le vieux monde qui n'en finit pas

04 juillet 2015

La Rochelle, 43e, 09

mystery_leaping_fish

Comme il le fait chaque année, Serge Bromberg est venu à La Rochelle nous offrir un trésor muet issu de ses collections faramineuses, dont il accompagne lui-même la projection au piano. Le plat de résistance était la géniale fantaisie pseudo psychiatrique (le fil rouge du film n'est pas sans rapport avec celui du récent Inside Out de Pixar/Disney, mais beaucoup moins réac et beaucoup plus drôle que ce dernier) de Victor Fleming, When The Clouds Roll By (Cauchemars et superstitions, 1919). Douglas Fairbanks, auteur du sujet de départ, s'avère un incroyable acteur burlesque, quelques années avant les bondissants swashbucklers qui feront de lui la légende que l'on sait. En avant-programme surprise, Bromberg a présenté une curiosité absolue: une parodie de Sherlock Holmes imaginée par Fairbanks et transformée en scénario abracadabrant (on pense à W.C. Fields) par Tod Browning en personne. Le spectacle délirant de ce détective "scientifique" rebaptisé Coke Ennyday - vive les jeux de mots foireux -, qui se pique toutes les trois minutes pour se stimuler les neurones (la fameuse solution à 7%, sans doute) et se projette au visage des lessiveuses de coke pour se réveiller, nous rappelle qu'en 1916 l'idée du Code de production régulant la censure dans les studios, n'a pas encore germé dans le cerveau malade des ligues familiales et autres puritains américains. Ce joyau s'intitule The Mystery of the Leaping Fish (quelque chose comme Le Mystère du poisson bondissant). Il est réalisé par John Emerson qui a demandé à sa propre femme, une certaine Anita Loos, de rédiger le texte des intertitres. Fairbanks, Browning, Loos, Conan Doyle (non crédité): rien que le gratin. On trouve sur YT une copie complète du film. On dirait bien qu'il s'agit de la version restaurée par Lobster, la boîte de Serge Bromberg et, par conséquent, celle que les festivaliers privilégiés ont vu tout à l'heure sur l'écran géant de la Coursive. Les autres peuvent le regarder ici. La maison n'offre pas les sous-titres, mais qu'importe, les dialogues ne sont pas légion.  

Posté par charles tatum à 23:23 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , , , , ,


La Rochelle, 43e, 08

Merci à la librairie Les Saisons, marchand de livres rochelais attaché au festival - chez qui nous avons trouvé ce petit livre édité par des anars à Saint-Georges d'Oléron (Charente-Maritime), non loin d'ici c'est-à-dire ICI (voir extrait plus bas).

cerveau disponible

« [...] Toutes les œuvres créées jusque-là et dans tous les domaines étaient discrètement incomplètes: elles comptaient sur l’interprétation, l’imagination, donc l’intelligence pour atteindre leur achèvement. Le spectacle audio-visuel se suffit à lui-même parce qu’il est totalement figuré, totalement achevé quelle que soit sa qualité ou sa médiocrité. Qu’ils soient originaux ou banals, ses thèmes se valent pourvu qu’ils déclenchent une assimilation rapide et entretiennent un appétit de consommation. Tout cela est désormais bien connu et dénoncé même si la dénonciation, loin d’avoir un effet dissuasif et populaire, en est réduite à constater que l’image mouvante et augmentée de quelques bulles de discours sert maintenant et de pensées politiques. [...] Cette fabrique de la passivité est sûrement l’une des inventions sociales les plus remarquables de notre époque. Elle est méprisante pour l’humain, mais elle aurait dû permettre d’adoucir l’oppression au point de rendre inutile la violence. Il n’en est rien parce que l’appétit des oppresseurs grandit sans cesse au-delà de toute mesure et au détriment d’un toujours plus grand nombre. À mesure que se multiplient les écrans, ce n’est pas la liberté qui grandit, mais le moyen de contrôler chacun de leurs utilisateurs jusque dans son intimité. Le scandale provoqué par la découverte de la mainmise des Renseignements américains sur toutes les communications privées le prouve sans, pour autant, le faire cesser. L’étonnant est de remarquer que tous les abus de pouvoir technologiques ne provoquent qu’une indignation très éphémère. Est-ce parce que les médias s’empressent de passer à autre chose ou bien parce que l’indignation elle-même n’est plus qu’une réaction manipulée ? »

Bernard Noël, Le cerveau disponible, Les Éditions libertaires 2015

Posté par charles tatum à 12:05 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

La Rochelle, 43e, 07

Au rayon restauration du festival de La Rochelle, on a revu Hustle (La cité des dangers, 1975). Ce formidable polar sarcastique et triste de Robert Aldrich peut être considéré comme une sorte de "chaînon manquant" (dixit l'ami Erwan Floch'lay) entre le film noir classique et ses avatars post-modernes. [Toutes proportions gardées, certains films policiers de Aldrich et Fuller seraient en effet à ce genre urbain par excellence ce que furent un peu plus tôt les petits westerns Columbia/Ranown de Bud Boetticher et les premiers Peckinpah dans la filiation du western, ultimes rejetons avant l'extinction - avant que les engins motorisés de tout genre (de Two-Lane Blacktop à Mad Max) se substituent aux chevaux.] Le casting Deneuve-Reynolds (la pute et le flic intègre) aurait pu être problématique, il est simplement génial. Hustle est un des derniers très grands films de Big Bob, qui disparaîtra quelques années plus tard. La décennie magique des "seventies" sera alors derrière nous, Hollywood ne sera plus jamais pareil.

