acteurs, où l’on passait d’une scène à l’autre sans trop se soucier de liaisons. Et un film d’amateurs: les acteurs et techniciens sont des amis. Les acteurs parfois sont aussi techniciens. Et la réalisatrice est aussi locataire (ou propriétaire ?) de l’appartement. Et actrice. Tous, manifestement, s’amusent bien, à jouer aux « pros ». Qu’ils sont, en fait. Car tout est cohérent ici, et pas de discours extérieur à ce qui est montré. Ainsi, côté rue, la fenêtre découvre, dès le premier plan, un camp de migrants. Pas la leçon attendue, ils sont là et voilà. Là, comme l’appartement avec ses occupants tout à leurs petites affaires, à leurs envolées sur le sens de la vie. Ils voient ce camp, de cette fenêtre. Ouvrons l’œil pourtant: dans un autre plan, l’actrice-réalisatrice apprend à un enfant noir à réciter un texte où il est question de « se mettre à la place de l’autre ». Puis, au cas où l’on aurait oublié cette très brève scène, un peu plus tard, un autre occupant fera répéter à l’enfant noir une autre leçon.

« Et si cette porte allégorique du titre désignait le film même et la clef, celle dont n’aurait pas besoin le spectateur ? Il frappe et on le fait entrer. Voilà du cinéma. Pas du prêt-à-porter, prêt-à-penser. On lui souhaite le public intelligent qu’il mérite. »

Emile Breton, L'Humanité

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Zappy Max 1921-2019

zappy max

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Extrait de Faites-moi confiance, Gilles Grangier 1953

[sans oublier notre millionnième coup de chapeau à Francis Blanche,
scénariste du film et parolier des chansons
(qui d'autre aurait osé faire rimer "mon scooter" et "mousquetaire" ?)]

faites moi confiance

 

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Ça va bouillir [reprise d'un "post" du 13 septembre 2008]

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De gauche à droite : Zappy Max, Noël Godin

ARP, Paris. Saisissant télescopage au premier Salon du Livre de Célébrités qui s'est tenu au printemps à l'Espace Cardin. Avec près d'un demi-siècle de retard, un Noël Godin comblé a fait la connaissance du grand artiste français qui eut une influence déterminante sur sa jeune personnalité. (Moins que Ravachol, Jacques Demy, les Pieds Nickelés et Adriano Celentano, mais tout de même.)

On voit ici notre fringant athlète (qui célèbre aujourd'hui, en douce compagnie, son soixante-troisième anniversaire) poser avec le très fameux Zappy Max, dont le feuilleton radiophonique « Ça va bouillir » berça sa prime enfance dans le quartier populaire liégeois où il vivait alors.

Radiodiffusée chaque jour de la semaine à 12h52 sur Radio-Luxembourg et une minute plus tôt sur Radio Monte-Carlo, l'émission était financée par une marque de lessive. « Tiens ? Un mouchoir ! Mmm ! Et il a été lavé avec Sunil ! Quelle merveilleuse fraîcheur ! »

Il va de soi que je partage l'émotion de Noël, et je profite de l'occasion pour lui souhaiter cornegidouillesquement un satané bon anniversaire. Ça va bouillir !

 

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Vous, qui écoutez Radio-Luxembourg et Radio Monte-Carlo, avez pu suivre jour par jour depuis plusieurs années les innombrables aventures de Zappy Max, bouillant reporter au journal L’Eclat. Vous savez que l’adversaire le plus redoutable de Zappy fut le TONNEAU. Au moment où, sur les antennes, Zappy Max se trouve de nouveau aux prises avec ce maître-espion, il nous a semblé que vous aimeriez revivre l’époque où pour la première fois KURT VON STRAFFENBERG, alias Le TONNEAU, croisa la route de notre héros. Voici donc aujourd’hui, les visages dont vous ne connaissez que les voix...
D’après l’émission « Ça va bouillir ». (Copyright by Programmes de France.) Chaque jour : Radio-Luxembourg 12h52, Radio-Monte-Carlo 12h51.

