Welcome to my world (Nantes)
Daniel Johnston expose au Lieu Unique. Demain, c'est fini. Venus de Bruxelles, nous irons cet après-midi.

(pour la photo du mural, merci Ph!l)
Ici, le topo de LLU sur l'exposition.
Là, DJ en concert le mois dernier à la Gaieté Lyrique à Paris :
Contes de mon scooter 8

Aujourd'hui, s'il fait beau, nous allons en perme à Nantes (et environs).
Que les choses soient claires
« Par révolution mondiale, il faut comprendre ici, très exactement, le renversement du capitalisme dans tous les pays du monde où ce renversement n'est pas accompli - opération dont l'expression politique fondamentale est l'abolition de la propriété privée des moyens de production.
Par immédiate, il faut entendre que le programme que nous allons exposer s'inscrit dans une période fixée à un an. Délai approximatif au delà duquel il serait oiseux d'escompter sa réussite, celle-ci étant obligatoirement tributaire d'une action intense et rapide. »
Marcel Mariën
Théorie de la révolution mondiale immédiate
Les Lèvres nues (Bruxelles), 1958
~

L'esprit critique se mélanchonise, la confusion règne
L'exemple d'un mensuel connu

Haut. La une d'avril.
Bas. La une de mai (Tiens, le suffrage universel n'a pas suffi. Les banques, la guerre, la faim et la pauvreté n'ont pas été abolies par la baguette magique. Siné avoue qu'il est déçu.)
Proposition pour la une de juin :
"Ayrault, le peuple aura ta peau !
La retraite à 65 ans et le smic à 1200 euros !
Ou on fait une manif après les vacances."

C-huit H-dix N-quatre O-deux (11)
C8H10N4O2 n°11
Humble Pie, 1973, Black Coffee
C'est Thierry K que je remercie (je n'en resterai pas là)
Iron Man, 1931

Jean Harlow dans Iron Man (Tod Browning, 1931), sur un sujet de W.R. Burnett.
C'était avant le code.
C-huit H-dix N-quatre O-deux (10)
C8H10N4O2 n°10
Kahawa, de Donald Westlake, 1981
Prologue
Chacune des fourmis sortait du crâne en emportant une infime parcelle de cerveau. La double colonne d'insectes qui faisait la navette entre le cadavre et la fourmilière traversait en diagonale la piste humaine au bord de laquelle on avait jeté la femme assassinée. Tandis qu'une ombre traversait le soleil matinal, une douzaine de fourmis furent écrasées sous les pieds nus et calleux de six hommes qui cheminaient, venus de la route de Nawambwa et descendant vers le lac, chacun portant sur sa tête un sac de soixante kilos de café. Aucun de ces hommes décharnés ne devait lui-même peser beaucoup plus de soixante kilos. Les fourmis survivantes continuèrent insoucieusement leur transport. Les hommes aussi.
En contrebas, la piste s'achevait dans un enchevêtrement de végétation au bord de Macdonald Bay, et le lac Victoria s'apercevait par-delà la pointe de Bwagwe. Les six hommes laissèrent tomber leurs sacs de café et s'allongèrent pour une brève pause, les sacs en guise d'oreillers. Deux porteurs fumèrent une cigarette; trois autres mâchaient de la tige de canne à sucre; le sixième gratta des piqûres d'insectes autour de son orteil manquant.
Un hélicoptère passa, flap-flap, très bruyamment, et les hommes devinrent absolument immobiles, le regard levé à travers l'écran de branches et de feuillage, tandis que le grand appareil vert olive passait, comme un autocar qui eût porté un canotier.
Hello, Miss Clarke ! [Rome is burning]
Rome is burning. Portrait of Shirley Clarke (1970),
par Burch et Labarthe,
avec Lebel et Rivette,
dans la série "Cinéastes de notre temps" de Bazin et Labarthe.
53', sous-titres français.
[merci à Mubi]
Agusti Fernández trio
« Aurora »
Agustí Fernández (piano), Barry Guy (double bass), Ramón López (drums & percussion),
enregistrés le 16/3/2007 à Moods, Zürich
« Don Miquel »
[je remercie Philippe] ~ sur Youtube, Cf. dingoandfox
Lectures pour tous : Dorothy M. Johnson

« Bert Barricune mourut en 1910. Une douzaine de personnes à peine assistèrent à ses funérailles. Parmi elles, un jeune reporter enthousiaste qui espérait trouver matière à un papier d’intérêt humain; des légendes couraient sur le défunt, qui aurait été un as du revolver en son temps. Quelques hommes vieillissants entrèrent sur la pointe des pieds, seuls ou par deux, la mine renfrognée et l’air crispé, serrant dans leurs mains leurs chapeaux bosselés – des hommes qui s’étaient saoulés avec Bert, qui avaient joué au poker du pauvre avec Bert, pendant que le temps les oubliait. Une femme se montra, portant une lourde voilette noire qui dissimulait son visage. Des mèches blanches et jaunes étaient visibles dans ses cheveux teints en noir. Le reporter prit note mentalement: une ancienne petite amie du Vieux Quartier. Mais rien à tirer de ça – impossible de mentionner cette anecdote.
Un par un, ils défilèrent devant le cercueil, regardant le visage figé du vieux Bert Barricune, qui n’avait été personne. Ses cheveux en brosse étaient blancs, sa figure ridée aussi vide que sa vie l’avait été. La mort, cependant, y avait ajouté de la dignité.
Une grande gerbe s’étalait derrièr le cercueil. Sur la carte, on lisait: "Sénateur et Madame Ransome Foster". Il n’y avait pas d’autres fleurs, excepté quelques boutons pâles et sans feuilles, roses et jaunes, éparpillés sur le tapis recouvrant le pas de la porte et qui passaient presque inaperçus. Plissant les yeux, le reporter finit par les identifier: nom d’un fusil ! Des boutons de figuier de barbarie. Des fleurs de cactus. Cela paraissait approprié pour le vieux – des fleurs qui poussaient sur les terres en friche de la prairie. Bon, c’était gratuit pour ceux qui se donnaient la peine de les ramasser, et les amis de Barricune n’avaient pas l’air fortunés. Mais pourquoi le sénateur avait-il envoyé une couronne ? »
Dorothy M. Johnson, L'homme qui tua Liberty Valance, 1949
[trad. de Liliane Sztajn, dans le recueil Contrée indienne, Jean-Claude Lattès, 1986]

Haro sur le pouvoir socialo-communiste
ll y a presque vingt ans.
Crottes et bousiers
[Le texte qui suit constitue la chronique "Improbablologie" de Pierre Barthélémy, parue dans Le Monde daté du samedi 5 mai. Rechignant à me disputer pour de bon avec quelques électeurs de mes amis, j'ai hésité à le relayer. Réflexion faite, comment le passer sous silence, tant il m'amuse ?]
Pour quelle crotte les bousiers votent...
par Pierre Barthélémy, chronique Improbablologie
Alors que l'élection présidentielle est proche de son dénouement, cette chronique, qui a récemment flirté avec la politique, se doit d'en rester à distance pour des raisons d'impartialité. Il a donc été décidé qu'elle s'intéresserait à un tout autre sujet, une étude déterminant celui qui, parmi une dizaine de mammifères, produisait la crotte préférée des bousiers. Il existe de nombreuses espèces de ces insectes coprophages: d'aucuns modèlent leur butin en boulettes qu'ils roulent jusqu'à leur terrier, tandis que d'autres élisent domicile dans l'excrément qu'ils ont trouvé. Certains bousiers sont des fidèles en crottes, et ne consomment que celles d'un seul mammifère, tandis que d'autres, plus versatiles, sont capables de manger, pourrait-on dire, à tous les râteliers.
Mais comment savoir quelle est leur favorite? Les instituts de sondages étant incompétents en ces matières, les auteurs de l'étude parue dans le numéro d'avril d'Environmental Entomology ont décidé de... faire voter les bousiers. L'objectif premier de ces deux chercheurs américains de l'université du Nebraska était de savoir si l'introduction de mammifères exotiques risquait de perturber les insectes coprophages du cru, et si ceux-ci étaient adaptés au nettoyage d'excréments venus d'ailleurs. Tous les entomologistes ont en effet été marqués par l'histoire de l'Australie, qui s'est transformée en un immense champ de bouses il y a quelques décennies et a dû importer des bousiers à prix d'or, les espèces autochtones, habituées aux productions des marsupiaux, étant incapables de gérer les déjections bovines.
Les auteurs de l'étude ont donc proposé une dizaine de candidats fécaux, servant d'appât dans des pièges. Se présentaient des excréments d'espèces typiquement nord-américaines (bison, élan, couguar), d'animaux récemment importés sur le continent (âne, homme, cochon) et d'espèces plus exotiques (chimpanzé, tigre, lion, zèbre, antilope), ainsi que des charognes - de rats - qui attirent parfois les bousiers. Les échantillons, frais du jour, arrivaient tout droit d'un zoo local, à l'exception de ceux d'Homos apiens, dont l'article tait la provenance. Les chercheurs ont d'ailleurs reconnu qu'il était "difficile de trouver des volontaires pour des études de ce genre", sous-entendant qu'ils avaient dû se mettre eux-mêmes à contribution. Les excréments étaient placés dans une cinquantaine de pièges répartis sur un ranch de 4 000 hectares. Ces urnes d'un style un peu particulier étaient relevées tous les jours: les chercheurs comptaient et identifiaient les insectes capturés, qu'ils relâchaient ensuite à 1 km de là. L'étude s'est étalée sur les années 2010 et 2011 et a fait participer plus de 9 000 bousiers.
Résultats du scrutin après fermeture des bureaux de vote: la crotte de chimpanzé et celle d'homme arrivent largement en tête et au coude-à-coude, ce qui s'explique par le fait que les déjections d'omnivores sont très odorantes. La troisième place est occupée par la charogne de rat qui, avec ses relents nauséabonds, a un pouvoir attractif certain. L'autre omnivore du groupe, le cochon, termine quatrième. Les chercheurs notent que les insectes manifestent un intérêt marqué pour la nouveauté fécale, les bouses de bison auxquelles ils sont habitués depuis des dizaines de millénaires ayant fini à la dernière place.
Toute ressemblance avec un récent scrutin ne serait qu'une pure coïncidence.
[Pierre Barthélémy est ICI.]
L'empereur déchu et le cuisinier hongrois
« Vous refusiez de croire qu'on en arriverait là. Vous voyez que vous aviez tort. »
Maximilien, empereur du Mexique (Paroles prononcées avant son exécution, à Queretaro, en 1867, à l'intention de son cuisinier hongrois.) [Cité par Eric Ambler in Dr. Frigo, 1974]