hustle

~

Repéré également (dans la même rubrique des "restaurations de chefs-d'oeuvre méconnus [sic] qui débouleront sur les écrans à la rentrée"), un William Friedkin de 1977 oublié et nettement moins roboratif que le film d'Aldrich. Tourné par un cinéaste qui ne se refuse rien, dans la foulée du triomphe de son Exorcist, Sorcerer/Le convoi de la peur est une nouvelle adaptation du Salaire de la peur de Georges Arnaud - mais pas tout à fait un remake du célèbre film de Clouzot. Ambition démesurée, distribution multinationale (Scheider, Cremer, Rabal, Amidou), tournage interminable dans la jungle (et Jérusalem, Londres et l'avenue Foch pour le prologue), contextualisation parfois ambiguë (l'épisode israélien et ses conséquences sont nettement répugnants)... On s'est franchement ennuyé, rien dans la mise en scène (irréprochable) de Friedkin ni la dramaturgie de son scénariste ne risquant de détourner les quatre salopards de cette horreur de fatum imposé par Arnaud. Chacun sera juge. 

sorcerer

03 juillet 2015

Il n'y a plus rien à renverser

"Il est vain de vouloir détruire une société
qui est historiquement fondée
sur une logique d'autodestruction.
Il n'y a plus rien à renverser
dans un monde où rien ne tient debout." 


Sonia Duault, [fragments de] La dernière représentation, LettMotif 2014

Posté par charles tatum à 00:58 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

02 juillet 2015

La Rochelle, 43e, 06

A La Rochelle, une des perles de ce mercredi est le premier long métrage de Jean-Gabriel Périot (né en 1974). Une jeunesse allemande, composé exclusivement de documents, retrace la genèse, l'action subversive et la liquidation par l'Etat fédéral allemand, du groupe Fraction Armée Rouge. Où l'on apprend, pour qui l'ignorait encore, que l'Etat capitaliste, arrogant et sûr de lui, suscite la violence de ses opposants radicaux et s'arroge, quoi qu'il advienne, le privilège d'avoir le dernier mot en la matière. Le film de Périot s'achève sur un long extrait du fragment fassbindérien de L'Allemagne en automne (1978). Fascinante intelligence du cinéaste, peut-être debordien sans le savoir, qui nous interpelle avec une inlassable vigueur, plus de trente ans après sa mort. Qui ose dire encore "Autres temps, autres moeurs" ? 

~

ulrike meinhof jeunesse allemande

Ulrike Meinhoff (milieu des années soixante)

Proll, Soehnlein, Baader, Ensslin (31 octobre 1968)

franction armée rouge

Posté par charles tatum à 10:23 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , , ,



30 juin 2015

La Rochelle, 43e, 05

pinto 1

Une douzaine d'années avant Y ahora ? Recuérdame (Et maintenant ?), Joaquim Pinto et Nuno Leonel échouent dans une communauté de pêcheurs, à Rabo de Peixe, sur l'île açorienne de Sao Miguel. En parfaite complicité avec leurs hôtes, ils font un film, entre documentaire poétique sur la pêche à l'espadon, portrait d'un groupe d'irréductibles condamnés par la mondialisation de l'économie et la menace de la pêche industrielle (air connu ? oui) et réflexion sur la fin [déjà malade, Pinto retarde le moment de rallier Lisbonne pour y recevoir un traitement]. La version de leur film qu'il proposèrent en 2003 à la télévision portugaise était, disent-ils, ratée. En 2014, ils en concoctent un nouveau montage d'une heure vingt, que nous a montré La Rochelle. Sublime et indispensable, c'est le film portugais le plus excitant et le plus émouvant de la saison. En attendant une hypothétique sortie en salles ou en dévédé, on peut le visionner ICI

~

joaquim pinto

Entretien avec Joaquim Pinto, sur berlinda :

Berlinda (B.): Como surgiu a ideia de fazerem este documentário? Como é que descobriram esta localidade em São Miguel?
Joaquim Pinto (J.P.):
Nos anos 90, eu e o Nuno, quando sentíamos necessidade de ter uns dias sossegados, íamos aos Açores. Tínhamos alguns amigos lá, não exatamente em Rabo de Peixe, mas amigos em Ponta Delgada, que também tinham trabalhado em cinema no continente e que por circunstâncias diversas, tinham decidido voltar para os Açores. E nessas idas, ainda antes da rodagem, uma das zonas que nos interessava era precisamente Rabo de Peixe. Eu, em 1979 tinha estado nos Açores, durante cerca de dois meses a filmar um documentário (quando estava a trabalhar só com som) e tínhamos filmado nessa localidade. Nessas idas, começamos a conhecer algumas pessoas de lá, de quem ficamos amigos e pensamos que seria interessante registar o trabalho e a vida delas. Tudo começou com uma relação de amizade com alguns pescadores. Foi este o ponto de partida.

