le vieux monde qui n'en finit pas

24 avril 2019

Dick Rivers (suite) & Siné

A la demande express de Raminagrobis (à la mémoire de Siné et Dick Rivers)

chats sauvages siné

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Dick Rivers 1945-2019

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Hotties Reading 573

hr blind wiseman

Blind, Frederick Wiseman 1986

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23 avril 2019

Lectures pour tous : Georges Perec

« On conseilla à un vieux juif russe de se choisir un nom bien américain que les autorités d’état civil n’auraient pas de mal à transcrire. Il demanda conseil à un employé de la salle des bagages qui lui proposa Rockefeller. Le vieux Juif répéta plusieurs fois de suite Rockefeller, Rockefeller, pour être sûr de ne pas l’oublier. Mais lorsque, plusieurs heures plus tard, l’officier d’état civil lui demanda son nom, il l’avait oublié et répondit, en yiddish: Schon vergessen (J’ai déjà oublié), et c’est ainsi qu’il fut inscrit sous le nom bien américain de John Ferguson. »

Ellis Island, 1980, POL (2019)
[Le texte est ici publié pour la première fois sans les images ni les interviews qui l’accompagnaient,
« afin de souligner l’importance qu’a eue pour Georges Perec sa confrontration
avec le lieu même de la dispersion, de la clôture, de l’errance et de l’espoir »
(Ela Bienenfeld, éditrice)]

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ellis island2

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22 avril 2019

FDJ 132 : John Woo

chi bi

Chi bi (赤壁) [Les trois royaumes] 2008

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17 avril 2019

C-huit H-dix N-quatre 0-deux #35

Mississippi John Hurt 1963, Coffee Blues

mississippi john hurt

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Hotties Reading 572

hr gallo the way it is (phil)

Vincent Gallo & Edwige, The way it is, Eric Mitchell 1985

[Merci Ph!l]

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15 avril 2019

Quasimodo & Stryge

laughton & stryge

The Hunchback of Notre-Dame, William Dieterle

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13 avril 2019

Le garage Demy n'est plus

Sur un mur délabré, dans une allée déserte du centre de Nantes, il y a cinq mois

20181025_110850

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12 avril 2019

Nancy Gates 1926-2019

Nancy Gates [ci-dessous avec Randolph Scott dans Comanche Station] vient de mourir.
Elle allait avoir 93 ans.

comanche station

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Nancy-Gates

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Pour Eschyle ~ Contre les nouveaux Torquemada

Pour Eschyle

[tribune publiée notamment ICI ]

« Les faits sont connus. Le 25 mars dernier à la Sorbonne, des activistes se réclamant de l’antiracisme (militants de la Ligue de défense noire africaine, de la Brigade anti-négrophobie, etc.), ont bloqué l'accès à la représentation des Suppliantes mise en scène dans le cadre du festival Les Dionysies par l’helléniste et homme de théâtre Philippe Brunet. Cette grave agression est survenue après que le metteur en scène eut été "interpellé" sur les réseaux sociaux, explique sur Russia Today Louis-Georges Tin, président honoraire du CRAN (Conseil représentatif des associations noires), qui, employant un vocabulaire digne d’un tribunal ecclésiastique médiéval, assène: "Je ne mets pas en doute ses intentions, mais nous disons: l’erreur est humaine, la persévérance est diabolique." Au motif que les actrices qui interprètent les Danaïdes formant le chœur, des Égyptiennes dans la pièce, ont le visage grimé en sombre et portent des masques cuivrés, cela étant assimilé à la pratique du "blackface", il accuse Philippe Brunet de "propagande afrophobe, colonialiste et raciste". Il ajoute, dans son réquisitoire qu’"il n’y a pas un bon et mauvais “blackface”, de même qu’il n’y a pas un bon et un mauvais racisme. En revanche, il y a un “blackface” conscient et un “blackface” inconscient." L’UNEF n’est pas en reste, qui exige des excuses de l'université, en termes inquisitoriaux: "Dans un contexte de racisme omniprésent à l'échelle nationale dans notre pays, nos campus universitaires restent malheureusement perméables au reste de la société, perpétrant des schémas racistes en leur sein." Le 28 mars, après les réactions fermes de La Sorbonne, des ministères de l’Enseignement supérieur et de la Culture ainsi que d’une partie de la presse, dénonçant une atteinte inacceptable à la liberté de création, les mêmes étudiants commissaires politiques ont sécrété un interminable communiqué en forme de fatwa, exigeant réparation des "injures", entre autres sous forme d’un "colloque sur la question du “blackface” en France": un programme de rééducation en somme, déjà réclamé par Louis-Georges Tin.