William Wegman for president !
Two Dogs & Ball, William Wegman, 1972.
De gauche à droite : Fay Ray, Man Ray.
Dimanche à 20h00, place au Roi des pommes de terre frites...
Grâce à la Cinémathèque royale [CLIC], qui rend hommage à Gaston Schoukens, nous aurons dès 20h01 les yeux fixés sur Le roi des pommes de terre frites [De Koning van de patates frites, retitré En avant... la musique !], né en 1935. Notre monarque du jour aura les traits de Gustave Libeau, bien entendu. Qui voulez-vous que ce soit ?

Scène de jazz dans film noir
1950. Scène de cabaret extravagante dans le non moins biscornu (et un peu surestimé) DOA de Rudolph Maté. Selon l'historien de la musique et spécialiste du pet Jim Dawson, le quintette que l'on voit à l'écran est mené par James Streeter (ténor), avec Teddy Buckner (trompette), Ray LaRue (piano), Shifty Henry (contrebasse) et Al "Cake" Wichard (batterie). Le son est celui du quintette du saxophoniste Maxwell Davis, que Maté fit enregistrer en post-synchro.
Le bar des vampires (Lefred-Thouron)
Mais non, on ne parle pas que des élections, au bistrot.

Je remercie Lefred-Thouron (qui l'a dessiné),
Fluide glacial (qui l'a publié) et Gérard Lenne (qui l'a envoyé)
Luc Cornet RIP
Luc Cornet, pataphysicien du grand-Liège, s'est désintégré dans la nuit de dimanche à lundi.