B.: O que é que este sítio tem de especial?
J.P.: O que nos fascinou mais desde o início é que, ao contrário da imagem que se tinha de Rabo de Peixe como freguesia muito pobre, com problemas sociais, etc., verificamos que havia aqui toda uma vida organizada em volta de uma forma de trabalho ligado à pesca artesanal que era, na altura, ainda muito intensa. Foi importante perceber que estávamos em contacto com pessoas interessantes com uma visão muito aguda dos problemas em geral (dos Açores, da pesca em geral, problemas com o excesso de capturas, alterações climáticas, etc.). De uma forma muito ligada ao dia a dia, encontramos gente alerta para esses problemas, o que contrariava essa imagem negativa dos media, e pareceu-nos que fazia sentido documentar essa realidade.

B.: Quais as maiores dificuldades durante a produção do documentário?
J.P.: Da parte dos pescadores com quem filmamos não tivemos problemas, antes pelo contrário, todos eles receberam-nos como mais um elemento da equipa. A principal dificuldade para nós foi adaptarmo-nos ao dia a dia duríssimo deles. O mais complicado foi a dureza física, que faz parte do dia a dia deles, mas que para nós era diferente e inesperado. Filmamos em cima, mas também debaixo de água (imagens subaquáticas feitas pelo Nuno), em mar aberto, o que nem sempre é fácil e implica alguns cuidados.

B.: Qual a principal mensagem que pretendem transmitir?
J.P.: Concentrámos-nos totalmente no dia a dia de trabalho dessas pessoas (pescadores), mas há também todo um outro lado de Rabo de Peixe, do nosso convívio com as pessoas, as relações entre os homens e as mulheres, as tradições que são também mencionados. A principal questão focada é perceber de que forma é que o trabalho pode moldar as pessoas, não só o físico mas a a forma de ver o mundo…

B.: Qual foi a vossa reação quando souberam que este documentário era um dos escolhidos para a Berlinale 2015?
J.P.: Ficamos muito contentes e satisfeitos. Tínhamos feito uma versão inicial de 55 minutos deste documentário, mas esta versão apresenta mais imagens e sequências que não constavam da versão original porque estávamos limitados em termos de conteúdo e de tempo. Foi por isso que achámos que valia a pena voltar a pegar neste material e fazer um documentário com uma conceção mais nítida e próxima do nosso desejo.

B.: Apontem dois ou três argumentos pelos quais as pessoas não podem mesmo deixar de ver este trabalho?
J.P.: É ficarem a conhecer não só estas pessoas, mas um lado da vida delas que nem os próprios locais conhecem. Nós percebemos que a maior parte dos micaelenses não faz ideia do que se passa com estes pescadores. Até as crianças e as mulheres não tinham a noção do que acontecia no dia a dia dos seus maridos…há aqui qualquer coisa de inesperado e desconhecido, que é capaz de ser interessante. O facto de terem passado cerca de 15 anos desde o início desta aventura, também torna o documentário especial porque há muitas coisas registadas que desapareceram: artes de pesca, formas de organização da comunidade, etc. De certa forma, o que está ali registado, não se volta a repetir.

B.: Concordam que Rabo de Peixe em particular, mas os Açores no geral, são inspiradores, têm paisagens e histórias maravilhosas que podem ser contadas? O que mais vos encanta?
J.P.: Este filme mudou a nossa vida. Nós fomos para os Açores para rodar este documentário e a ideia era ficar um ano…acabámos por ficar sete anos! Só nos viemos embora porque era inviável em termos de saúde, precisávamos de vir com frequência aos hospitais. Mas se pudéssemos tínhamos continuado lá. Temos uma enorme paixão pelos Açores. Os Açores têm algo de muito especial. Há muitas histórias para contar, mas o mais interessante são as pessoas: há pessoas extraordinárias, há qualquer coisa ainda preservada e intacta e que se perdeu na maior parte dos sítios do continente, não só em termos de tradições, mas inclusivamente na qualidade do ar!

B.: Planos para o futuro?
J.P.: Estamos a preparar um projeto novo que ainda está numa fase inicial mas que será, basicamente, um filme em torno de algumas personagens femininas que, ao longo da história, usaram estereótipos sociais, etc., que tentaram viver intensamente a sua liberdade. Vai desde personagens de há dois mil anos, até personagens do século passado.

Posté par charles tatum à 09:10 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

29 juin 2015

La Rochelle, 43e, 04

Miguel Gomes et ses contes à dormir debout (Les mille et une nuits) distraient la bobosphère.
Yannis Youlountas appelle au combat. Cherchez l'erreur.

