le vieux monde qui n'en finit pas

20 février 2017

Ace in the Hole, Billy Wilder, 1951

Des copies toutes neuves déboulent sur les écrans français, me dit-on.

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Godard au Cinématographe : le programme du lundi 20

Le 20 février 1890, Giovanni Rossi et un petit groupe d'anarchistes de ses amis embarquèrent pour le Brésil. Un peu plus tard, ils fondèrent, près de Palmeira (État du Parana), la colonie expérimentale La Cecilia. Quel rapport avec la poursuite de la rétrospective Jean-Luc Godard, au Cinématographe de Nantes ? A vous de voir.

CLIC

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god aff le gai savoir

14h30, Le gai savoir, 1969, 95'

god aff week-end

16h30, Week-end, 1967, 95'

god aff lotte in italia

18h30, Luttes en Italie, 1970, 76' (Dziga Vertov)

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19 février 2017

Roger Knobelspiess, notre voleur de poules

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Roger Knobelspiess est mort. Il avait soixante-dix ans. Regrets infinis.

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Merci à Tzvetan : https://www.facebook.com/tzvetan.lietard?fref=ufi

 

 

 

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Godard au Cinématographe : le programme du dimanche 19

On n'insistera pas sur le programme Jean-Luc Godard de ce dimanche (Cinématographe, Nantes), tant l'évidence s'impose. Il n'est pas trop d'un après-midi, de 15h00 à 20h00 précisément, pour revoir - ou découvrir, pour les plus jeunes d'entre vous - une œuvre majeure de l'art du XXe siècle. En trois parties séparées par des pauses pipi.

CLIC

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god aff histoires du cinéma

15h00, Histoire(s) du cinéma, 1996, 283'

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20h30, Masculin féminin, 1966, 106'

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18 février 2017

Godard au Cinématographe : le programme du samedi 18

Les fous de Jean-Luc Godard continuent de hanter les quartiers de Nantes.

CLIC

Quatre films sont montrés aujourd'hui au Cinématographe, dont Alphaville
qui nous ramène à Karina et Coutard,
à Lemmy Caution et Paul Éluard,
à l'amour qu'est-ce que c'est et au meilleur des mondes.

15h00, Alphaville, 1965, 100'

17h00, Passion, 1982, 88'

19h00, Adieu au langage, 2014, 74'

20h30, Pierrot le fou, 1965, 115'

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god aff alphaville

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17 février 2017

De Rodenbach à Vertigo en passant par Boileau et Narcejac

« Et tout: sa marche, sa taille, le rythme de son corps, l’expression de ses traits, le songe intérieur de son regard, ce qui n’est plus seulement les lignes et la couleur, mais la spiritualité de l’être et le mouvement de l’âme – tout cela lui était rendu, réapparaissait, vivait ! L’air d’un somnambule, Hugues la suivait toujours, machinalement maintenant, sans savoir pourquoi et sans plus réfléchir, à travers le dédale embrumé des rues de Bruges. [...] Ah ! comme elle ressemblait à la morte ! »

[Georges Rodenbach, Bruges-la-morte, 1892]

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Godard au Cinématographe : le programme du vendredi 17

Godard. Le sixième jour. A l'approche de la mi-temps,
la rue des Carmélites ne désemplirait pas.

Comment ça va ? Tout va bien.

[ CLIC ]

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god aff le mépris

14h30, Le mépris, 1963, 103'

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16h30, La Chinoise, 1967, 99'

god aff je vous salue marie

18h30, Je vous salue Marie, 1985, 78'

god aff comment ça va

20h30, Comment ça va ?, 1976, 78' [Godard et Miéville]

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16 février 2017

Godard au Cinématographe : le programme du jeudi 16

Le réalisateur d'origine suisse et acteur burlesque Jean-Luc Godard, dont je vous parle ici tous les matins, a tourné des séquences de Soigne ta droite à Nantes Atlantique.

[Une vilaine rumeur prétend que cela a donné l'idée à des hommes d'affaires locaux-véreux (et leurs laquais de la classe politique) de construire un autre aéroport, plus neuf, plus grand, plus laid et plus polluant, pour attirer, qui sait, les tournages de Michael Bay, de Tsui Hark, de Martin Scorsese et de Ridley Scott, dont les films sont pleins d'avions, eux aussi.]

C'était il y a pile poil trente ans. On y voit la regrettée Pauline Lafont jouer au golf, et les Rita Mitsouko enregistrer de la musique. Le film est devenu rare, mais il passe ce soir sur le grand écran du Cinématographe [CLIC], à Nantes.

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god aff one plus one

16h30, One + One, 1968, 96' (stf)

god aff for ever mozart

18h30, For ever Mozart, 1996, 80'

god aff soigne ta droite

20h30, Soigne ta droite, 1987, 81'

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15 février 2017

Lectures pour tous : Aura Xilonen

« Regarde, bonhomme, ça c’est les muscles et il faut les mettre en forme. Là c’est le sterno-cléido-mastoïdien, là les deltoïdes, là les triceps et les biceps. Derrière, c’est le grand dorsal. Là où tu vois tes côtes, t’es censé avoir des muscles qui s’appellent les obliques. Et devant, les abdominaux. Ensuite, y a le fessier et les muscles des cuisses, c’est le quadriceps, qui est composé de quatre muscles: abducteur, adducteur, grand rectum et sartorius. Il y a aussi le biceps fémoral, et plus bas, les muscles du mollet et du tibia. Tout ça, tu dois en faire du béton à force d’abdos, de planches, de squats et d’autres exercices encore. Compris ? »

« Oui. »

« Oui ? Alors vas-y, qu’est-ce que je viens de dire ? »

« Que je dois me gonfler à bloc de partout, depuis le collier jusqu’au cuissot, sans oublier les ailes, les miches et le bidon. »

« Bon, t’as compris l’idée générale, c’est ce qui compte. »

Gabacho, Aura Xilonen, Liana Lévi 2016
traduit de l’espagnol (Mexique) par Julia Chardavoine

***

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Godard au Cinématographe : le programme du mercredi 15

Mercredi. Jean-Luc Godard. Cinématographe. Nantes. On continue.

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16h30, Éloge de l'amour, 2001, 97'

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18h30, A bout de souffle, 1960, 90'

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20h45, Vivre sa vie, 1962, 80'

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Hotties Reading 463

La lectrice soumise, René Magritte 1928

lectrice soumise 1928 magritte phil

Merci à Ph!l

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14 février 2017

Jacques Kermabon sur Luce Vigo

L'hommage de Jacques à Luce Vigo, disparue il y a quelques jours. [L'Humanité, 13/2/2017]

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"On savait Luce Vigo fragile pour l’avoir vue depuis plusieurs années embarrassée par son appareillage d’assistance respiratoire. Elle racontait en riant qu’il lui arrivait de vouloir se déplacer en oubliant d’emporter cet attirail auquel elle était pourtant en permanence reliée. Il faisait partie d’elle-même et, il y a une dizaine de jours quand je suis passé la voir pour parler d’un article à propos de Zéro de conduite qu’elle accepta d’écrire pour un prochain Bref, rien, dans son comportement, n’aurait laissé soupçonner une quelconque aggravation de son état.

"Il y a longtemps que nous n’avions pas eu l’occasion de nous parler aussi longuement, nous devions nous revoir dans les prochains jours.

"Son appartement, dont elle ne cessait de s’excuser de son désordre de piles de livres, de DVD et de tant d’objets – dans la cuisine, une quantité de cuillers en bois dont elle raffolait –, m’a toujours fasciné. Je l’associais confusément au cabinet de curiosité d’André Breton – aucun lien de parenté avec Émile Breton, qui partageait la vie de Luce et la responsabilité de ce décor surchargé.

"Même si Luce Vigo, fille unique du cinéaste précocement disparu, eut toujours à cœur de ne pas galvauder la mémoire de son père, elle n’appartenait pas à la catégorie de ces « enfants de » qui existent prioritairement à travers la personnalité de leur géniteur. Ainsi, si son nom apparaissait comme un sésame pour nombre de cinéastes du monde entier qu’elle a pu croiser comme journaliste ou programmatrice, cela ne tenait pas seulement à l’estime que beaucoup portent au réalisateur de L’Atalante, mais à la personnalité propre de Luce, à la bienveillance qui émanait d’elle, une empathie que j’ai rarement sentie ailleurs avec une telle intensité. Cette attention aux autres allait de pair avec une réelle curiosité, deux traits de sa personnalité avec lesquels elle avait exploré et maintenus vivants les œuvres de son père et tous les souvenirs laissés par ses parents.

"Son activité au sein du Prix Jean-Vigo relevait d’un engagement similaire au service de le jeune création avec des partis pris esthétiques rarement pris en défaut, qui faisaient que sa voix comptait beaucoup pendant nos délibérations. Elle quêtait dans chacun des films cette chose malgré tout difficilement définissable sur laquelle, bien souvent, nous nous trouvions en accord et qui s’appelle « le cinéma », ce cinéma né sous le signe des Lumière. Jean Vigo et sa femme Lydu ne pouvaient choisir meilleur prénom que Luce pour celle qui demeurera parmi les plus engagées des ambassadrices des forces vives du Septième art."

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Luce Vigo dans le Cinématon que lui consacra Gérard Courant

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Godard au Cinématographe : le programme du mardi 14

Pendant qu'à Rennes on ripaille, Godard prend ses quartiers à Nantes.
On sait qu'un mardi sans deux ou trois films de Godard, c'est un mardi foutu.
Que faire à Nantes en février, quand il pleut ?
[Le Cinématographe, c'est ICI]

***

14h15, "Pierrot le fou", 1965, 115'

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16h30, "Le vent d'est", 1970, 100' (signé Godard-Gorin)

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18h30, "Deux ou trois choses que je sais d'elle", 1967, 87'

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20h30, "Le petit soldat", 1960, 85' (& "Une histoire d'eau", 1958, 12')

god aff le petit soldat

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13 février 2017

Godard au Cinématographe : le programme du lundi 13

Godard au Cinématographe. Ça démarre pour de bon aujourd'hui. Les vacances sont scolaires, le temps est doux dans le pays nantais, la salle est la plus agréable de la cité. Programme du jour. [www.lecinematographe.com]

15h00 Adieu au langage, 2014, 74'

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16h30 Passion, 1982, 88'

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18h30 Made in USA, 1967, 90'

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20h30 Le mépris, 1963, 103'

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Godard au Cinématographe : démarrage

Début de la rétrospective Godard au Cinématographe (Nantes, CLIC).

La présentation de Jérôme Baron.

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"Depuis quelques années, l'obsession biographique entourant Jean-Luc Godard – citons dans l'ordre de leur parution les ouvrages anglais de Colin McCabe (2003), américain de Richard Brody (2008), français d'Antoine de Baecque (2010) et, plus obliquement, le dictionnaire consacré au cinéaste par Jean-Luc Douin la même année – poursuit de faire de lui une des figures les plus étudiées et commentées de l'histoire du cinéma, et déjà, un cas particulier pour celle des arts depuis que ses propres Histoire(s) du cinéma réhaussées par leur palette vidéo l'ont consacré comme peintre du XXe siècle tout entier. Le temps où la personnalité de l'artiste, adulée, controversée, cohabitait avec l'œuvre semble avoir été doublé par la dimension monumentale de ce qu'elle recouvre. Godard n' a cessé de se débattre dans un sens et dans un autre avec ce qu'il a créé, exerçant la contradiction, cherchant à redonner à l'œuvre une place que l'artiste lui dispute. Sa tête en couverture d'un magazine, quelques aphorismes ou brillants dynamitages médiatiques valent plus que des films toujours moins vus. Si depuis plusieurs années déjà il préserve un silence distant entre chaque film, réservant sa parole à certains, elle reste plus convoitée que les films à l'heure de leur sortie. Pourquoi ? Parce que l'histoire de son œuvre est aussi celle de son temps, ou plus exactement celle d'un cinéaste au travail des questions qu'il lui pose autant que des blessures historiques qui le façonne. Depuis sa retraite solitaire, il collecte, assemble, associe, se souvient, confronte, scrute, explore la matière et les ressources de son média afin de rendre intelligible la rumeur du monde, sa (notre) musique que ses films, comme aucun autre, nous donnent à entendre. Ce que la machine de cinéma inventée par Godard a de vraiment interactif, c'est qu'elle nous donne à voir à la fois le travail, son résultat, et intègre une dimension critique. Elle l'est aussi au sens où elle convoque et métamorphose les figures de l'écrivain, de l'historien, du poète, du penseur et du scientifique pour les faire cinéastes et ensemble lancé moins au défi d'un film à réussir qu'à forger depuis les années 1960 les outils d'un dialogue ininterrompu avec l'époque : le colonialisme et son extension impérialiste à l'heure du Vietnam, la société du spectacle et la consommation de masse, la puissance écrasante de la culture américaine, la Palestine, la Russie et la réunification de l'Allemagne, la Yougoslavie, le déclin de l'Occident et la dissolution du rêve européen... Cette énumération ne saurait pourtant être réduite à l'autorité d'une chronologie dont l'œuvre n'aurait qu'accompagné les convulsions. L'œuvre est autour de son temps, ou depuis là où nous en sommes, orientée par une question plus déterminante encore : à quelles conditions une image peut-elle dire l'Histoire ? Quelle Histoire s'écrit à travers les images ? Depuis, le cinéma imprime ontologiquement la vérité vingt-quatre fois par seconde, on sait aussi que le temps est une affaire relative pour Godard, en témoigne son aptitude au court-circuit, au détour, au ralenti comme aux fulgurances. Il traque aussi bien les dernières minutes des choses visibles, "sans secours", que celles de leur origine : disparition et naissance, mort et enfance de l'art, indissociablement. Il y a ainsi, sous la double ascendance des deux André, Bazin et Malraux, une métaphysique godardienne dont la formule est reprécisée à travers une recherche incessante de ce que peut encore le cinéma, de ce dont il a été capable. Le cinéma de Godard est comme un vaste réseau d'expériences, un jeu d'associations dont les règles ne sont jamais figées, où les parties, pourtant répétées ou reprises, ne sont jamais jouées d'avance. L'art de Godard est de n'être jamais clos sur lui-même, il est depuis l'isolement où il s'invente infiniment peuplé, imprévisible, et à l'image de notre monde, il s'avance parfois à la limite de la lisibilité. Ainsi les films nous prennent et nous prendront encore de vitesse. Entre sidération, errance et émerveillement, chacun y est invité à cheminer vers leur beauté paradoxale. Ceux que l'œuvre concerne ne savent jamais vraiment dire s'ils l'accompagnent ou si elle les suit. Ils savent cependant que le plus grand créateur de formes du XXe siècle a résolument mis l'art du côté d'une idée de la vie qui confine au sacré. Sa mélancolie n'en est que plus profonde."

Jérôme Baron

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11 février 2017

Entretien avec Etienne Balibar ("Le Monde")

Étienne Balibar : « L’universel ne rassemble, pas, il divise. » [propos recueillis par Jean Birnbaum]

(facsimilé pour les non-abonnés)

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Philosophe de renommée internationale, Étienne Balibar est l’un des rares intellectuels français dont les textes sont traduits et discutés aux États-Unis. Il s’interroge ici sur les contradictions qui minent de l’intérieur tout discours à prétention universaliste.

Vous avez récemment publié un livre sur la question de l’universel (Des Universels, Galilée, 2016). Or cette notion qui semble si familière demeure souvent obscure. ­Si vous deviez en donner une définition devant des élèves de terminale, vous diriez quoi ?

Je dirais que c’est une valeur qui désigne la possibilité d’être égaux sans être forcément les mêmes, donc d’être citoyens sans devoir être culturellement identiques.

Justement, à notre époque, l’universalisme est parfois associé au consensus, et d’abord ­à une gauche "bien-pensante", présumée molle et naïve… Or, chez vous, l’universalisme est tout autre chose qu’un idéalisme. À vous lire, tout universalisme est porteur de tension, voire de violence.

D’abord, mon objectif n’est pas de défendre une "position de gauche", mais de débattre de l’universalisme comme d’une question philosophique. Mais, bien sûr, je suis de gauche, or la gauche est traversée par tous les conflits inhérents à la question de l’universel. L’universel ne rassemble pas, il divise. La violence est une possibilité permanente. Mais ce sont les conflits internes que je cherche d’abord à décrire.

Quels sont les principaux ?

Le premier, c’est que l’universalisme s’inscrit toujours dans une civilisation, même s’il cherche des formulations intemporelles. Il a un lieu, des conditions d’existence et une situation d’énonciation. Il hérite de grandes inventions intellectuelles: par exemple, les monothéismes abrahamiques, la notion révolutionnaire des droits de l’homme et du citoyen, qui fonde notre culture démocratique, le multiculturalisme en tant que généralisation d’un certain cosmopolitisme, etc. Je soutiens donc l’idée que les universalismes sont concurrents, de telle sorte que ça n’a pas de sens de parler d’un universalisme absolu.

C’est presque une loi de l’histoire: un universalisme qui se constitue n’en remplace jamais complètement un autre, c’est pourquoi les conflits sont susceptibles d’être réactivés. C’est aussi la raison pour laquelle je trouve Hegel si intéressant, à condition de le lire à rebrousse-poil: il n’a cessé de travailler sur le conflit des universalismes, en particulier le christianisme et les Lumières, en espérant "dépasser" leurs contradictions. Or, ce que nous observons aujourd’hui, c’est que les universalismes religieux sont plongés dans une crise interminable, tandis que l’universalisme fondé sur les droits de l’homme est entré lui aussi dans une crise profonde. Un universalisme dont la crise n’est pas achevée face à un universalisme dont la crise ne fait que commencer, voilà ce qui, entre autres, explique la violence de la confrontation.

Pour la plupart des gens, "universalisme" est synonyme de rassemblement et de fraternisation. Or, au cœur de l’universalisme, dites-vous, il y a aussi l’exclusion. Qu’est-ce que cela signifie ?

Bien sûr, en théorie, il y a contradiction entre l’idéal universaliste et l’exclusion. Le problème est de comprendre comment ces contraires en arrivent à devenir l’endroit et l’envers d’une même médaille. Ma thèse, c’est que l’exclusion pénètre dans l’universel à la fois par le biais de la communauté et par celui de la normalité.

Quand on institue des communautés qui ont pour raison d’être la promotion de l’universalisme sous certaines formes (empires, Églises, nations, marchés…), on formule aussi des normes d’appartenance auxquelles les individus doivent se conformer. Si vous prenez l’idée que le christianisme se fait de la communauté, il y a des élus et des damnés. Et si vous prenez une communauté politique moderne comme celle des droits de l’homme, qui s’est nouée autour de l’idée de nation, ce sont non seulement les étrangers proprement dits qui sont exclus, mais aussi ceux qui ne sont pas de "vrais nationaux" ou qui sont considérés comme inaptes à la citoyenneté active. Bien entendu, c’est l’objet d’une contestation qui fait bouger les frontières. Il n’y a pas si longtemps que les femmes sont électrices, et les ouvriers ne sont toujours pas vraiment éligibles… Mais la question du racisme apporte un degré de conflictualité supplémentaire.

J’avais soutenu autrefois que le racisme moderne est comme l’inscription du refoulé colonial au cœur de la citoyenneté. C’est une face noire de la nation républicaine qui ne cesse de faire retour à la faveur des conflits de la mondialisation. Aujourd’hui même, en France, nous avons l’illustration tragique de cela avec un certain usage de la laïcité. Comme la nation est de plus en plus incertaine de ses valeurs et de ses objectifs, la laïcité se présente de moins en moins comme une garantie de liberté et d’égalité entre les citoyens et s’est mise à fonctionner comme un discours d’exclusion. Du reste, ce qu’il y a de commun, ici, avec l’universalisme religieux, c’est que l’argument justifiant l’exclusion consiste presque toujours à dire que les exclus sont ceux qui refusent l’universalisme ou qui sont incapables de le comprendre correctement: "pas de liberté pour les ennemis de la liberté" ou supposés tels. Il y a là une grande constante de l’Occident, mais aussi de l’Orient: ce n’est pas l’universalisme en tant que tel qui est violent et exclusif, c’est la combinaison de l’universalisme et de la communauté. Et comme au fond on ne peut pas l’éviter, il faut trouver le moyen de la civiliser. Tâche politique fondamentale à mes yeux.

Vous allez assez loin dans cette idée, par exemple lorsque vous affirmez que l’universalisme et le racisme ont "la même source"…

Attention, je ne dis pas que l’universalisme en tant que tel est raciste, ni que le racisme est la forme d’universalisme dans laquelle nous vivons. Simplement, je ne veux pas qu’on puisse croire que ce sont là deux choses qui n’ont rien à voir entre elles. Voilà pourquoi nous avons besoin d’apprendre à penser philosophiquement l’impureté des institutions dans lesquelles nous vivons.

La source commune à ces deux contraires que sont l’universalisme et le racisme est l’idée de l’espèce humaine telle qu’elle a été fabriquée par la modernité bourgeoise, dont un représentant par excellence est Kant. ­Comment Kant peut-il être à la fois le théoricien du respect inconditionnel de la personne humaine et celui de l’inégalité culturelle des races ? Là réside la contradiction la plus profonde, l’énigme même. Or cela tient d’abord à la façon dont il définit le progrès, qui ne consiste pas seulement à poser un horizon pour l’homme en général, mais aussi à ériger certaines caractéristiques de genre, de nationalité ou d’éducation en normes de l’humain.

Même s’il y a des variantes, ce discours est commun aux révolutionnaires français et américains du XVIIIe siècle et aux mouvements d’émancipation sociale du XIXe siècle, sur lesquels nous vivons encore. Mais ce qui est fondamental à mes yeux, c’est qu’un tel universalisme autorise aussi la résistance. Au XVIIIe siècle, la Française Olympe de Gouges et la Britannique Mary Wollstonecraft ont fondé le féminisme politique en proclamant que l’identification de l’universel avec une norme masculine contredit son postulat de l’égale liberté et de l’accès aux droits pour tous et toutes. On peut donc contester l’universalisme au nom de ses propres principes, comme l’a fait aussi toute une partie du discours anticolonialiste. Voyez Toussaint Louverture et Frantz Fanon, William E.B. Du Bois, Aimé Césaire. C’est l’autre face de la tension qui travaille tout universalisme: il peut justifier les discriminations, mais il rend aussi possibles la révolte et l’insurrection.

Dans votre bel essai intitulé Saeculum. Culture, religion, idéologie (Galilée, 2012), vous notez que les chocs les plus violents sont ceux qui opposent non pas un universalisme à un particularisme, mais deux universalismes rivaux. ­De ce point de vue, le djihadisme est lui-même un universalisme extrêmement agressif. Allez donc discuter de l’universalisme ­démocratique et de ses contradictions à Rakka, en Syrie !

C’est vrai, les espaces de liberté se réduisent… Dans tous ces pays qui tombent sous la dictature, c’est impossible de penser et de débattre sans risquer sa liberté ou sa vie. Les courriels que je reçois de Turquie en ce moment m’empêchent souvent de dormir. Mais c’est là où je pense qu’il faut faire des distinctions: l’État islamique, c’est une variante locale du djihadisme, qui lui-même ne se confond pas avec le fondamentalisme musulman en général. Et a fortiori le fondamentalisme ne se confond pas avec l’islam, profondément divisé entre différents traditionalismes et variétés de modernisme.

Comme en d’autres temps, on constate les ressources idéologiques qu’une dictature peut tirer de la référence à l’absolu, mais c’est l’islam qui est universaliste, ce n’est pas l’État islamique. Et c’est l’État islamique qui est barbare, non pas l’islam. Reste que l’État islamique est un vrai problème pour l’islam. En cette matière, les sensibilités sont tellement à vif qu’il est très difficile de se faire comprendre. Après les attentats de janvier 2015, j’avais écrit une tribune dans Libération qui m’a été beaucoup reprochée. Il y avait cette phrase: « Notre sort est entre les mains des musulmans. »

Dans mon esprit, cela ne voulait pas dire: « Musulmans, modernisez-vous d’urgence ou vous êtes foutus et nous avec ! » Cela signifiait que, si la résistance ne vient pas de l’islam lui-même, alors les choses s’aggraveront de manière irréversible. Ce n’était pas une façon de rejeter les responsabilités sur l’autre, qui d’ailleurs est aussi une partie de nous-mêmes. Mais il est vrai que chacun occupe une certaine place et se trouve donc contraint de parler un certain langage. Personnellement, bien sûr, j’ai tendance à accorder un privilège au séculier, et on me l’a objecté. Mais comment faire autrement ? Je ne vais pas me transformer en musulman ou en catholique, j’ai été communiste, vous savez, c’est une expérience religieuse très formatrice… C’est pourquoi j’ai aussi écrit qu’il nous faudrait inventer une sorte d’hérésie généralisée, qui rendrait le discours religieux et le discours séculier capables de transgresser leurs propres interdits.

Vous qui avez beaucoup écrit sur l’Europe (Europe, crise et fin ?, Le Bord de l’eau, 2016) et qui n’hésitez pas à dire "Nous, Européens", quelle est votre réaction quand vous entendez Jean-Luc Mélenchon proclamer que la France est une "nation universaliste" ?

Si je pouvais l’interpeller, je lui dirais que je veux bien accepter ce discours, à condition qu’il soit l’équivalent de "noblesse oblige", c’est-à-dire: "République oblige". République oblige à un certain universalisme, qui ne peut plus reposer sur l’identification de la République à la nation. Pour demeurer républicaine, il faudrait que la France se dépasse elle-même, qu’elle formule l’idée d’une extension de la citoyenneté au-delà des frontières. Donc, "Français, encore un effort…"

En ce qui concerne l’Europe, toute la question est de savoir si on peut résoudre les problèmes des Français en dehors d’un ensemble continental. Je suis convaincu que non – et ce, même si l’Europe fait le pire, comme en Grèce. Tout programme reposant sur le renoncement au projet européen est voué à sombrer dans le chauvinisme, si ce n’est dans le trumpisme. Quand je dis cela, des gens comme mon amie Chantal Mouffe [figure philosophique de la gauche radicale] me tombent dessus et me disent: "Mais sur quelle planète vis-tu ? L’identité nationale est le seul cadre qui permette de défendre les classes populaires contre le capitalisme sauvage !" Je crois qu’ils se trompent, mais, bien sûr, il faut le prouver. C’est mon point d’honneur: je ne veux renoncer ni à la critique sociale ni à l’internationalisme.

Ce qui est original pour une figure de la gauche postmarxiste comme vous, c’est que vous refusez avec la même énergie la crispation identitaire et ce que vous nommez l’"hybridité sans frontières". Pour vous, il n’y a pas d’universalisme possible sans conscience identitaire. ­Tout universalisme est enraciné.

Bien sûr, parce que nous sommes des sujets humains, qui ne pouvons vivre sans nous demander "qui suis-je ?" Personne ne peut vivre sans identité ou en changer de façon aléatoire, mais l’imposition d’une seule identité n’a jamais été possible non plus sans violence. À mon avis, la théoricienne américaine Judith Butler a raison sur ce point, si on ne confond pas sa parole avec les variantes conformistes du discours queer ou postmoderne, qui affirment qu’on peut changer sans cesse d’identité de façon aléatoire. Et au fond, il s’agit d’une contradiction insurmontable. On peut seulement chercher à l’aménager.

Le philosophe Vincent Descombes a bien montré que la notion d’identité est paradoxale, car on l’attribue aux individus alors qu’elle vise une appartenance. Mais j’ajouterai: on parle de sa propre identité, ou de ce qui la met en relation avec d’autres, soit pour affirmer ce qu’on possède en commun, soit au contraire pour se distinguer, voire se retirer du commun. L’un ne va pas sans l’autre.

La difficulté nouvelle, c’est que nous participons tous aujourd’hui à des communautés multiples dont les critères de reconnaissance ne sont pas interchangeables. C’est pourquoi j’explore une voie pour pluraliser l’universel sans l’édulcorer ou le renverser en une somme de particularismes. Cela consiste à construire des stratégies de traduction généralisée entre les langues, les cultures et les identités, ayant une portée sociale et pas seulement philologique ou littéraire. Traduction et conflit sont, si vous voulez, les deux pôles dialectiques de mon travail sur la violence de l’universel. Je crois qu’il n’est pas vivable de n’être rien de déterminé, et je reconnais qu’il n’est pas facile d’être plusieurs choses à la fois. Mais ce n’est pas impossible, et il faut même que le plus grand nombre d’entre nous puissent y avoir accès autrement que comme une expérience de dépossession de soi. Le cosmopolitisme dont nous avons besoin exige une certaine forme de malaise identitaire que je me hasarderai à dire actif, ou agissant.

[Entretien réalisé par Jean Birnbaum pour Le Monde, 11/2/2017]

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08 février 2017

Hotties Reading 462

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Rie Yokoyama, Shinjuku dorobo nikki [Journal du voleur de Shinjuku], Nagisa Oshima 1969

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06 février 2017

Godard dans six jours

Godard au Cinématographe (Nantes) : J-6

CLIC

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03 février 2017

Visages asiatiques de Samuel Fuller

On m'a demandé de traduire un texte de Chris Fujiwara, The Asian Faces of Samuel Fuller,
destiné à l'ouvrage collectif sur Fuller (Yellow Now, 2017).
Passage en revue, en six photogrammes, des films mentionnés par Chris.

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SF steel helmet

The Steel Helmet, 1951

SF house of bamboo

House of Bamboo, 1955

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China Gate, 1957

SF The Crimson Kimono

The Crimson Kimono, 1959

SF merrill's marauders

Merrill's Marauders, 1962

SF Shock Corridor

Shock Corridor, 1963

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02 février 2017

Aborted Dreams, c'est une mine

make a women cum for once

CLIC

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