 

 

 

 

 

sunil

J'informe mes aimables lecteurs que contrairement à Radio-Luxembourg (à l'origine de l'actuel RTL Group), contrairement aux multiples consœurs belges et françaises de cette filiale du conglomérat allemand Bertelsmann (RTL, RTL2, RTL9, M6, Bel RTL, RTL Tvi, Club RTL, Plug TV, Fun Radio, Radio Contact, et les autres), et contrairement à ce qui reste de la vieille Radio Monte-Carlo, je n'ai aucun compte à rendre aux marchands de lessive. Ce billet est donc libre de toute publicité tarifée.

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Hotties Reading 580

hr joan eardley

Joan Eardley (1921-1963)

merci Ph!l

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15 juin 2019

Lectures pour tous : Frodon, Ozu, Dardigna

Lectures pour un week-end d'automne

FRODON2

Treize textes courts de Frodon sur autant de films d'Ozu,
dans la maquette élégante de 202 éditions [Maurice Darmon]

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Réédition d'un Maspero "Cahiers libres" oublié de 1974,
préfacé par une féministe d'aujourd'hui et, comme moi, fan de Midge Maisel 

papier glacé

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Pensées pour Yannis, agressé par des fascistes au Pirée

Un ami commun nous écrit.

Toutes nos pensées et nos voeux de rétablissement pour l'ami Yannis.

CLIC

 

> Yannis Youlountas a été agressé par des néo-nazis, hier soir au Pirée.
> Il a passé la nuit à l'hôpital.
>
> Yannis semble avoir été suivi après être sorti du centre social autogéré
> Favela, alors que la nuit venait de tomber. Il portait un tee-shirt au
> logo de Favela qu'on venait de lui donner. Ses blessures ne sont pas
> graves. Il se remet doucement, mais a été un peu choqué. Il souffre à la
> tête, au dos, aux vertèbres cervicales, à l'oeil droit et à la cheville
> droite. Son arcade sourcilière droite a également saigné sous les coups.
> Heureusement les trois agresseurs ont été dérangés par l'arrivée d'un
> groupe de personnes en provenance de la station de tram voisine. Yannis
> a aussitôt été emmené aux urgences. Tôt ce matin, un camarade de Favela
> l'a ramené à Exarcheia. Depuis, il se repose en essayant de dormir par
> toutes petites tranches, protocole pour surveiller son état cérébral.
>
> D.

 

Youlountas_1

 

 

 

 

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13 juin 2019

Violence urbaine et éjaculation précoce

« Je ne condamne pas la violence de ceux que les destructeurs de la vie et de son environnement appellent "casseurs", je réprouve seulement l’inconséquence d’une telle rage. Oui, elle atteint, à la lueur des cocktails Molotov, à de brefs éclats de lucidité jubilatoire. Oui, elle rompt par ses cris l’ennuyeux ronron d’une survie programmée. Dans la liberté qu’elle s’octroie, elle soupçonne qu’une autre vie est possible. Avec moins d’angoissante frénésie, avec un meilleur discernement, le "casseur" s’offrirait des satisfactions plus substantielles. Il se démarquerait plus ouvertement de la casse rentabilisée que pratiquent les mafias étatiques et financières s’il instaurait des occupations de terres libérées de l’emprise étatique et marchande, des coins de gratuité qui s’enfonceraient dans le béton de la mondialisation avec plus d’effets dévastateurs que la nitroglycérine, sans parler du fulminate ou du cocktail Molotov. Le militant qui se glorifie comme d’un exploit militaire d’incendier une banque – même s’il n’a pas l’imbécillité de croire qu’il porte un coup au système bancaire – est un être auquel le ressentiment et le défoulement vindicatifs interdisent encore de pousser plus avant le bonheur d’éradiquer ce qui entrave ses plaisirs. Il se résigne à ces assouvissements à la hussarde, à ces jouissances inaccomplies qui s’apparentent à l’éjaculation précoce. Le vieux réflexe sacrificiel du militant empêche la vie qui est en lui de prendre son envol. Se délester de sa colère en tapant sur un mur, quel gâchis ! Alors qu’une colère générale, fédérée, lucide aurait quelques chances de faire voler en éclats les barrières de la rentabilité qui nous contiennent, nous oppriment, emprisonnent. »