Posté par charles tatum à 19:25 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , ,

Liberté de circulation et d'installation pour tous

liberté de circulation

document emprunté ce matin à Claude Guillon

Posté par charles tatum à 07:19 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

La Rochelle, 43e, 03

Le spectre du jour est celui de la tant regrettée Katia Golubeva (l'actrice a disparu en 2011). Elle apparaît sur un tableau et dans un home-movie que revoit le personnage principal de Peace to us in our dreams, de Sharunas Bartas. ll faudra reparler de ce film magnifique, mélancolique et renoirien de notre acteur-cinéaste lituanien préféré, dont nous n'avions pas de nouvelles depuis Indigène d'Eurasie (2010) [sauf une apparition dans Les salauds de Claire Denis, il y a deux ans]. Il sortira au printemps prochain, et Beaubourg devrait nous offrir alors une rétrospective complète de l'oeuvre de Bartas.

golubeva katarina

~

peace to us

Sharunas Bartas et Lora Kmieliauskaite

Posté par charles tatum à 00:15 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , , ,

28 juin 2015

La Rochelle, 43e, 02

l'innocente2

La revoyure à La Rochelle du dernier film de Visconti, d'après D'Annunzio, nous a donné l'occasion de rendre hommage (in petto, car personne ne semble y avoir pensé ici) à l'immense Laura Antonelli, météore du cinéma libertin italien des années soixante-dix, et morte il y a moins d'une semaine dans la misère et l'oubli. L'Innocente ["Un mélodrame sec, implacable, froid comme la mort, aux allures de requiem", disait Olivier Père] est peut-être bien son meilleur film. Nous ne l'oublierons pas.

l'Innocente

~

 

Posté par charles tatum à 09:11 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , ,

27 juin 2015

The Names : "The Astronaut" (de l'album Swimming, 1982)

Posté par charles tatum à 16:25 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,

La Rochelle, 43e, 01

Depuis plus d'un an, les grilles sont accrochées à la devanture du bouquiniste de la rue Saint-Nicolas, traditionnelle caverne d'Ali Baba des lecteurs rochelais. (Où sont-ils partis ?) Les monceaux de livres sont toujours là, pourtant, et nous font de l'oeil. On nous dit qu'Antoine Favez, le maître des lieux, pourrait soulever les grilles pour les curieux qui l'appelleraient au 05.46.41.77.75. Tentez le coup.

bouquiniste2

Au cinéma : parfait film d'ouverture d'un grand festival international, Mia Madre est affligeant, creux, soporifique et plutôt mal fichu. Des deux côtés de la caméra, Moretti est énervant de fausse modestie, et nous sommes inquiets pour la santé des confrères qui évoquèrent, lors du dernier Cannes, une nouvelle Palme d'Or. Après la chambre du fils, les cours de latin de la grand-mère. Que nous réserve l'avenir ? Moretti tourné bourgeois en finira-t-il de faire le deuil de l'Italie qu'il n'aime plus et du cinéma qu'il nous fit tant aimer il y a trente ans ? Quelques scènes intrigantes de Margherita Buy et les coups de gueule Actors Studio de Turturro ne nous feront pas changer d'avis. Nanni Moretti n'a pas fait grand-chose de bon depuis Palombella Rossason chef-d'oeuvre.

Deux grands Italiens sont au programme de La Rochelle, Luchino Visconti et Marco Bellocchio. C'est pour demain.    

Posté par charles tatum à 02:02 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,

26 juin 2015

La Rochelle, 43e, 00

Prenons d'assaut la quarante-troisième édition du festival de La Rochelle, qui ouvre ses portes tout à l'heure et nous occupera jusqu'à la fin de la semaine prochaine. Au programme, aussi touffu et varié que d'habitude, on relève des hommages au Français Olivier Assayas, à l'Italien Marco Bellocchio, au Chinois Hou Hsiao-hsien, aux Iraniens de la "Famille Makhmalbaf", une découverte du cinéma géorgien, la vaste section Ici et ailleurs (qui nous épargne bien des voyages à Cannes, Berlin et Venise), une rétrospective intégrale Luchino Visconti et, peut-être, un goûter avec La Cardinale, une autre de Alexander Mackendrick et -- nous sommes presque venus pour eux - une double sélection Louis Feuillade et Musidora (actrice et réalisatrice) sous les auspices conjugués de Gaumont (120 ans déjà) et du commissaire Dominique Païni (un peu moins d'âge, même s'il a lui aussi pas mal roulé sa bosse). On essaiera de rendre compte ici de nos émotions les plus fortes (c'est pour ça qu'on nous accrédite). En attendant...

musidora

... je vous recopie l'édito de Patrick Cazals sur la grande et mystérieuse Musidora

MUSIDORA, SOLEIL ET OMBRES 

Patrick Cazals
Auteur-réalisateur, producteur

Un siècle ! Il aura fallu un siècle de cinéma, depuis sa première apparition, le 3 décembre 1915, dans le troisième épisode des Vampires de Louis Feuillade pour que Jeanne Roques–Musidora soit reconnue ici, à La Rochelle, comme une cinéaste à part entière, l’une des trois premières de l’Histoire du cinéma, avec Alice Guy et Germaine Dulac.

Il reste cependant de vrais mystères à percer pour que Musidora et ses mille talents soient évalués à une juste échelle. Si, par chance, en explorant les archives de La Cinémathèque française, on a pu débusquer le film de Raphaël Clamour Les Misères de l’aiguille (1913) dans lequel elle joue avec assurance son tout premier rôle, cinq de ses films en tant que réalisatrice et interprète - dont les trois derniers sous le béret d’époque de productrice - restent introuvables en dépit des alertes générales lancées aux cinémathèques de la planète. 