« Aujourd’hui Les Suppliantes, Exhibit B il y a quelques années, mais aussi, souvenons-nous, Romeo Castelluci accusé de blasphème par des activistes catholiques intégristes pour sa pièce Sur le concept de visage du fils de Dieu. La logique de censure intégriste et identitaire est la même, comme le montre le registre de vocabulaire employé par ces Juges autoproclamés du Bien et du Mal. À quand les autodafés ? Brûler Othello – pour le "blackface" d’Orson Welles. Rappelons-nous que l’Église jadis excommuniait les comédiens.

« "Le théâtre est le lieu de la métamorphose, pas le refuge des identités." Philippe Brunet en une phrase exprime l’enjeu de cet art – de tout art: pouvoir se sentir être autre que "soi-même" – à travers des personnages, des histoires, et rejoindre ainsi toute l’humanité. "L’acteur, sur une scène, joue à être un autre, devant une réunion de gens qui jouent à le prendre pour un autre." Auteurs, metteurs en scène, acteurs, nous sommes des passeurs hospitaliers. C’est cela notre tâche, aujourd’hui comme hier. Entre hier et aujourd’hui; entre ici et ailleurs. Et c’est un travail, exigeant, patient, engagé. Tel Protée, "capable(s) de prendre toutes les formes, de mimer à son gré, par la vivacité de ses mouvements, la fluidité de l’eau ou l’ardeur de la flamme, la férocité du lion, l’agressivité de la panthère ou les mouvements d’un arbre – et bien d’autres choses encore" (Lucien de Samosate), il nous faut œuvrer à transmettre à tous et à faire partager cette troublante expérience de transformation/création. Une expérience, et une épreuve, à travers laquelle chacun d’entre nous, artistes comme spectateurs/lecteurs, peut apprendre ce que signifie que "rien de ce qui est humain ne lui [m’]est étranger". Aux antipodes du catéchisme de la société prétendument "inclusive", qui en réalité fixe et cloître chacun dans une "identité" d’appartenance et dicte aux uns et aux autres la place qu’ils ne doivent pas quitter.

« Ne pas céder face à ces intimidations: telle est notre commune responsabilité aujourd’hui. Le moindre symptôme de servitude volontaire ne pardonnerait pas et serait fatal pour les artistes, donc pour les citoyens qu’ils servent. »

Paris, le 31 mars 2019

suppliantes

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11 avril 2019

Chan, 11 avril

"When I was seventeen"

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10 avril 2019

Hotties Reading 571

HR courseàl'échalote

Pierre Richard et Jane Birkin,
tournage de La course à l'échalote, Claude Zidi 1975

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09 avril 2019

Beauviala, inventeur, 1937-2019

[Article de Clarisse Fabre, dans Le Monde]

Jean-Pierre Beauviala, inventeur de la caméra légère dite du "chat sur l'épaule", est mort

Les modèles "Aaton" de l’ingénieur, disparu le 8 avril, ont accompagné les cinéastes Louis Malle, Jean Rouch, Peter Greenaway, Raymond Depardon, Xavier Beauvois… Il avait 81 ans.

beauviala 1972

Le chat a quitté l’épaule. Jean-Pierre Beauviala, né le 22 juillet 1937 à Arles, ingénieur et créateur des caméras légères Aaton, dont la fameuse dite du "chat sur l’épaule" en 1972, est mort lundi 8 avril à Paris, des suites d’un cancer. Depuis la création de sa société Aaton en 1971, et jusqu’à ces derniers jours où il travaillait encore sur le prototype Libellule, une miniature faite pour coller à l’œil, il inventa les dispositifs les plus audacieux, prolongeant la révolution des premières caméras légères. Les Aaton sont arrivées au début des années 1970, après les Cameflex Eclair qui se portaient déjà sur l’épaule et qu’avaient adoptées François Truffaut dans Les Quatre cents coups (1959) et Jean-Luc Godard dans A bout de souffle (1960), pour réaliser des travelling virtuoses.

L’un des innovations les plus marquantes de Beauviala fut le "marquage temps", qui consiste à inscrire le temps de prise de vue, chaque seconde, sur le bord de l’image, et à le reporter sur la piste de la bande-son. Une autre fut le "système à quartz" qui permet de contrôler la synchronisation entre le son et l’image, ou de couper le "fil" entre les deux. Pour la directrice de la photographie Caroline Champetier, proche de l’inventeur, Jean-Pierre Beauviala était « un surdoué ». « A 14 ans, il s’était fabriqué un agrandisseur optique. Jean-Pierre disait souvent: l’invention, c’est souvent savoir retourner la question », dit-elle. Comme de nombreux chefs-opérateurs, tel Eric Gautier pour Carnets de voyage (2004), de Walter Salles, Caroline Champetier a utilisé une Aaton Pénélope 35 millimètres pour tourner Des hommes et des dieux (2010), de Xavier Beauvois. « On pourrait croire que beaucoup de plans du film sont fixes. Mais ce n’est pas le cas: 40% ont été tournés à l’épaule avec la Pénélope. Je l’utilisais dans les minuscules cellules de moines, ou plutôt je la portais contre moi. On la pose sur l’épaule, elle tient quasiment toute seule. Et on est immergé dans le viseur », témoigne-t-elle. Louis Malle, Jean Rouch, Eliane de Latour, Peter Greenaway, Raymond Depardon, Xavier Beauvois… Tous ces cinéastes ont au moins tourné une fois avec une Aaton.

A l’origine, c’est l’envie de tourner un film qui déclencha le désir d’invention chez le jeune professeur à l’université de Grenoble, où il enseigna jusqu’en 1968 – il travailla aussi un temps pour la société Eclair, avant de se faire congédier. L’époque était aux villes nouvelles et Beauviala en était un ennemi juré. Passionné d’architecture et d’urbanisme, il tenait à faire un film sur une ville vivante, dans lequel il développerait son idée de "coveillance", laquelle « rend les gens attentifs les uns aux autres ». Le film ne se fit pas, mais Beauviala créa une caméra super 16 millimètres.

Le 1er mars 1971, avec les ingénieurs Jacques Lecœur, François Weurlersse, Hugues Vermeille, Jean-Pierre Beauviala fonda la société Aaton, comme le dieu égyptien avec un A supplémentaire – d’après la légende, en ajoutant un A, Beauviala était certain d’être en tête des listes alphabétiques. Pour Beauviala, le travail devait se conjuguer avec le bien-être pour être inventif. Ce n’est pas un hasard s’il a installé sa société à Grenoble, non loin des plaisirs de la montagne. En 1972, la première caméra 16 millimètres Aaton 7 vit le jour. Un modèle fut présenté à la Cinémathèque française à Paris, en 2016, lors d’une grande exposition consacrée à "La machine cinéma, de Méliès à la 3D".

Dans un entretien au Monde (le 11 octobre 2016), Jean-Pierre Beauviala expliquait les avancées de cette caméra, plus ergonomique et silencieuse. « Il faut se replonger dans l’époque, disait-il. Les autres caméras, comme la Cameflex, étaient bruyantes. Et encombrantes. J’ai proposé de rejeter la caméra à l’arrière de l’épaule. Ça paraît moins lourd et ça devient beaucoup plus discret. Vous pouvez avancer vers les gens, vous portez la caméra comme un chat sur l’épaule. J’ai aussi déplacé le viseur sur le côté: ainsi, je regarde dans le viseur mais l’autre œil peut surveiller le champ et être avec les acteurs. L’autre particularité est d’ordre politique: la Aaton pouvait contenir à l’intérieur une petite caméra vidéo. Ainsi, quand vous faisiez un documentaire à l’autre bout du monde, vous pouviez montrer les rushes. » A l’approche de 80 ans, il avait une voix incroyablement jeune, et toujours cette élégance et ce style qui le caractérisaient. Volontiers moqueur, dans ce milieu du cinéma où la concurrence était plus que rude et vertigineuse, il était capable de replonger dans ses créations les plus anciennes, défendant le moindre détail.

En 1975, Aaton créait la Paluche, petite caméra vidéo qui tient dans la main. Le modèle fut adapté au fil des années et les frères Dardenne utilisèrent le dernier cri, l’A-minima super 16 mm, pour faire leurs plans de poursuites dans Le Fils (2002). Beauviala racontait au Monde que « les idées naissaient surtout des discussions avec les chefs opérateurs et les ingénieurs du son ». Ensuite, les cinéastes s’emparaient des modèles: « Jean Rouch a porté la révolution Aaton pour réaliser ses films ethnographiques, avec sa pratique de cinéma direct, dès la fin des années 1970 – il a par ailleurs utilisé d’autres modèles de caméras, Bell & Howell, Eclair, Beaulieu. Quand il est mort au Niger, en 2004, sur ses lieux de tournage, il a été enterré sur place avec sa caméra Aaton ».

Avec Godard, cela ne fonctionna pas. En 1977, le cinéaste demanda à Beauviala de réfléchir à un modèle de caméra qui tiendrait dans le vide-poches d’une voiture. L’équipe se mit au travail et livra en 1979 un prototype sur lequel était gravé: « Jean-Luc Godard a pensé à vous. Et vous ? ». Le directeur de la photographie William Lubtchansky l’aurait testée, quelques plans auraient été tournés pour Sauve qui peut la vie (1980) mais Godard n’a pas poursuivi.

Au début des années 1990, Aaton lance une caméra 35 mm que s’approprient des réalisateurs comme Steven Spielberg, David Fincher, Ridley Scott, pour des projets nécessitant rapidité de mouvement et légèreté. Beauviala ne rejeta pas l’arrivée du numérique dans les années 2000. Son équipe fabriqua d’abord un enregistreur, le Cantar, qui devint une référence pour les preneurs de son – le Cantar troisième génération a vu le jour. Quant à l’image, Beauviala voulait trouver une solution « pour échapper à la fixité des images sur pixels » et retrouver « du mouvement ». Sa réponse fut la Pénélope numérique: sa technique du vibrionnage consistait à décaler légèrement le capteur à chaque prise d’image. Mais cette caméra rencontra des problèmes et Aaton fut mise en redressement judiciaire – rachetée en 2013, la société a été rebaptisée Aaton Digital.

Pour la cinéaste et anthropologue Eliane de Latour, le souci premier de Jean-Pierre Beauviala aura toujours été le regard du filmeur, l’artistique, même si, dans le temps, Aaton a pu tenir en partie grâce aux commandes des grosses productions. « A l’inverse des trajectoires industrielles classiques, Jean-Pierre ne part jamais d’une étude marketing de faisabilité (!) mais d’une réflexion inspirée par des enjeux artistiques, politiques, économiques, affectifs. Comme on est rock, reggae, rap, on est Aatonien”, écrit la réalisatrice de Bronx-Barbès (2000) et Little Go Girls (2015). Il n’a cessé de revenir aux petits outils, d’être taraudé par ce cinéma pour les jeunes, les désargentés, les non conformistes, les gens de terrain , comme il les appelle, qui prennent des risques ». Dans la nouvelle génération de cinéastes, qui compte des adorateurs de la pellicule, on achète encore des Pénélope de deuxième ou troisième main. Et le vieux chat remonte sur l’épaule.

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07 avril 2019

C-huit H-dix N-quatre 0-deux #34

wilhelmsburger freitag

Wilhelmsburger Freitag, Egon Monk 1964

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05 avril 2019

Les bonnes blagues du mois

SAVM ne goûte pas trop d'habitude les poissons d'avril, mais celui-ci m'a fait bien rire.
Dans le collimateur des joyeux plaisantins : les vénérables Cahiers du cinéma,
transformés pour le printemps en un magazine de jardinage.

cahiers

[Merci Erwan]

vlcsnap-2019-04-06-14h14m12s845

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03 avril 2019

Hotties Reading 570

HR tierney sundown phil

Gene Tierney : tournage de Sundown, Henry Hathaway 1941

[merci Ph!l]

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01 avril 2019

Battisti : lettre ouverte de Serge Quadruppani à Hugues Jallon, président du Seuil

[Cette lettre ouverte de Serge Quadruppani à Jallon à propos de Cesare Battisti est parue dans lundimatin n°185 daté du 1er avril 2019. Je me permets de la faire "rebondir" ici.]

Cher Hugues,

Tu me permettras de continuer à te tutoyer, malgré tes hautes fonctions actuelles, puisque c’est ainsi que nous nous parlions quand nous nous sommes rencontrés pour des raisons professionnelles et aussi parce que j’ai eu plusieurs fois le plaisir de lire ta signature au bas de pétitions dont je partageais le propos, que ce soit pour défendre des émeutiers de Villiers le Bel, ou, au moment de l’affaire de Tarnac, pour "la liberté d’expression, aujourd’hui gravement menacée en France par les représentants de son État, au nom d’une conception dévoyée de la lutte contre le terrorisme". Je t’écris donc pour te faire part de la stupéfaction que j’ai éprouvée en lisant sur le site de France Inter que les Editions du Seuil reportaient "la publication d’un roman de Cesare Battisti suite à ses aveux". Gwenaëlle Desnoyers, responsable de la collection Cadre Noir, où le livre devait être publié raconte pourtant avoir eu "un énorme coup de cœur" pour ce qu’elle décrit comme “un pur roman noir, … extrêmement élégant, avec des pages brillantes”. La raison du report sine die de publication du livre serait, selon l’éditrice que "l’heure pour Cesare Battisti n’est pas à la littérature. Pour le moment, on a surtout envie qu’il s’explique. Un roman de lui maintenant, ce serait indécent".

Lisant cela, je suis stupéfait à double titre.

D’abord, ma stupéfaction vient de ce que la décision du report ait dépendu, en dernier ressort, de quelqu’un qui a pris dans la dernière décennie les positions ci-dessus énoncées, de surcroît ancien éditeur de l’excellente collection Zones, où sont parus tant de titres utiles à la subversion de l’ordre dominant. Quelqu’un qui, voilà peu, s’interrogeant sur la manière de "sortir la gauche de l’impasse", préconisait de sortir de la "pensée tiède". Il faut en effet ne disposer que d’une pensée très très tiède, et même proche du degré de congélation de tout esprit critique, pour considérer comme acquise la sincérité d’"aveux" passés avec sur la tempe le pistolet de la perpétuité réelle dans des conditions que la gauche, au temps où ce mot voulait encore dire plus ou moins quelque chose, décrivait (c’était à propos des prisonniers de la RAF) comme une "torture blanche". Le cas de Cesare ne fait que porter à l’extrême une situation bien connue de quiconque a eu un jour affaire à la justice: la "vérité" judiciaire n’est jamais que le résultat d’un très inégal rapport de forces. Comme je l’ai écrit en 2017 à propos d’un procès politique français: "Le mensonge fondamental sur lequel repose la vérité judiciaire c’est que, dans les enceintes où elle s’énonce, tout le monde feint de discuter comme si accusés et accusateurs étaient à armes égales. Cette comédie n’est possible qu’en refoulant du débat la présence lourde et menaçante des forces de l’ordre dans et hors des murs, en refoulant la présence de ces murs mêmes dans lesquels les accusés sont contraints de se trouver."

Au-delà de ce point essentiel, il est une autre raison d’ordre politique pour laquelle je m’étonne si grandement de ta décision. Cette espèce de stupéfaction que vous affichez en découvrant que peut-être bien Cesare Battisti serait "coupable" et qu’il faudrait qu’il "donne des explications" semble ignorer qu’une bonne partie de ceux qui le défendaient, dont moi, ne le faisaient pas au nom d’une "innocence" supposée. Et ce n’était pas non plus parce que, comme le prétend le Cesare Battisti qui a signé un procès-verbal dans une prison de haute sécurité, parce que nous aurions "partagé l’idéologie" des groupes armés italiens des années 70. Dans les conditions de l’époque, le passage à une lutte armée très minoritaire apparaissait à beaucoup de sympathisants des subversifs italiens, dont j’étais, un choix sans avenir. Mais en 2004, quelles qu’aient été nos critiques ou non critiques, nous qui connaissions un peu l’histoire de l’Italie et des années 70, si nous nous sommes opposés à l’extradition de Cesare, c’est avant tout pour imposer à l’Etat français le respect de la parole donnée conformément à une doctrine énoncée et appliquée par tous les gouvernements de droite et de gauche jusqu’alors (abusivement appelée "doctrine Mitterrand") et qui revenait, suivant une tradition constante de recherche de la paix civile, à accorder aux exilés italiens, sur le territoire français, l’amnistie que les gouvernements outre-alpins ne voulaient pas leur concéder [1].

Enfin, je suis sûr que je ne t’apprendrais rien, cher Hugues, en rappelant que la défense de Battisti et de tous les exilés menacés d’extradition (à propos, on compte toujours sur toi pour signer en faveur de ceux qui pourraient être menacés aujourd’hui), entrait et entre toujours dans une bataille contre le révisionnisme historique dominant en Italie, qui refuse d’admettre que dans les années 60-70, une partie minoritaire mais conséquente de la population de la péninsule est entrée en sécession contre la vieille société. Pour ces centaines de milliers, ces millions d’ouvriers, étudiants, paysans, habitants de quartiers populaires, femmes et homosexuels en lutte, le fait qu’on veuille s’en prendre physiquement à des gros commerçants qui jouaient au shérif en tirant sur des petits voyous braqueurs et qui s’en vantaient, ou à des matons tortionnaires, n’était discutable que d’un point de vue stratégique, pas éthique. Il faut dire que ces Italiens-là savaient que les auteurs des attentats massacres, les penseurs de la stratégie de la tension, les assassins d’ouvriers dans les usines, de paysans dans les champs et de détenus dans les prisons, étaient à chercher du côté de l’Etat et de ses forces de l’ordre. Faire porter le chapeau d’une violence sociale généralisée à Battisti et à quelques centaines d’individus ensevelis sous les peines de prison et contraints souvent à des rétractations honteuses, est le tour de passe-passe auquel l’Italie officielle, celle du PC et de la démocratie chrétienne regroupés aujourd’hui dans le PD ont réussi jusqu’ici, y compris à présent avec l’appui des fascistes de la Ligue et des sinistres bouffons xénophobes 5 étoiles. Le Seuil n’était pas obligé d’apporter sa caution de vieille maison d’édition à cette vérité officielle-là.

Car, enfin, et c’est là la deuxième raison de ma stupéfaction: il n’est nul besoin d’être de gauche, ultra ou tiède, pour refuser de tomber dans des considérations aussi ahurissantes (pour être poli) que: "on a surtout envie que Battisti s’explique. Un roman de lui, maintenant, ce serait indécent". Pour ne pas sortir ce genre d’ânerie (aïe, je l’ai dit), il suffisait d’être éditeur. Comme l’a écrit ce gauchiste échevelé de Milan Kundera, dans les Testaments trahis: "Suspendre le jugement moral ce n’est pas l’immoralité du roman, c’est sa morale. La morale qui s’oppose à l’indéracinable pratique humaine de juger tout de suite, sans cesse, et tout le monde, de juger avant et sans comprendre. Cette fervente disponibilité à juger est, du point de vue de la sagesse du roman, la plus détestable bêtise, le plus pernicieux mal. Non que le romancier conteste, dans l’absolu, la légitimité du jugement moral, mais il le renvoie au-delà du roman." Etre éditeur de roman, ce devrait être seulement cela, qui est déjà immense et essentiel: publier des livres dont on pense qu’ils sont des bons romans, des romans "brillants", si possible pour lesquels on a "un gros coup de cœur", et cela indépendamment de ce qui peut être dit ou pensé de la personnalité de leurs auteurs. Dois-je te dresser la liste de tous les écrivains qui étaient des gens peu fréquentables, des franches crapules ou d’infâmes salauds ? Tu la connais mieux que moi et tu sais aussi bien que moi que la littérature subirait des coupes sombres dont elle aurait peu de chance de se relever si on lui appliquait rétrospectivement la bien-pensance honteuse à laquelle aujourd’hui vous cédez.

Ce qui est franchement "indécent", c’est la raison qu’on perçoit derrière votre décision et les explications ridicules qui l’accompagnent: la crainte du mauvais buzz. Céder ainsi à ce que la vie médiatico-culturelle a de plus superficiel, de plus manipulable par les forces du libéralisme autoritaire et ses éditocrates, c’est, de votre part, un signal catastrophique adressé à toute l’édition française. Si votre attitude devait se généraliser, elle montrerait que la liberté d’expression, est "aujourd’hui gravement menacée en France par les représentants de sa culture, au nom d’une conception dévoyée de la lutte contre le terrorisme". 

~

[1Mais, assurent certains, cette mesure ne s’appliquerait qu’à ceux "qui n’avaient pas de sang sur les mains": argument ridicule, quand on sait comment a fonctionné la justice italienne des années 70 et 80, et qu’il est prouvé qu’elle a maintes fois détecté du sang sur des mains qui n’y avaient jamais trempé.

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29 mars 2019

FDJ 131 : Mario Monicelli

i compagni

Scénario : Age & Scarpelli [et MM], 1963

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Agnès Varda 1928-2019

varda

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