Raoul Vaneigem, Appel à la vie contre la tyrannie étatique et marchande, Libertalia 2018

casseurs

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12 juin 2019

Hotties Reading 579

hr morton feldman

Morton Feldman (1926-1987)

[merci Philippe, encore]

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Festivals d'été : Yellow Now, Wang Bing et le peuple honorés dans le Lot-et-Garonne

L'ami Leboutte nous envoie ceci.

saintelivrade

Depuis l’an passé, les Rencontres de Sainte-Livrade (Lot-et-Garonne), intitulées « Cap aux bords », ont pris le relais des Rencontres de Laignes tout en conservant leur esprit. Désormais organisée avec la Ligue de l’enseignement du département, leur deuxième édition se tiendra du 6 au 12 juillet au cinéma l’Utopie, le bien nommé. [...]

Si, avec trois salles, la manifestation se veut à présent un peu plus festivalière (concerts, théâtre, performances, séances tardives en plein air), sur le fond le projet n’a pas changé et reste ce rendez-vous annuel de cinéastes et d’étudiants, de spectateurs actifs et d’artistes, choisissant de penser ensemble les conditions d’existence d’un cinéma moins académique et boursouflé, souvent réalisé avec les moyens du bord, à l’écart des formatages imposés par l’industrie. En un mot: « Défense et illustration d’un cinéma libre de droit et propriété de tous » pour des Rencontres qui se revendiquent clairement de l’héritage des « Sorbonne du peuple » de la fin du XIXe siècle et des grandes heures de l’éducation populaire.

Déjà présent à Laignes (où nul n’oubliera son cours de maniement de caméra, donné au jardin, sans pesanteur), Wang Bing sera cette année encore notre invité d’honneur, tout comme le cinéaste italien Mario Brenta, trop méconnu en France, et l’éditeur Guy Jungblut, à l’occasion des cinquante ans de sa maison d’édition, Yellow Now - un anniversaire que nous célèbrerons de manière drolatique. Nous rejoindront également tout au long de la semaine Alain Bergala, Jean-Denis Bonan, Claudine Bories, Maria-Lucia Castrillon, Guy Chapouilié, Karine de Villers, François Guerch, Jean-Charles Hue, Jorge Leon, Rosine Mbakam (en duplex depuis Yaoundé), André Minvielle (jazzman dadaïste qui donnera deux concerts), Mohamed Ouzine, Yvan Petit, Inger Servolin (principale collaboratrice de Chris Marker depuis 1968 et fondatrice d’Iskra), Claire Simon, Marie Vermillard et Loïc Villiot entre autres présences complices. Et la liste n’en finit pas de s’allonger.

De mon côté, je continuerai de faire vivre un séminaire quotidien où l’on débattra de deux questions cruciales: celle de l’indépendance au cinéma (animé avec Vincent Dieutre) et celle de la représentation du peuple à l’écran (animé avec l’ethnologue-poète Martin de la Soudière et le sociologue Jacques Lemière).

Pour suivre de manière vivante les dernières surprises du programme ou faire davantage connaissance avec nos invités: rendez-vous sur notre page Facebook (« Rencontres Cinématographiques en Lot-et-Garonne : Cap Aux Bords »). Elle est celle des membres fondateurs et amis des Rencontres de Laignes, à l’origine de la manifestation (ce qu’en termes révolutionnaires, on appelle le canal historique), et nous y publions régulièrement vidéos et textes inédits. Et si vous pouviez la liker (comme on dit) voire, mieux, la partager, cela m’aiderait à assurer la pérennité du projet par rapport à mes financiers.