Cinq films, une bagatelle… Minne (1916), La Vagabonde (1918), La Flamme cachée (1918), Vicenta (1919), La Magique Image (1950)… De plus, les musiques composées par son père Jacques Roques pour ses trois films emblématiques : Pour Don Carlos (1920), Sol y sombra (1922), La Tierra de los toros (1924) – ont elles aussi disparu… Retrouver de tels trésors serait un atout capital pour mieux comprendre la passion dévorante de la famille Roques pour la création artistique, du somptueux paseo des années 1920 au décès de Musidora en décembre 1957. Actrice, certes ! Vamp, muse et mythe: les cinéphiles et historiens l’ont très vite adoubée et cataloguée… Mais cinéaste donc, écrivaine, poète, féministe, peintre, dramaturge, grande amoureuse et ambassadrice andalouse, amie intime de Colette et de Pierre Louÿs, égérie des surréalistes, marraine de guerre en 1914-1918 et délicate Amphitryon pour sa famille et ses amis, collaboratrice d’Henri Langlois dès les premières heures de La Cinémathèque française.

Une trame panoramique de ses mérites s’imposait pour ce Musidora, la dixième muse que j’ai eu à cœur d’écrire, jadis, et de filmer aujourd’hui car il fallait la révèler à chacun à travers les étonnants éclats de sa création et les sombres nuages de sa vie. Ce titre, décerné par le bouillant Aragon, lui sied toujours comme le gant de chevreau glacé au bras de Gilda ou le collant noir aux souris d’hôtel des ciné-romans. Qu’importe si sa silhouette semble aujourd’hui démodée ! Elle reste toujours fascinante et s’affiche avec force même si d’autres Irma Vep ont su prendre la relève et relayer le mythe. Il faut concéder à Musidora tous ses mérites, chasser l’oubli au galop et balayer les quolibets des prétendus faiseurs ou briseurs de modes. En surgissant à l’hiver 1915 sur la toile blanche, la tête dissimulée sous une cagoule dessinée par Paul Poiret, Musidora échappe au piège du produit fabriqué et se pose en ange exterminateur venu de nulle part. À toute une jeunesse, hébétée par l’horreur et l’inutilité de la guerre, elle tend un miroir, incitant chacun à la rejoindre sur les chemins de la révolte et de la liberté, au cœur de l’imaginaire. Le 27 mars 1920, les dadaïstes la mobilisent sur la scène de la Maison de l’œuvre, rue de Clichy, pour interpréter les dernières créations dada aux côtés de Breton et Soupault. En 1928, Aragon et Breton lui écrivent une fresque délirante sur fond de tranchées et de poilus s’échangeant les photos de leur marraine Musidora : Le Trésor des jésuites dans laquelle tous ses personnages sont des anagrammes de son nom, de Mad Souri au chevalier Doramusi. Au rideau final, l’actrice lance à son public cette phrase sibylline : « Avenir, avenir ! Le monde devrait finir par une belle terrasse de café. »

Femme fatale insaisissable, aux yeux noirs et immenses ouverts sur l’invisible, Musidora ne cesse de nous le répéter : la vraie vie est ailleurs. Nouvelle Circé, elle se joue des pièges de la police, se moque des règles de la morale et rend ses adversaires les plus coriaces aussi pleutres que les anciens compagnons d’Ulysse transformés en pourceaux.

Ce qui me fascine aujourd’hui encore, c’est comment, par le seul charme sulfureux de sa Magique Image (titre de son dernier film en 16mm) et pour toute une génération à la recherche d’un équilibre au milieu de la tourmente, Musidora offrait une autre revanche, une réponse rêvée aux prétentions d’une société qui voulait jouer, en se servant des vies d’autrui, à Docteur Jekyll et Mister Hyde. On en frémit d’émotion et parfois de frayeur, dans l’attente… Musidora sait toujours se glisser au cœur de l’actualité.

 

musidora2

 

25 juin 2015

Thriller, a cruel picture

thriller-en-grym-film

Christina Lindberg, l'unique, au repos pendant le tournage de 
Thriller. A Cruel Picture
(Thriller. En grym film, 1973)

~

Une photo de publicité pour le film et le personnage

thriller 5

~

et un article d'ambiance comme seul Jean-François sait les trousser, piqué dans le journal d'hier :

La vengeance porte un manteau de cuir et un cache-oeil,
par Jean-François Rauger

Une de ces curiosités qui font la richesse de ce qu’on désigne comme le cinéma d’exploitation des années 1970. Une petite perle de culture underground et trash qui resurgit grâce à l’éditeur de DVD Bach Films. Thriller. Crime à froid est un film à petit budget suédois, longtemps uniquement évoqué par les amateurs de cinéma dit "bis", le genre de film dont on devine que l’influence fut réelle quoique souterraine, dans la mesure où ce type de cinéma a pu passer longtemps sous les radars de la critique et de l’évaluation officielle.