Qui le désire relira ses livres, qui le peut écoutera sa musique,
qui le veut se joindra à ses complices, demain.
~
"Chères amies, chers amis,
Comme c'est la coutume dans nos contrées, je désire vous inviter à mon enterrement.
Pour ce faire, je voudrais vous voir souriant et heureux ce vendredi, pour évoquer nos souvenirs souriants et heureux.
Ma vie a été pleine de bonheur. Ce bonheur, je l'ai partagé avec vous et je pars satisfait et sans regret.
Donc ce vendredi, vous serez le bienvenu pour évoquer entre vous, les temps mêlés de rires et d'émotion.
Pour cette fête, vous pourrez au gré de votre humeur dire un poème, raconter un souvenir, jouer un morceau de musique, ou discourir de votre mieux.
Le programme de l'après-midi : Vendredi 4 mai, 13h30 au funérarium (levée du corps) ~ Arrivée à 14h à Robermont ~ 14 à 14h45, cérémonie en mon honneur ~14h45, incinération.
Après, rendez-vous à l'appartement du pataphysicien, avenue albert mahiels, à 4020 Liège.
Merci de tout coeur pour votre participation."
En attendant le grand plongeon dans l'océan infini, ce grand farceur devant l'éternel repose de mardi à jeudi au centre funéraire Bemelmans (rue A. Buisseret à Liège).
Walter Mosley

[La pédagogie du ghetto]
– Pa' ?
– Oui ?
– Pourquoi est-ce que les Noirs passent leur temps à s’entretuer ?
(long silence)
– Ils s’entraînent.
Black Betty, Walter Mosley, 1994
Mélençon, de Najiels à Garnier : roulés dans la farine
Il est désormais avéré que le texte de Jean-Pierre Garnier que j'ai déposé ici le 27 avril (et qui m'a valu volée de bois vert et avalanche de noms d'oiseaux, tant la posture et l'imposture, le mythe, le culot, la boursouflure et la personne de Jean-Luc Mélençon sont intouchables) était un pompage assez cruel d'un autre texte, signé Yvan Najiels celui-là. [Je me suis donc fait rouler dans la farine, comme nombre de lecteurs du site des éditions Agone et des blogs de Médiapart. Même si je n'y suis pour rien, je présente mes excuses à Yvan Najiels et à mes visiteurs, en particulier à ceux qui ont eu la bonne idée - car le texte était loin d'être dépourvu d'intérêt - de relayer, à partir de Sus au vieux monde, la "prose" de Jean-Pierre Garnier.] On lira ci-dessous la mise au point déposée hier sur Médiapart par Yvan Majiels, ainsi que son texte original (26 mars, Médiapart)
Jean-Pierre Garnier, libertaire... mais plagiaire !
01 Mai 2012 Par Yvan Najiels
M. Jean-Pierre Garnier, sociologue de son état référencé sur Wikipedia, tient - comme d'autres plus ou moins connus, plus ou moins anonymes - un blog. Ce blog est hébergé par les éditions Agone.
M. Garnier écrit visiblement au Monde libertaire (la tendance politique que ce journal représente ne m'a jamais attiré, il faut dire) et je n'avais donc jamais entendu parler de lui. La tendance Camus-Onfray-Garnier et compagnie - à laquelle sans doute s'ajoute Dany Cohn-Bendit - m'a toujours hérissé puisque n'assumant jamais l'héritage révolutionnaire jusque dans ses erreurs pour présenter un révolutionnarisme d'opérette avec des mains blanches - surtout pas rouges ! - qui ne serviront jamais. Pour faire bref, je préfère Sartre (qui ne se trompait pas d'ennemi) !
Il se trouve que M. Garnier, sur son blog et du haut de son mandarinat au drapeau noir (il y a quand même de quoi rire, ces libertaires sont incorrigibles !), a littéralement - ou presque - pompé mon dernier article qui traitait notamment du rapport de M. Mélenchon à Mitterrand. Le texte, initialement publié dans l'édition "Mille communismes" de Mediapart, s'est ainsi retrouvé repris ici affublé au passage de quelques cuistreries aussi malhonnêtes que pitoyables. Notre anarchiste, forcément léninophobe, a attribué la mention de "crétinisme parlementaire" à Marx mais même ce mensonge a du lui paraître indigeste - trahir Bakounine... Il a également nié que Mao Zedong ait dit "la révolution n'est pas un dîner de gala". Enfin, il n'a pas repris la phrase sur la fausse laïcité qui dissimule mal une vraie islamophobie (nos anarchistes français savent être de grands rrrrrépublicains).
Nos deux textes (ou plutôt, le mien puis l'à peu près mien signé par lui) ont exactement un mois d'écart. M. Garnier, donc, arrive après la bataille. Ceci n'est pas sans rapport avec la léninophobie du courant qu'il représente: on vient toujours après, on prend ce qui est bon, ce qui claque et l'on rejette ce qui est dur à endosser et/ou la réalité concrète de la politique d'émancipation comme, par exemple, la révolution. D'où la détestation dans le monde anarchiste des figures victorieuses d'un bref moment de victoire populaire: Robespierre, Lénine, Hô Chi Minh, Trotski ou Mao sont ainsi voués aux gémonies et on leur préfère les idiots utiles du capital comme Proudhon ou Albert Camus (je parle politique, là, et non littérature).
Je m'attarde sur les principes. Le courant anarchiste français est censé être le plus correct et le plus honnête, le moins "stalinien" de la nébuleuse révolutionnaire. Il y a de quoi rire car ce plagiat de M. Garnier montre que la malhonnêteté est une chose bien partagée chez nos purs aux mains blanches et inutiles. Que l'on pense aux torchons du célèbre libertaire Michel Onfray contre la pensée révolutionnaire (psychanalyse comprise) et ses figures et l'on aura une idée des principes de cette mouvance. Sans parler des frères Cohn-Bendit...
Que l'on me comprenne bien. M. Garnier a absolument le droit de reprendre mon article et de le partager. Cela s'est fait du reste et parfois même par des gens dont les opinions différaient singulièrement des miennes. C'est ainsi; c'est normal.
Mais la moindre des choses, a fortiori quand on se targue d'être un intellectuel contestataire au rebours du monde capitalo-parlementaire, c'est d'être probe et de citer ses sources. Sinon, on est un mandarin universitaire comme disaient les maos de jadis et, Agone ou pas, on ne vaut guère plus qu'un Alain Minc, factotum de Foutriquet II bientôt destiné aux poubelles de l'Histoire.
Je réclame donc une modification du billet de M. Jean-Pierre Garnier où celui-ci, avec la plus grande clarté, exposera la provenance exacte du texte qu'il s'est bien malhonnêtement attribué.
Si quelqu'un le connaît, je le prierais de faire suivre ma légitime requête.
~
Du grand entretien de Mediapart avec M. Mélenchon
26 Mars 2012 Par Yvan Najiels
Edition : Mille communismes
Le regretté Gilles Deleuze a dit quelque part qu'à chaque campagne électorale, le niveau de la connerie montait. Celle de 2012, semble-t-il, n'échappe à la règle, tant s'en faut. La connerie cette année se sera notamment illustrée par la polémique autour de la viande halal mais le drame de telles billevesées, c'est qu'elles peuvent se transformer en lois persécutoires.
Mediapart, dans tout cela, fait assez bien son travail, il faut le dire et il semble que la longue interview de Jean-Luc Mélenchon gagnerait - mais pas spécialement pour lui... - à être diffusée, partagée, connue. Les réactions aussi de certains lecteurs sont édifiantes dans leur colère face à Edwy Plenel qui a osé parlé de François Mitterrand, saint homme de la gauche et unique président "socialiste" d'une Vème République qu'il a refusé d'enterrer ("les promesses n'engagent que ceux qui les reçoivent", disait jadis Pasqua) après l'avoir pourtant dénoncée...
La mélenchonomania qui saisit "le peuple de gauche" n'est pas pour rassurer et ce sentiment est accentué par les commentaires qui disent clairement qu'il est inutile de parler de Mitterrand. Ce refus, du reste, illustre une dimension tragique du registre électoral. On pourrait dire, en prolongeant La Rochefoucauld, que le soleil, ni la mort, ni l'inertie globale du monde ne se peuvent regarder fixement. L'illusion électorale est une douceur sucrée sans lendemain mais qui, les quelques mois qu'elle dure, nous berce langoureusement. Il n'y aura rien - ou si peu - d'un strict point de vue électoral mais on y a cru et cette illusion lyrique de supermarché parlementaire rend plus douces nos rudes existences.
Pour autant, à l'injonction parlementaire "Votez !", il est faible de répondre par son inverse "Ne votez jamais !". Tout dépend des situations et s'il apparaît évident qu'il fallait participer au référendum de 2005 contre le carcan libéral du TCE, les élections post-Mai 1968 ou post-Révolution tunisienne furent clairement des opérations réactionnaires destinées à liquider le fond de l'air rouge ou, pour la Tunisie, la révolution en marche.
S'agissant de l'élection de cette année, élection antidémocratique s'il en est car nous collant une camisole de force pour 5 ans, il est assez ahurissant que cette question soit sous le boisseau. Il en va de même pour le vote Mélenchon. Est-on obligé de voter pour un homme qui veut incarner "l'autre gauche" (serpent de mer parlementaire, cela aussi...), qui fut sénateur PS à 35 ans, mitterrandolâtre ne doutant jamais de la grandeur de son mentor et jospiniste de choc dans un gouvernement qui comptait le flic Chevènement et le poujadiste Claude Allègre ? Tout cela n'est pas de l'ordre du détail, ni de l'histoire ou, en tout cas, d'une histoire close. Le mitterrandisme n'est pas une chose ancienne, définitivement derrière nous. Nombre de plaies de ce pays en viennent directement: l'invisibilité des ouvriers (spécialement s'ils sont étrangers), la laïcité belliqueuse qui proscrit les musulmans de ce pays, l'argent-roi qui désormais est le seul critère d'études réussies, la conversion de la France au capitalisme financier le plus vil, l'atlantisme assumé... En cela, Edwy Plenel a eu raison d'interroger Jean-Luc Mélenchon sur le mitterrandisme car ce point est tout sauf un détail et rester fidèle à cette période de désorientation et de corruption politiques ne dit rien qui vaille. Enfin, la fidélité à un homme qui n'avait d'autre principe que sa réussite politique personnelle est plus que déconcertante... Qu'est-ce qui garantit, en effet, que M. Mélenchon me mettra pas ses pas dans ceux de son Tonton ? Entre Saint-Just et Mitterrand, il va falloir choisir !
Le premier signe de cette éventualité est la justification que le co-président du PG donne à la rigueur. Celle-ci fut obligée, due à circonstances imprévues et extérieures... Qu'est-ce qui aujourd'hui assure que de telles circonstances ne se reproduiront pas? Mystère. Et ce n'est pas la "révolution citoyenne" qui nous rassérènera car à vrai dire, cette expression n'est même pas oxymorique, elle est purement contradictoire puisqu'elle réconcilie l'idée de "révolution" avec "dîner de gala" sous les lambris de la Rrrrépublique! C'est dire à quel point ce mot d'ordre est fumeux! Pareil pour "insurrection civique" où est entendu que civique concerne le vote stricto sensu. Cette expression est la version de gauche du fétichisme hollandais pour l'isoloir. Elle réconcilie, elle, manifestations et élections. Elle liquide, mais du côté gauche, l'événement-68.
On pourrait continuer à pointer les éléments inquiétants du discours mélenchonien ainsi que les positions politiques du bonhomme. C'est un peu dangereux vu la colère qu'elle engendre parmi les fans du candidat Front de Gauche (Edwy Plenel en a fait les frais) et, surtout, c'est peu utile car, au fond, tout le monde - y compris parmi les électeurs du FdG - est conscient du simulacre d'événement - et donc de la supercherie - que Jean-Luc Mélenchon représente. Chacun sait que le slogan "Prenez le pouvoir" est une blague et pourtant, nombreux sont ceux qui acquiescent. C'est la bêtise électorale pour s'inspirer de Deleuze - ou le crétinisme parlementaire, pour reprendre des bolcheviks que, pour le coup, Mélenchon raille assez souvent.
Que fera le Front de Gauche, une fois aux affaires? Qui le sait vraiment? En quoi serait-il le cartel qui, pour la première fois, résisterait au mur de l'argent? La manifestation de la Bastille ne répondait pas à cela et, du reste, c'était une manifestation muette au sens où aucun énoncé singulier venu du peuple n'a été dit. Que personne ne pointe cela est étonnant: la manifestation pour la VIème République était un rassemblement pour un homme... providentiel, mais de gauche !
L'injonction "Ne votez pas !" serait cependant faible et stérile. La campagne crée des dynamiques face auxquelles la lucidité est faible. Bien des gens voteront Mélenchon comme il y a trente et un an des salariés, Mitterrand, en pensant qu'il n'y aurait plus de chômage. Cela peut s'entendre et cela ne fait pas de ces gens-là des "nigauds" contrairement à ce qu'écrit Alain Badiou dans son dernier livre. Néanmoins, ce qui est insupportable et qu'ont quand même bravé Edwy Plenel et Mathilde Mathieu, c'est l'éteignoir parlementaire mis comme une camisole sur la pensée de notre émancipation.
Yvan Najiels