Pour toute information pratique, connaître le détail du programme et surtout pour vous inscrire, consultez le site officiel des Rencontres, tenu par la Ligue de l’enseignement: CLIC (ou par mail capauxbords.cinema(at)gmail.com).

Comme chaque année, le camping, ouvert dès le 5 à midi, est gratuit, autogéré et sécurisé, à 8´ à pied du cinéma - il existe par ailleurs de nombreux hôtels à Villeneuve-sur-Lot (à 8 km de Sainte-Livrade) et d’autres possibilités précisées sur le site. Des repas pris tous ensemble sur la place du village, sous la halle, sans petit coin VIP, sont proposés midi et soir et cuisinés par les multiples associations locales: je puis vous assurer qu’on y mange bien et que c’est même un régal.

Vous connaissez mon travail et mon rêve, c’est celui d’une « commune EN cinéma », et forcément je vous espère et je vous attends, restant bien entendu à votre disposition.

Avec toute mon amitié, fidèlement. Patrick Leboutte

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ÉDITORIAL : PERDRE LE NORD

« Lorsque la vie et le monde laissent autant à désirer, il faut bien faire quelque chose. Il faut intervenir. » (Nicolas Bouvier, L’échappée belle). « Laissez dialoguer les films entre eux, ils ont des choses à se dire », avait coutume de rappeler Jean Rouch, avec son franc-parler imagé. Il n’avait pas tort: programmer une semaine comme celle-ci, c’est écrire, mettre des œuvres en rapport comme on pense un plan de table, les faire rimer, ricocher, rebondir, pour qu’elles s’éclairent mutuellement et nous éclairent par là même sur notre propre relation au monde. En ce sens, pas de cinéma non plus, du moins pas d’expérience durable, sans spectateurs capables de nommer ce qui leur arrive devant un écran. Cet exercice prend du temps, requiert de la patience, invite au plaisir des longs échanges permanents. Lors des Rencontres, nous discutons beaucoup et d’abord de la façon qu’ont les films de nous travailler, d’interroger par leur écriture et par leur forme tout à la fois notre part d’humanité et ce qui nous fonde chacun personnellement, raccordant ainsi bouts des uns, éclats des autres, dans un même espace commun. Pour nous, il n’est pas de séance de cinéma qui vaille sans prise collective de la parole, dans la salle puis sur la place, à l’air libre, parfois jusque tard dans la nuit. Telle est la première raison d’être de Cap Aux Bords, événement festivalier certes, mais d’abord école buissonnière et sauvageonne, inscrite dans la tradition de l’éducation populaire et des Sorbonne du peuple de la fin du XIXe  siècle.

Qu’ont à nous dire les films que nous avons invités ? D’abord qu’ils nous regardent, mais qu’ils ne nous contrôlent pas, à la différence de la plupart des mises en scène médiatiques visant à nous faire accepter ce monde-ci; en un mot, qu’ils nous veulent du bien parce qu’ils nous considèrent et ne nous prennent jamais de haut. Ensuite, qu’au cinéma le peuple manque comme il commence à faire défaut dans la plupart de nos villes privatisées. Enfin, que le meilleur du geste cinématographique se déploie désormais dans une économie pauvre, parfois proche d’un art de la débrouille, à l’écart du spectacle industriel et de ses formatages imposés, et qu’en cela il nous ressemble.

En 1982, le critique Serge Daney écrivait que pour faire vraiment du cinéma, il fallait accepter de perdre le nord, autrement dit l’obsession de la maîtrise et la fascination du pouvoir: « Alors, tout ce qui est devant une caméra s’appelle le Sud » – ce que nous avons traduit par « Cap Aux Bords ».

Patrick Leboutte, critique de cinéma.

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08 juin 2019

"Presque un siècle", à Pantin

Presque un siècle

Le nouveau film de Pascale Bodet sera, comme indiqué ici, projeté demain à Pantin.
Qu'on se le dise.

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05 juin 2019

Norman Rockwell, suite

Cette fois (après Eddy Mitchell), c'est JiPé qui s'y colle. Merci, l'ami.

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Puppy Love, par Norman Rockwell

Puppy Love, par Tony Fernandez

puppy love tony fernandez

 

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Norman Rockwell à Caen (Et fuck Trump, qui déteste Rockwell, Roosevelt et le new deal)

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[The problem we all live with, 1963]

Jusque fin octobre, se tiendra une formidable [et exceptionnelle, pour une fois le mot n'est pas trop fort] exposition réunissant une cinquantaine d'oeuvres de Norman Rockwell, et intitulée tout simplement « Rockwell, Roosevelt et les quatre libertés ».

Voir le détail sur le site du mémorial et, pour approfondir,
sur celui du Norman Rockwell Musem à Stockbridge (Massachusetts)

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Hotties Reading 578

fleabag 0203

Phoebe Waller-Bridge, Fleabag S0203, 2019

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04 juin 2019

Anthony Braxton 74

Bon anniversaire, Mister Braxton

braxton

[mci Ph!l]

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31 mai 2019

Buache 1924-2019

 Notre vieil ami Freddy Buache est mort.

CLIC

buachegodard

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29 mai 2019

L'écriture inclusive [Entretien avec Danièle Manesse]

« L’écriture inclusive fait partie de ces dispositifs

volontaristes, ostentatoires,

qui ne servent pas les causes qu’ils prétendent défendre »

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Plutôt que la langue elle-même, c’est surtout le discours sur la langue qui peut être sexiste, estime la linguiste Danièle Manesse dans un entretien au Monde.

Propos recueillis par Luc Cédelle 

 

Entretien. Danièle Manesse, professeure émérite de sciences du langage à l’université Sorbonne-Nouvelle Paris-III, poursuit ses recherches sur l’apprentissage de la lecture en éducation prioritaire et travaille bénévolement à l’association Français langue d’accueil. En 2007, elle avait cosigné, avec Danièle Cogis, Orthographe : à qui la faute ? (ESF), ouvrage qui établissait la baisse sensible des performances des élèves en orthographe sur une période de vingt ans. Elle a codirigé avec Gilles Siouffi, linguiste, Le Féminin & le Masculin dans la langue. L’écriture inclusive en questions, qui vient de paraître (ESF, 208 pages, 13,90 €).

Lorsqu’ils contestent la formule "le masculin l’emporte sur le féminin", les promoteurs de l’écriture inclusive usent d’un argument-clé. Comment ne pas reconnaître que la langue est effectivement sexiste et qu’il serait nécessaire de la bousculer ?

C’est avec ce genre de formule qu’on coupe court à toute discussion raisonnée. Un tel argument s’apparente à ce que j’appelle les "préjugés non réfléchis sur la langue". L’idée que le genre grammatical masculin et le genre biologique masculin sont homologues est profondément inexacte. Quand l’indo-européen s’est constitué, il y a des milliers d’années, dans des sociétés patriarcales, la forme masculine a pu être associée à l’idée de supériorité.

Mais tout cela n’a plus grand sens maintenant, puisque tous les objets qui nous entourent sont soit masculins soit féminins. La taie d’oreiller n’est pas plus féminine que l’oreiller, la table ne l’est pas plus que le fauteuil, une girafe peut être un mâle, etc. Et même si les personnes de sexe masculin sont en général de genre grammatical masculin, on dit aussi une sentinelle ou une estafette, ou bien, en sens inverse, un mannequin. Le masculin de la langue n’est pas le masculin du monde sensible. Quant au masculin qui "l’emporte sur le féminin", l’historien de la grammaire André Chervel montre dans notre livre que cette formule est quasiment introuvable dans les manuels scolaires, tant dans ceux XVIIe que dans ceux des XIXe et XXe siècles.

Elle est restée néanmoins familière à nos oreilles…

C’est une sorte de "truc pédagogique oral", qu’il faudrait à coup sûr éviter, ce qui n’est pas difficile: il suffit d’énoncer que lorsqu’un même adjectif ou participe passé concerne deux noms de genres différents, il se met au masculin pluriel. Par ailleurs, cette généralité est parfois battue en brèche par l’accord dit "de voisinage", que nous pratiquons tous peu ou prou, au moins à l’oral ("Mon cousin et mes trois filles sont pleines de joie"). Comme le souligne une autre contributrice du livre, Elise Mignot, plutôt que la langue elle-même, c’est surtout le discours sur la langue qui peut être sexiste !

De même, l’argument, sans cesse répété, renvoyant au fait que les grammairiens ont désigné le genre masculin comme le plus "noble" est sorti de son contexte. Noble est une notion grammaticale, qui ne s’applique d’ailleurs pas qu’au masculin, signifiant qu’un mot a plus de force qu’un autre dans l’organisation de la phrase. Ainsi, le substantif est plus "noble" que l’adjectif, et le pronom personnel de la première personne du singulier plus "noble" que celui de la deuxième personne. On dit en effet "toi et moi marchons ensemble" et non "marchez ensemble". L’univers des choses et des gens et l’univers de la langue ne sont pas de même nature.

Votre livre développe, sur l’écriture inclusive, une série de points de vue très critiques. Pourquoi ne pas assumer que c’est un plaidoyer « contre » ?

Sur un plan personnel, j’avais fait connaître ma position, en désaccord avec l’écriture inclusive, dès le déclenchement du débat à ce sujet. Mais ce livre est avant tout un travail collectif approfondi sur la langue française, sur son histoire et sur sa confrontation avec d’autres langues. Nous accumulons assez d’arguments pour être en droit de conclure que l’écriture inclusive fait partie de ces dispositifs volontaristes, ostentatoires, qui ne servent pas les causes qu’ils prétendent défendre. La preuve la plus simple en serait que ses différentes formes perdurent rarement plus de dix lignes dans un texte, à moins de compromettre définitivement sa lisibilité. Notre travail ne se situe pas "contre", mais il aboutit à ce que nous avançons dans notre courte conclusion: rendre les langues coupables de solidarités avec des volontés idéologiques est un raccourci trop facile.

Malgré des exceptions, il semble que l’écriture inclusive suscite une adhésion enthousiaste à gauche et une détestation quasiment unanime à droite. Est-il possible d’échapper à cette polarisation ?

Oui, car votre constat me paraît bien rapide: la droite est conservatrice par nature, donc elle résiste à l’écriture inclusive… Mais elle résiste à tout. Elle a même résisté aussi longtemps qu’elle a pu à la féminisation des noms de métiers, fonctions et titres. A gauche, les avis sont en fait très partagés. Le présumé enthousiasme relève souvent du conformisme et de la crainte d’être suspecté de machisme. On peut être irrévocablement féministe – c’est mon cas – et absolument rétive à l’écriture inclusive.

J’enseigne le français à des migrants et j’ai depuis toujours travaillé sur les problèmes de l’enseignement dans les milieux populaires. Allez donc enseigner en lycée professionnel ou à des migrants avec l’écriture inclusive ! C’est une pratique complexe et profondément élitiste. Une pratique de gauche, c’est celle qui organise le partage dans l’égalité et qui ne s’approprie pas le bien commun pour le manipuler, qu’il s’agisse de l’eau, de l’air ou de la langue.

Dans les milieux militants de gauche et ceux des réseaux associatifs ou humanitaires, l’usage du fameux "point médian" est devenu un rituel attestant de l’adhésion à la cause féministe. N’arrivez-vous pas après la bataille ?

On verra ! Le long terme et la langue ont partie liée. Je ne peux vous répondre avec certitude, mais je ne suis pas convaincue qu’il s’agisse d’un mouvement de fond. C’est vrai qu’il gagne dans certains milieux lettrés, mais pas dans le monde économique ni dans le monde technique. Il ne concerne qu’une très petite partie des textes écrits, ce qui fait sa faiblesse. N’oublions pas que c’est un code supplémentaire et difficile à acquérir, qui réclame un apprentissage spécifique. L’écriture inclusive est impossible à oraliser et dévoie les signes de ponctuation et typographiques.

La langue française est un système qui n’est pas plus sexiste que l’allemand, l’anglais, l’arabe ou le coréen, auxquels nous consacrons des chapitres. Alors que, partout, l’oppression des femmes est une réalité à laquelle s’affrontent des milliers de luttes, il y aurait des langues plus "féministes" que d’autres ? C’est le sort fait aux femmes et l’usage de la langue qui peuvent être sexistes, et non les langues en elles-mêmes.

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Jean Epstein, vol. 2, toutes z'affaires cessantes

Chaud devant !

epstein vol2

« En 1920, Jean Epstein a vingt-trois ans. Il rêve toujours de littérature, pressent sans doute que créer fait “vivre plus et davantage”, croit dur comme fer que la poésie existe et est bien réelle, et sait déjà que toute connaissance est connaissance d’amour et de raison. Mais il ignore encore que s’ouvre devant lui une décennie fantastique au cours de laquelle, dans la ferveur d’une création continue, il s’invente non seulement cinéaste, mais aussi écrivain de cinéma ; une décennie au fil de laquelle, une plume à la main ou bien derrière la caméra, dans cette tension entre le rêve et la réalité d’un art qu’il essaie d’apprivoiser et de porter à incandescence, il explore et exalte le mystère technique, poétique et philosophique du cinéma.

À partir de l’été 1920, tout va très vite pour ce jeune homme impatient, épris de vitesse : la rencontre décisive avec Blaise Cendrars, la première visite d’un plateau de cinéma où il fait la connaissance de Germaine Dulac ; la création avec deux amis d’une revue littéraire d’avant-garde, intitulée Promenoir ; […] Louis Delluc le fait débuter comme assistant sur Le Tonnerre (1921) et Jean Benoit-Lévy lui propose de réaliser son premier film, Pasteur (1922) […] Suivent jusqu’en 1928 et La Chute de la maison Usher, pas moins de douze longs métrages, avec notamment ce chef d’œuvre qu’est Cœur fidèle qui le consacre, à vingt-six ans, maître de l’avant-garde cinématographique.

C’est de cette frénésie créative et intellectuelle et de cette trajectoire fulgurante et chaotique dont rendent compte les textes réunis dans ce volume. Dans leur diversité et leur succession, ces textes témoignent de la ferveur avec laquelle le poète n’a cessé de rêver le cinéma, le théoricien, de le penser et le cinéaste, d’en expliquer les contraintes et la réalité. Rédigés entre 1920 et 1928, ils couvrent ce que l’on pourrait appeler la première période créatrice et théorique de Jean Epstein et retracent le cheminement d’un poète théoricien et cinéaste qui écrit l’expérience ardente de sa proximité amoureuse avec un art qui est autre chose que de l’art et dont il essaie de concevoir et d’éprouver les possibles. »

José Moure

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Coeur fidèle, 1923

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Hotties Reading 577

hr ulrike meinhof

Ulrike Meinhof, 1968

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27 mai 2019

François Weyergans

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François Weyergans, né à Etterbeek en 1941, était un gentil garçon. Il fut un ardent cinéphile, un bon critique de cinéma [aux Cahiers années soixante, c'est-à-dire bien avant leur période Parcs et Jardins] et un écrivain couvert de prix quoique bourré d'humour et de talent. Il fut aussi, mais bien plus tard (à partir de 2009), le seul membre de l'Académie française à qui j'eus l'heur de serrer la main. Il est mort aujourd'hui à presque 78 ans. Nous devons au regretté Jean-Michel Vlaeminckx les deux portraits qui figurent ici.

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25 mai 2019

FDJ 140 : Mati Diop

atlantiques

Atlantiques, 2009

[En attendant que nous parvienne Atlantique, grand prix du festival de Cannes 2019]

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matidiop

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