C’était le temps de ces inventions sauvages de figures cruelles et sublimes que permettait un cinéma à la recherche des sensations les plus extrêmes des spectateurs. Thriller. Crime à froid pourrait constituer un des modèles de ce sous-genre dénommé le "rape and revenge" ("viol et vengeance") construit, comme sa dénomination le trahit, sur un schéma narratif assez simple garantissant du sexe et de la violence à celui qui s’aventurerait dans les salles de quartier. Le film est signé Alex Fridolinski, pseudonyme du cinéaste Bo Arne Vibenius qui fut auparavant crédité au générique de L’Heure du loup d’Ingmar Bergman, en 1968, comme assistant, avant de signer un premier film destiné à un public d’enfants. Thriller est le second titre d’une filmographie qui n’en comptera finalement que trois.

Madeleine, une jeune femme muette à la suite d’une agression sexuelle subie lorsqu’elle était enfant, est enlevée par un homme qui la drogue et la rend dépendante à l’héroïne. Elle est désormais contrainte de se prostituer tous les jours en échange de sa dose. Toute tentative de rébellion est cruellement sanctionnée (elle se fait crever un œil après avoir défiguré un client).

Elle fait mine d’accepter sa condition mais s’entraîne durant ses moments libres au karaté, au maniement des armes à feu et à la conduite automobile sportive, dans l’objectif de préparer une vengeance désormais programmée. Dépouillé et sordide, violent et stylisé, dénué de toute musique sinon quelques effets sonores, le film suit ainsi un itinéraire fatal qui culminera dans un jeu de massacre constituant la dernière partie du récit.

Vêtue d’un long manteau de cuir noir, armée d’un fusil à pompe, un œil caché derrière un bandeau sombre, Madeleine devient une sorte de déesse de la vengeance, accomplissant celle-ci au terme d’une chorégraphie létale et onirique provoquée par l’usage du ralenti le plus extrême. Les corps des clients et des maquereaux explosent littéralement, déchiquetés par la chevrotine sous l’assaut de la jeune femme. Tout cela pourrait paraître un peu rudimentaire si l’on devait juger le film à l’aune d’une psychologie traditionnelle. Mais il invente librement sa propre forme. La vengeance d’une jeune fille est une fleur sauvage et vénéneuse poussée au cœur de l’architecture hideuse – l’horreur urbaine des années 1970 – d’une métropole suédoise.

Le rôle principal est tenu, avec une assurance mêlée de fragilité ébouriffante, par Christina Lindberg, starlette du cinéma érotique du début des années 1970. Interrogée dans les suppléments du DVD, elle se définit comme ayant été, à l’époque, utilisée au cinéma, après une carrière de modèle pour magazines de charme, comme "la jeune Suédoise qui enlève ses vêtements". Elle a tourné en Suède, en Allemagne et même au Japon dans une production de la Toei. Thriller. Crime à froid lui aura offert son rôle le plus intense. Il semblerait que Quentin Tarantino se soit inspiré de son personnage pour créer celui d’Elle, la tueuse au bandeau sur l’œil incarnée par Darryl Hannah dans Kill Bill.

Jean-François Rauger

Thriller. Crime à froid. DVD édition Bach Movies.

thriller

Posté par charles tatum à 20:05 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , , ,

La position du tireur couché

tardi callasJe suis sûr que vous n'auriez pas l'idée de vous taper la pitoyable bessonnerie qu'un certain Pierre Morel (avec l'aide de Penn et Bardem, ses tristes stars) tente de nous fourguer cette semaine. [Argument de vente du distributeur tête-à-claques: le film serait tiré "d'un best-seller mondial", ce qui manque pas de rudement nous intriguer.] N'en faites rien, en effet. Pour le prix d'un billet chez Gaumont-UGC-Pathé-Karmitz et d'un demi-seau de maïs, vous pouvez encore vous procurer l'adaptation de La position du tireur couché que Jacques Tardi publia il y a cinq ans chez Futuropolis. Vous ne le regretterez pas, et vous pourrez le prêter à vos mioches. Manchette-Tardi, c'est indispensable dès l'âge de huit ans.

position tireur tardi

Posté par charles tatum à 11:24 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , , , ,

24 juin 2015

Okraina #5 : Ed Sanders' Yiddish-Speaking Socialists of the Lower East Side

Les disques Okraina ont le grand plaisir d'annoncer la naissance de leur cinquième rejeton.
Presque tout est là, ci-dessous.

[Pour le reste, texte contexte et subtexte, Philippe dit tout sur son site, ICI.]

 

Okraïna #5 : Ed Sanders Yiddish Speaking Socialists of the Lower East Side

okraina5 Ed Sanders sleeve 640pix


Yiddish-Speaking Socialists of the Lower East Side by Ed Sanders (b. 1939, founder of the mythical Fugs in 1964; also writer, publisher, activist, etc.) is an epic piece of almost 18 minutes’ length, a vocal setting of a dense and reasoned text that runs to 8 typed pages, 1400 words, 8500 characters. First issued on cassette in 1991 by the label Hyperaction P.C.C., the piece recalls an almost fifty-year history of Jewish militancy in New York by poetic means – combining historical scholarship, emotion and clarity the echoes of the past found in the present: of the pogroms and escape from Eastern Europe in the 1880s up to the death of Meyer London, the Socialist member of Congress, in 1926 (not overlooking exile, the crossing of the Atlantic, arrival at Ellis Island, back-breaking work in the sweatshops, the creation of political parties and trade unions, the outbreak of the First World War – the rupture in the narrative caused by this is marked here by the passage from the A-side to the B-side of the record). This is a literary project that is simultaneously ambitious and highly personal and which cannot help but recall America, a History in Verse, which has occupied Ed Sanders for almost 15 years and which, over more than 3000 pages, recounts in verse the history – both poetic and political – of the United States.

For this recording (solo… and mono) of Yiddish-Speaking Socialists of the Lower East Side, Ed Sanders accompanies himself on the “pulse lyre”, a small, finger-operated synthesizer which he invented himself in order to accompany the declamation of his texts in the manner of the acoustic lyre used by the ancient poets (Sanders studied Greek at university).

Yiddish-Speaking Socialists of the Lower East Side is a text (and a recording) of dual resonance: animated by the fits and starts of history as well as the rhythm of the writing (and reading) of Ed Sanders.

--

Yiddish-Speaking Socialists of the Lower East Side de Ed Sanders (né en 1939, fondateur des mythiques Fugs en 1964 mais aussi écrivain, éditeur, activiste, etc. ) est un long morceau épique de presque 18 minutes, mise-en-voix d’un texte dense et conséquent (8 pages dactylographiées, 1400 mots, 8500 caractères). Sorti une première fois en cassette en 1991 sur le label Hyperaction P.C.C., le morceau retrace par la poésie – à la croisée de l’érudition historique, de l’émotion et de la lucidité sur les échos du passé dans le présent – quasi cinquante ans d’histoire de militance juive à New York, des pogroms et de la fuite d’Europe de l’Est dans les années 1880 à la mort du membre du Congrés socialiste Meyer London en 1926 (en passant par l’exil, la traversée de l’Atlantique, l’arrivé à Ellis Island, le travail harassant dans les sweatshops, la création des partis et syndicats, l’éclatement de la première guerre mondiale – dont la coupure dans l’histoire contée se marque ici par le passage de la face A à la face B du disque). Un projet d’écriture à la fois ambitieux et très personnel qui ne peut pas ne pas faire penser à America, a History in Verse qui occupe Ed Sanders depuis presque 15 ans et qui sur plus de 3000 pages le voit re-raconter en vers son histoire – poétique et politique – des États-Unis.

Sur l’enregistrement (solo… et mono) de Yiddish Socialists of the Lower East Side Ed Sanders s’accompagne à la « pulse lyre » : un petit synthétiseur à doigts qu’il a lui-même inventé et mis au point afin d’accompagner – comme la lyre acoustique des poètes antiques (Sanders a étudié le grec à l’Université) – la déclamation de ses textes.

Yiddish Speaking Socialists of the Lower East Side est un texte (et un enregistrement) doublement vibrant : animé des soubresauts de l’Histoire et de la pulsation de l’écriture (et de la lecture) de Ed Sanders.

Posté par charles tatum à 17:21 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , ,

22 juin 2015

Je suis sur écoute

je suis sur écoute

Refusons le Patriot Act à la française

~

« Le fait que la loi sur le renseignement soit adoptée en France sans remous majeurs est inquiétant. Il faut résister à ces dispositions qui renient nos libertés les plus élémentaires.

« L’antiterrorisme est une politique mondiale que chaque pays applique en arguant de sa situation propre, au gré des circonstances, toujours "exceptionnelles". C’est à présent au tour du gouvernement français de faire passer ce qui est ni plus ni moins, quoi qu’en dise le premier ministre, un Patriot Act, en tirant prétexte des attentats de janvier. On serait tenté de dire: un Patriot Act de plus, tant cette "loi sur le renseignement" ne fait que couronner l’empilement de législations antiterroristes qui, ces dernières années, ont peu à peu mis les services de renseignement français au-dessus des lois, et à l’abri de tout recours.

« Le mouvement mondial qui consiste, au nom de la "sécurité", à placer entre les mains de l’administration des pouvoirs qui étaient préalablement dévolus aux juges est un processus manifestement sourd et aveugle. Toutes les voix qui se sont élevées contre la nouvelle "loi sur le renseignement" n’ont en rien pu entamer la volonté des services de faire voter leur loi, et quand le Conseil d’État s’est mêlé d’en corriger les excès les plus visibles, leur homme, le rapporteur Jean-Jacques Urvoas, s’est empressé de rétablir le texte d’origine.

« Même les mises en garde véhémentes adressées à la France par le New York Times, qui n’est pas exactement connu pour figurer au nombre des publications libertaires, n’y ont rien fait. Le ridicule qu’il y a à adopter des lois "à la Bush" avec quinze ans de retard et après tous les scandales que l’on sait, le pathétique qu’il y a à mettre en place un programme Prism à la française après les révélations de Snowden n’ont effleuré ni les députés ni les sénateurs. Dans un tel contexte, on peut bien requérir le renvoi pour "terrorisme" des mis en examen de Tarnac.

« Le terrorisme, ennemi idéal

« Certes, nous dira-t-on, les parlements sont universellement devenus les chambres d’enregistrement des différents lobbys. Certes, nous dira-t-on, la politique se réduit de plus en plus à une pure police des populations. Certes, nous dira-t-on, le terrorisme est l’ennemi idéal, celui qui, étant tapi comme virtualité en chacun, autorise à nous traiter tous en criminels potentiels, celui contre qui l’on pourra toujours mobiliser des populations qui ne se laissent plus mobiliser pour rien. Certes, nous dira-t-on, la surveillance générale est, depuis toujours, au cœur de l’exercice de la "gouvernementalité" libérale. Mais…

« Mais il n’est pas indifférent que cette "loi sur le renseignement" passe ainsi, sans remous majeurs, en France. Du point de vue de la politique antiterroriste mondiale qui accompagne la privatisation forcenée des existences, il n’est pas indifférent que le "domino français" tombe à son tour. Que succombe le pays qui fut pendant plus de deux siècles le pays par excellence de la politique moderne, le pays où fut un jour proclamé: "Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple, et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs", voilà qui va, à coup sûr, constituer un signal sans équivoque et de portée universelle.

« C’est pourquoi nous appelons tous ceux qui, en France et ailleurs, n’entendent plus qu’on les gouverne par les moyens totalitaires et antidémocratiques de l’antiterrorisme à unir leur voix. »

Giorgio Agamben, Étienne Balibar, Luc Boltanski, Éric Hazan, Florence Gauthier,
Hugues Jallon, Leslie Kaplan, Frédéric Lordon et Nathalie Quintane

Posté par charles tatum à 14:58 - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , , , ,

Une bise et au lit 166 : Laura Antonelli

une bise

Non, c'est trop tard.
Laura Antonelli [ici dans Malizia, de Salvatore Samperi, 1973]
est morte ce matin, chez elle, près de Rome.
Elle était née le 28 novembre 1941 à Pula (aujourd'hui en Croatie).

je remercie le docteur Orlof

Posté par charles tatum à 13:20 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,

21 juin 2015

Au Bunker : le 1er falon foireux du fanzine

L'ami Patrice Bauduinet (il fut aussi notre proche voisin, jusqu'à notre exil sud-breton)
vous attend le week-end prochain, dans ses locaux du Bunker, à Schaerbeek.

Voici de quoi il s'agit:

falon foireux

Et pas de mauvaises excuses, siouplait. Si vous ne savez pas lire, les fanzines ne sont pas pour vous, certes (quoique les images...). Mais Fleur et Sara, récemment censurées par le bourgmestre de Tourcoing, seront de la fiesta. Je parle de Boudin & Chansons, bien sûr. Vous savez bien qu'elles sont, de très loin, les meilleures dans leur catégorie.

Posté par charles tatum à 20:37 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

17 juin 2015

Un texte de Nan Aurousseau sur Faut savoir se contenter de beaucoup

 

aurousseau

 

Un axe une prise - Faut savoir se contenter de beaucoup

(sur le film de Jean-Henri Meunier)

~

C’est dans une époque complètement verrouillée par les marchands de lessive et de boulettes pour chats que J.H.M donne le meilleur de lui-même dans un film d’une liberté de ton assez ébouriffante. J.H.M a tourné son film sans aucun soutien des décideurs professionnels d’une profession sclérosée jusqu’à la moelle et dont certains acteurs dévorent pour un film obèse le budget de cinquante autres. Mis à part le soutien indéfectible de ceux qu’ils nomment ses frères, d’une petite boîte de prod indépendante (entre2prises) ainsi que Film Factory avec l’action directe et fraternelle de Philippe Akoka, J.H.M travaille sans filet. Funambule sur son film on pourrait parler à son propos d’un cinéma héroïque, d’un cinéaste travaillant très exposé sur le front du film improbable. Il s’agit donc d’un cinéaste de toute première importance sous ses allures de dernier de la classe avec son bras en or, son bras d’honneur à un système qui l’exclut de la main gauche, un système qui aujourd’hui rejette systématiquement (c’est le propre d’un système) tout ce qui n’est pas formaté pour des festi-veaux trop policés et dégoulinants de bonne conscience.

Pour en revenir au film lui-même, il est composé d’une matière opposée à tout système narratif étiqueté. J.H.M. ne donne rien à lire à personne et c’est sa force, sa résistance. Il écrit son film au jour le jour et sans papier, avec ses acteurs et sa caméra en guise de stylo. Par ailleurs c’est un cinéaste d’une très grande précision, comparable en cela à un tireur d’élite: un axe, une prise. C’était sa feuille de route pour Faut savoir se contenter de beaucoup. Avant de tourner son premier film (L’adieu nu) J.H.M. était photographe. L’axe est bien sûr aujourd’hui toujours le meilleur et pour la prise il a mis le doigt dedans depuis l’enfance de l’art.

Certains puristes du « jeu d’acteur » feront la moue en écoutant la voix très haut perchée de Noël Godin confrontée au laconisme longuement travaillé dans les QHS par Jean-Marc Rouillan. Ils auront tort, obligatoirement tort, de se moquer du ravi de la crèche et de son compagnon de route revenu de tous les enfers.

Nan Aurousseau*** – avril 1015

[Je recommande instamment la lecture des romans de Nan, tels Bleu de chauffe, Du même auteur, Quand le mal est fait, Quartier charogne... Avec mille mercis à Thierry Horguelin qui me l'a fait connaître, il y a dix ans déjà.]

Posté par charles tatum à 20:53 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , , ,