le vieux monde qui n'en finit pas

31 mai 2016

Vita Brevis, J-6

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Dans moins d'une semaine, le nouveau film de Thierry Knauff apparaît sur les écrans (belges).

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30 mai 2016

Angot Renaud Lévy

Un ami de Paris XIe nous envoie ce qui suit.

"Dans Libération du samedi 28 mai, page 26, sur quelques lignes, Christine Angot se livre à une vibrante apologie du film Peshmerga et de son génial réalisateur, le grand, l'immense Bernard-Henri Lévy.

Elle écrit notamment : "Je ne peux pas croire que les gens ne trouvent pas dégueulasse la chanson de Renaud, L'Entarté."

Elle ne dit pas si elle aime J'ai embrassé un flic. On suppose que oui.

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Coluche. Putain de mec !, un livre de Jean-Pierre Bouyxou

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Célébrons la sortie d'un nouveau livre de référence
de notre pote Jean-Pierre Bouyxou, infatigable érudit.

Coluche. Putain de mec ! (Chêne / Paris Match, 216 p. cartonné)
est le portrait génial de l'artiste, en paradoxes drolatiques et images rares
issues des archives légendaires de Match.

[photo : Coluche derrière la caméra de son premier film, 
Vous n'aurez pas l'Alsace et la Lorraine 1977]

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29 mai 2016

Marcel Hanoun, Les Saisons. 2, L'hiver

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"Le cinéma, quel métier !
Méliès est mort, Eisenstein est mort, Dreyer est mort,
et moi, ce matin, je ne me sens pas très bien."

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Daoud Aoulad-Syad dans Répliques 6

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28 mai 2016

Marcel Hanoun, Les Saisons. 1, L'été

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"Ceux qui font des révolutions à moitié n'ont fait que se creuser un tombeau."


Diverses variantes de cette phrase de Saint-Just [citée dans le film de Hanoun]
apparurent sur les murs de Paris et d'ailleurs, au printemps 1968

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Barbet Schroeder dans Répliques 6

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Barbet Schroeder ouvre le nouveau numéro de Répliques, avec la traduction inédite par votre serviteur, Jr d'un entretien initialement publié dans la revue new-yorkaise Film Comment.

Un hommage sera rendu au cinéaste début juillet, lors de la 44e édition du Festival International du Film de La Rochelle, que Répliques accompagnera.



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22 mai 2016

Hotties Reading 440

le feu follet

Maurice Ronet dans Le feu follet, Louis Malle 1963

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14 mai 2016

"How to be a clever film critic", par Matt Groenig

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Hotties Reading 439

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André Gide lisant Virgile [© Daniel Filipacchi pour Paris Match, 1950]

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09 mai 2016

Hotties Reading 438

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... Enfants des courants d'air, Edouard Luntz 1959

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La Cinémathèque française, fantasmes et réalités [communiqué 9 mai]

La Cinémathèque française, fantasmes et réalités
écrit par Costa-Gavras, président et Frédéric Bonnaud, directeur général de La Cinémathèque française

~

Ainsi, selon ses occupants de la nuit du 6 au 7 mai, la Cinémathèque française serait devenue un "lieu emblématique de la précarité" qui pratiquerait une "gestion néo-libérale des ressources humaines". Après trois mois d'une campagne de dénigrement, menée par d'anciens salariés de la société CityOne, et couronnée par la jonction avec des participants du mouvement Nuit Debout à la recherche de lieux symboliques à occuper, la Cinémathèque française se doit de rappeler quelques faits aisément vérifiables, loin des fantasmes et des contre-vérités proférés contre elle.

Non seulement la Cinémathèque ne pratique pas le recours massif aux CDD, mais la quasi-totalité des 231 membres de son personnel, 93% pour être précis, est en CDI. Les 7% restant sont pour 1/3 des contrats de professionnalisation, 1/3 des CDD de remplacement, pour maternité notamment, et 1/3 de vrais CDD. Auxquels il convient d'ajouter des conférenciers récurrents de la pédagogie qui représentent une dizaine de personnes.

La décision de l’externalisation, qui date de 2005, s’est appuyée sur le constat de la difficulté de faire évoluer les personnels d’accueil au sein d’une institution dont le turn-over est faible et où 64% des salariés ont plus de 10 ans d’ancienneté et 25% plus de 20 ans.

Après enquête et concertation menées par la nouvelle direction à propos des conditions de travail des employés de l'accueil, le prestataire de service CityOne n'emploie plus que des CDI en équipe permanente depuis mars 2016, n’ayant recours à des personnels en CDD que pour les renforts saisonniers et besoins ponctuels.

Il est d'ailleurs notable que les graves et confuses accusations de harcèlement, mépris de classe et exploitation "digne des esclaves de Métropolis" ne semblent avoir trouvé que peu d'écho visible chez les actuels employés de l'accueil.

Dans le strict respect du droit du travail comme dans l'intérêt de l'institution qui n'a jamais souhaité confier l'accueil du public à des robots, le personnel de CityOne travaille toujours en collaboration étroite avec des salariés de la Cinémathèque et a la possibilité de participer aux élections professionnelles. Ce personnel ne cesse d'être informé des multiples activités au cours de réunions et visites qui lui sont spécialement consacrées, ceci afin d'être à même de répondre à nos différents publics.

Depuis notre installation à Bercy, notre fréquentation annuelle est passée des 100.000 spectateurs des deux seuls écrans de Chaillot et Grands Boulevards à près de 400.000 visiteurs annuels. Cette hausse massive de la fréquentation, fruit d’une offre nouvelle de 4 salles de projection et d’une politique ambitieuse de grandes expositions, sans oublier le Musée du cinéma, la Bibliothèque du Film et le développement de l'action culturelle et éducative (encore embryonnaire à Chaillot) a rendu nécessaire une autre façon d'accueillir des publics très variés et fluctuants selon les saisons et événements, ainsi que l'externalisation et professionnalisation de certaines activités. Il s'agissait de se donner les moyens nécessaires à la transformation de la Cinémathèque en un musée moderne du cinéma, rêve ultime d'Henri Langlois, capable d'accueillir n'importe quel visiteur, ainsi que de conserver, d'accroître et de valoriser ses collections, selon son devoir de service public et sa mission pédagogique, à la hauteur des moyens et de la confiance que lui accordent et lui renouvellent régulièrement les pouvoirs publics.

Si la Cinémathèque a certainement changé d’échelle, l’esprit qui l’anime reste le même et plus vivace que jamais. Cette politique d'ouverture et de modernisation, menée par Serge Toubiana et accomplie par l’ensemble des équipes, a connu un succès éclatant, notamment symbolisé par l'exposition Tim Burton et ses 350.000 spectateurs, et par la diversité et l’ambition des programmations proposées dont on ne trouve aucun équivalent dans le monde. L'année de ses 80 ans, la Cinémathèque française doit-elle rappeler à certains sectaires que sa programmation n'a jamais été pensée en fonction des opinions politiques supposées des cinéastes? Et qu'elle n'entend se soumettre à aucune censure que ce soit? Quels films devraient être nos modèles politiques et sociaux, au juste? Et John Ford, au fait, est-il de droite ou de gauche? Nous sommes en plein délire et face à une conception utilitariste et bornée du cinéma qui n'a plus cours nulle part depuis fort longtemps.

Durant ces mêmes dix années, les mauvais procès sont revenus ponctuellement. Certains ont reproché à la Cinémathèque de perdre son âme en s'ouvrant ainsi à tous les publics, comme si le projet, dénué de toute concession démagogique, d’un élargissement du savoir et de la passion cinéphile (grande ambition d’Henri Langlois s’il en fut) était en soi suspect. D'autres l’ont condamnée au nom de ses supposées valeurs de gauche qui devraient l'obliger à manifester sans cesse une irréprochabilité sociale absolue, proche de l'immobilisme pur et simple, alors qu'elle est déjà connue pour sa politique vertueuse en matière de ressources humaines, et qu'elle n'a connu que cinq jours de grève depuis dix ans.

De même, il importe de savoir et de faire savoir que la masse salariale représente 59% de son budget annuel et que l'échelle des salaires est de 1 à 4,2. Que ceux qui dénoncent une Cinémathèque inégalitaire comparent ces chiffres à d'autres en vigueur ailleurs et se posent sérieusement la question du rapport entre la Cinémathèque française et le projet de loi El Khomri.

Durant ces dix ans, la Cinémathèque française ne s'est assurément pas transformée en une structure d'oppression et de mépris de classe. Rien n'est plus faux et plus injuste.

C’est, contrainte et forcée par une intrusion soudaine et sans buts véritables, sinon purement publicitaires, que la Cinémathèque a dû se résoudre à faire évacuer les occupants nocturnes par les forces de l'ordre. Mais c'est sans faiblesse que seront toujours protégés ce haut lieu de diffusion du patrimoine cinématographique, son personnel, ses publics, ses espaces, ses collections du Musée et les précieux prêts de l'exposition Gus Van Sant. Contre une poignée de faux militants et vrais réactionnaires, mus par on ne sait quel ressentiment, fort éloignés d'un quelconque intérêt collectif, cherchant à assouvir leur très personnelle soif de revanche, au mépris de toute mesure et de toute réalité concrète, et qui ne parlent jamais de politique culturelle ou de diffusion du patrimoine cinématographique auprès de nouveaux publics, visiblement peu sensibles à l’exigence, pourtant bien démocratique, d’une meilleure diffusion du gai savoir cinéphilique. Comme si le sujet, au cœur de notre existence même, ne les intéressait pas.

En ces temps de grandes espérances mais aussi de grande confusion, la force du symbole Cinémathèque, machine à fabriquer bien des mythes et des fantasmes, qui ne peuvent raccorder avec ses missions quotidiennes, peut conduire les meilleures volontés à se tromper lourdement de cible.

Et puisque la Cinémathèque aurait inversé, paraît-il, le schéma de février 1968 en recourant à la force publique pour empêcher 55 personnes – dont aucune n'était membre du personnel ni de la Cinémathèque ni de CityOne, encore une fausse information, diffusée sans la plus élémentaire vérification – de privatiser un bâtiment dont la seule raison d'être est son ouverture permanente à ses publics, souvenons-nous aussi de juillet 1968, quand Jean Vilar, le créateur du Théâtre National Populaire et du Festival d'Avignon, devait subir l'accusation de "fasciste" devant des "tribunaux" qui se voulaient populaires. Ceux qui invoquent le prétendu esprit d'Henri Langlois, lui qui n'avait qu'une seule politique, celle de la Cinémathèque française, divisée en deux colonnes dialectiques (1. ce qui est bon pour la Cinémathèque 2. ce qui est mauvais pour la Cinémathèque), devraient s'informer et réfléchir à deux fois à ce qu'il leur aurait répondu, sans doute plus vertement que nous. Non, la Cinémathèque n’est pas passée du côté d’un ordre établi, voire policier. Elle travaille au quotidien à sa nécessaire transformation permanente pour demeurer, et plus encore à l’avenir, un lieu ouvert à tous, un espace public de conservation, de restauration et d'exposition du cinéma, c'est-à-dire un musée. Que nul n'aura jamais le droit de s'approprier au nom de quelque cause que ce soit.

Costa-Gavras, président de La Cinémathèque française
Frédéric Bonnaud, directeur général

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05 mai 2016

MOURIR ? PLUTOT CREVER ! [Maurice Sinet, dit Siné, 1928-2016]

"Depuis quelque temps, vous avez dû remarquer que je ne nageais pas dans une joie de vivre dionysiaque ni dans un optimisme à tous crins, ce qui est pourtant mon penchant habituel. Je ne pense, depuis quelque temps, qu’à ma disparition prochaine, sinon imminente, et sens la mort qui rôde et fouine sans arrêt autour de moi comme un cochon truffier. Mon moral, d’habitude d’acier, ressemble le plus souvent maintenant à du mou de veau ! C’est horriblement chiant de ne penser obsessionnellement qu’à sa mort qui approche, à ses futures obsèques et au chagrin de ses proches ! Je pense aussi à tous les enculés qui vont se frotter les mains et ça m’énerve grave de crever avant eux ! Heureusement que vous êtes là, admirateurs inconditionnels, adulateurs forcenés… vous ne pouvez pas savoir comme vos messages me font du bien, un vrai baume miraculeux !
"Et banzaï malgré tout !"
[Siné, mardi 3 mai]
 
Merde.

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Et re-merde.

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02 mai 2016

Lectures pour tous : Nadejda Tolokonnikova

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« Dès que la juge du tribunal des Khamovniki, Marina Syrova, eut proclamé le verdict dans l’affaire des Pussy Riot, le rouble russe s’effondra, franchissant la barrière symbolique des 32 roubles pour un dollar.

Puisse ta révolte provoquer une panique à la Bourse. » 

~

« Les choses les plus atroces en ce monde sont commises sous le masque du sérieux. J’ai peur des gens qui n’ont pas le sens de l’humour. Le tribunal des Khamovniki avait ceci de terrifiant que personne, à part les trois accusées qui ont finalement écopé de deux ans de colonie à régime ordinaire, ne savait (n’osait ?) rire ou sourire.

Trouve en toi l’audace de rire aux éclats. »

Nadejda Tolokonnikova, Désirs de révolution, 2015.
Traduit du russe par Paul Lequesne, Flammation (2016)

 

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01 mai 2016

"Ravachol" ce soir à la télévision

Nous en parlions ici même l'an dernier, il avait été déprogrammé à la suite des attentats parisiens de novembre,

RAVACHOL est diffusé la nuit prochaine, à minuit vingt, sur France 2 ("Histoires courtes").

~

Le mot de Bernard Cerf, son réalisateur :

"Il s'agit du premier film consacré à Ravachol figure emblématique de l'anarchie, qui justifiait l'utilisation des bombes contre la société génératrice d'inégalités, d'injustices et de violence. En comparant la société de la fin du XIX siècle avec celle d’aujourd’hui, les conditions ne sont-elles pas réunies actuellement pour faire naître de nouveaux Ravachol ?

La violence en politique ne peut-elle pas être justifiée ?

Le film mélange fiction et documentaire avec Pierre Merejkowsky, Dominique Coquard, Ghislain de Fonclare, Eric Feldman, Frédéric Tachou, Johan Leysen pour la partie fiction et les interviews de Jean-Marc Rouillan, membre fondateur d'Action Directe, d'Yves Peirat qui organisa avec le groupe Franc-Tireur Partisan (FTP) des actions offensives contre les locaux du Front National à Marseille et d'Ali Kaya Secrétaire de la CGT de l'Usine Renault de Flins."

 

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30 avril 2016

"Belle de nuit". Marie-Eve de Grave sur Grisélidis Réal

Ce soir, au Palais des Beaux-Arts, aura lieu l'avant-première de Belle de nuit. Grisélidis Réal, Autoportraits, de Marie-Eve de Grave. Conversation avec la réalisatrice, concoctée pour la production (Fran Hoste, On Move Productions, Bruxelles).
***

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Vous avez connu Grisélidis Réal (1929-2005) de son vivant. D’où vous est venue l’impérieuse nécessité de dresser son portrait ?

À l’époque, j’étais occupée à écrire un scénario assez noir, un portrait féminin. Je suis tombée sur un article de Grisélidis complètement au hasard, et puis, coïncidence, mon ami Yves Pagès me donne Le noir est une couleur qu’il s’apprêtait à ressortir, et Carnet de bal d’une courtisane. J’ai été tellement impressionnée par Le noir est une couleur que je lui ai proposé de filmer Grisélidis lors de la sortie de ce livre et du Carnet à Paris. C’était en février 2005, trois mois avant sa mort. Je l’ai suivie pendant quelques jours avec ma petite caméra et puis un peu plus tard au centre de soins palliatifs, trois semaines avant sa mort. On peut dire que je me suis laissée entraîner par elle, tout en cherchant un fil narratif. Elle m’était familière, sa façon d’être, cette énergie, sa violence. On a commencé à correspondre, elle et moi et puis elle est morte. Là, ça été le black-out, jusqu’à ce que La Passe imaginaire et Les Sphinx voient le jour, en janvier 2006. J’avais une seule certitude: je ne voulais pas faire un film sur la prostitution. C’est en la lisant que le film est venu, peu à peu. Un portrait par l’écriture, avec cette idée que l’écriture était reconstituante chez elle. Ça, ça me parlait. La reconstitution de soi par l’écriture. Comme si l’écriture lui permettait de se (re)donner forme. C’était un écho direct à ce scénario que j’étais en train d’écrire et tout simplement à mon rapport personnel à l’écriture.

Quelles difficultés avez-vous rencontrées pour monter la production, vu le caractère sulfureux de Grisélidis (courtisane, militante, taularde, artiste, poétesse et romancière boutefeu, revendiquant à nouveau le statut de pute à l’automne de sa vie) ?

Vous allez rire, mais ce n’était pas de la pute que je voulais parler ! Je voulais parler d’une femme qui vit pour écrire et qui écrit pour vivre. Je ne voulais parler que de littérature et de l’artiste, et aussi un peu pute sur les bords... L’écriture du film a été difficile parce que je traversais cinq livres, mais le montage financier s’est passé simplement, lumineusement. On a eu tout l’argent qu’il est possible d’avoir en Belgique pour un documentaire. Il faut dire qu’on avait un dossier solide !

Le sous-titre du film est Grisélidis Réal. Autoportraits. Il est en effet ponctué d’extraits de textes et de déclarations de Grisélidis, constituant une sorte de mosaïque, et selon un point de vue plus ou moins chronologique. Comment s’est imposée l’idée d’un tel fil rouge ?

L’éclatement de soi et l’écriture reconstituante. Et puis, je suis surtout tombée — magnifique découverte — sur la collection de photomatons de Grisélidis à Berne. J’ai tiré le fil, en faisant confiance à ce que je sentais.

Comment avez-vous sélectionné les images destinées à figurer dans le film, aux dépens de telles autres ?

Je dirai que le plus dur a été de choisir les textes !

Vous utilisez quantité d’archives personnelles, lettres, photos, manuscrits, post-it, bandes magnétiques. Avez-vous reçu le soutien des proches de Grisélidis ? De ses enfants ?

À sa mort, ses enfants ont décidé de tout donner aux Archives Littéraires de Berne. Tout, absolument tout est classé, inventorié là-bas. Il y a au moins une cinquantaine de cartons, avec ses photos, ses lettres, ses manuscrits, ses dessins, les petits papiers qu’on écrit n’importe où, sur des bords de table. C’est fou, car Grisélidis a tout gardé. C’est Igor, son fils, qui m’a donné les fichiers avec les voix des enfants. Si ce n’est pas un cadeau, ça...

"J’appartiens", dit-elle très tôt, au "grand troupeau des nomades en transhumance". Serait-ce un des gimmicks d’une existence si haute en couleur ?

C’est une femme de l’écrit, elle s’y connaît en formules. C’est très théâtral comme phrase, non ? Très ampoulé, expressionniste. Tout de suite, on a l’image. Elle a cette grande force.

Yves Pagès, qui édita son oeuvre littéraire chez Verticales, montre comment elle échappe à toutes les tentatives de la placer dans une case...

Oui et c’est ça qui fait toute sa singularité, c’est une pute qui n’est pas une pute, qui n’est pas un écrivain, tout en étant écrivain, c’est une militante qui déteste la militance. Elle est et échappe à toute classification. C’est un être humain qui vit à cent à l’heure, qui avance à découvert, en permanence. Je n’ai jamais rencontré une femme comme ça, aussi forte, aussi dingue. J’aime sa façon d’être au monde.

À Jean-Luc Hennig, qui lui dit que "les plus belles histoires d’amour sont pure fiction, que le réel les tue", Grisélidis rétorque qu’au contraire, "Le réel est fiction. La fiction est réelle." Cette fusion semble s’accorder au mouvement de balancier permanent dans son oeuvre (et sa vie) entre le sordide, l’humiliation, la solitude et d’autre part, l’aspiration à l’absolu, à l’amour, à la poésie.

C’est la phrase qui ouvre le film et qui résume Grisélidis, si on peut un tant soit peu la résumer. Réalité et fiction. Toujours entremêlées. Ça me touche, parce que c’est l’expression même de sa vérité intérieure. Je me sens comme elle, à ce niveau-là.

"Chez elle, tout est désir." Qu’est-ce que ça signifie, selon vous ?

C’est son désir et ses pulsions qui la font avancer, sans le moindre sentiment de culpabilité. Elle est libre, complètement libre et elle va là où le vent et l’amour la portent. Tout est transformé en histoire d’amour, même avec ses clients. Même avec ses plantes.

Passage magnifique du film, quand vous lisez des extraits de chapitres écrits en prison, sur "le cinéma" — spectacle de l’extérieur aperçu par la fenêtre étroite d’une cellule — et que se projettent devant nos yeux des fragments de pellicule, comme des amorces dénuées d’images.

Vous savez, c’est un passage-clé, cette fenêtre cinéma. Surtout en écho à la fin du film, quand elle se tourne vers le jardin, et qu’elle me dit que c’est un cadeau; pour moi la boucle est bouclée. Je savais que c’était là la fin du film: cette fenêtre et ce jardin. J’ai voulu d’ailleurs y faire gambader des animaux étranges et puis je suis revenue à une certaine simplicité. (Il faut accepter la simplicité !)

Les écrits en prison, dit Pagès, c’est le moment où Grisélidis cesse d’être simple diariste, pour devenir écrivain.

Oui, en ce sens, ce journal est très émouvant, il est très simple, essentiel, comme du Rilke. Elle observe le monde autour d’elle et le transfigure par la force de ses mots et de son imaginaire. À un moment donné, elle transforme sa cellule en cabine de bateau ! Ces passages-là du livre sont absolument merveilleux.

Elle se promet, si elle sort de prison, de s’engager. Peu importe où. "Il faut donner forme à sa révolte." Est-ce que ça ne va pas être l’obsession de toute une vie ? Donner forme, donner sens à une révolte instinctive, physique ?

Ça devrait être l’obsession de tout un chacun, oui. Mais le monde autour de nous n’est pas tellement obsédé par la révolte ! Au contraire, c’est un monde qui s’endort, sous les objets, la technologie, la kyrielle d’images. Un monde qui croule et qui s’effondre. Houlà, je suis pessimiste.

Grisélidis doit sa première publication au soutien d’un jury des meilleurs écrivains de Suisse romande. Extraordinaire, non, pour un personnage qu’on ne cesse de qualifier de sulfureux ? Dans ce pays calviniste et froid qu’elle ne portait pas dans son coeur !

C’est ça qui est drôle et elle s’en amuse tout le temps. Grisélidis a un rapport amour/haine avec la Suisse. Elle a surtout eu beaucoup de chance. S’il n’y avait pas eu ce concours organisé par Bertil Galland, il n’y aurait pas eu Le noir est une couleur, il n’y aurait peut-être rien eu. Les choses ne tiennent à rien et pourtant elles tiennent aussi au courage et à la ténacité ! Ce n’est pas rien.

Années 1970. Elle traverse une époque marquée par le militantisme. Elle incarne l’aile radicale du mouvement de défense des prostituées, au risque de se trouver en porte-à-faux avec certaines féministes. Le texte "Se prostituer est un acte révolutionnaire" lui vaut de solides inimitiés. Voilà un trait qui n’est pas sans résonance avec notre époque.

Jusqu’au bout Grisélidis s’est battue. J’ai des images d’elle dans chambre avec une délégation d’étudiantes et une sociologue, au centre de soins palliatifs, alors que son cancer était en phase terminale. Elle s’est battue jusqu’au bout de la nuit, à force de lettres, d’enveloppes et de communiqués de presse. Ce n’est pas du flan ! Jamais Grisélidis n’était dans la posture, il y avait de la théâtralité certes, mais jamais de posture.

Sa rencontre avec Jean-Luc Hennig est essentielle. Belle de nuit montre comment leurs relations, surtout épistolaires, vont permettre à Grisélidis de s’ouvrir pour de bon. Pour une fois elle a un véritable interlocuteur — avec lequel, comble du paradoxe, l’amour est interdit. Vous donnez une place importante à la lecture de leurs lettres.

Choisir dans toutes ces lettres, c’est ce qui a été le plus difficile. Elles sont toutes plus belles, plus drôles, les unes que les autres. Ce sont chaque fois des histoires, des petites nouvelles. Grisélidis, c’est le Raymond Carver de la passe ! On en revient au désir, n’est-ce pas le désir qui nous fait avancer, créer, filmer ? Sans désir, il n’y a pas de forme. La lettre est l’expression même du désir. La découverte de leur courrier, aux Archives, a été un moment magique. Toucher ces enveloppes déchirées, lire les phrases succinctes de Jean-Luc. Moment très fort dans la préparation du film. Et puis, cette faculté énorme, grandiose qu’a Grisélidis de s’émerveiller, même dans le pire. Ça me touche énormément. Si on ne s’émerveille pas ou plus, on est mort.

Du coup, Hennig joue un rôle essentiel pour notre compréhension de Grisélidis.

Jean-Luc est celui qui l’a fait renaître à l’écriture, en cela il a été d’une générosité inouïe. Étrange et magnifique couple de passion. Comme dans un film de Visconti. Sans passage à l’acte. Grisélidis disait d’ailleurs que l’érotisme était surtout une affaire d’imagination et d’esprit.

Le débat sur la prostitution recommence à faire rage, entre les abolitionnistes, les partisans d’un aménagement et ceux qui pensent qu’elle a droit de cité et doit être régulée au même titre que d’autres "métiers". Pour autant que la question ait du sens, où se situerait aujourd’hui Grisélidis Réal dans un tel débat, non dénué d’arrière-pensées politiques ?

Grisélidis éclaterait de rire (ou plutôt de colère !) devant tous ces discours débiles sur la prostitution qu’on entend aujourd’hui. Franchement, on régresse et surtout on mélange tout. Protégeons et reconnaissons les travailleurs du sexe. Les réseaux, c’est autre chose.

Quelle leçon devons-nous tirer de son oeuvre ? Que nous a appris ce personnage extraordinaire ?

Avoir la niaque et du panache. Aimer l’humain et respecter la vie. Dans tous les sens du terme. L’humanisme de Grisélidis est sans fin, beau et vient du fond d’elle-même. C’est une piéta. De mon côté, j’espère simplement avoir fait un film aussi libre qu’elle (ma grande angoisse était de faire un documentaire genre "Un siècle d’écrivains" !) et que les spectateurs aient envie de lire, de lire et relire Grisélidis. Oserais-je dire que c’est ma mère d’écriture ? J’ose.

Propos recueillis par Ch.T., Jr [mars 2016]

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29 avril 2016

Hotties Reading 437

John Currin 3/3

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28 avril 2016

Muguette, ça y est !

Ce 28 avril 2016, il est enfin là, chez tous les libraires qui n'ont pas froid aux mirettes. La Musardine vient de rééditer le mythique Muguette, prix Fascination 1980, publié à l'origine chez Baston et illustré par Georges Maurevert. Je vous en bats les oneilles depuis longtemps, ne faites pas semblant d'avoir oublié. L'auteur, Philarète de Bois-Madame, a perdu son pseudonyme en route, comme on le voit ici-bas sur la drôle de couverture illustrée par John Currin.

Il y a trente-cinq ans, la quatrième annonçait ainsi la couleur :

"Tour à tour fille de joie en Chine populaire, prisonnière de Fantômas en Afrique du Nord et cobaye d'un savant fou à Levallois-Perret, la juvénile Muguette vit une folle équipée constamment émaillée d'étonnants déboires sexuels. Le marquis Philarète de Bois-Madame s'en fait l'historiographe avec une verve et une truculence irrespectueuses et débridées. Qui se cache sous le nom de Philarète de Bois-Madame? Il s'agit d'un jeune écrivain connu, essayiste et romancier, salué par les critiques comme l'un des plus doués de sa génération. Avec Muguette, il se place d'emblée également parmil les meilleurs conteurs érotiques français et, s'il se masque ici d'un pseudonyme, sans doute n'est-ce que pour respecter les us et coutumes du libertinage littéraire."

muguette2

***

Autre temps, on nous prévient aujourd'hui comme ceci :

"Ami lecteur, sois-en illico averti: Muguette n′est pas une bluette. Si tu aimes l′outrance, la caricature, l′écriture automatique, la démesure, la scatologie, le gore, si tu as sur tes rayons Les Onze Mille Verges d′Apollinaire et les Oeuvres érotiques de Pierre Louÿs à ton chevet, ce livre est pour toi. Tu bourlingueras, de la Chine à Levallois-Perret, en compagnie de Muguette et de sa copine Tapée-la-Youpette, avec des haut-le-coeur, mais de franches rigolades, bien que le cerveau en capilotade. Au passage, tu croiseras Fantômas, un jeu-concours, de la grande poésie (!) et plein de délires pornographiques fantasques... Sinon, passe vite ton chemin. 

"Écrite par Jean-Pierre Bouyxou comme une pochade pour amuser ses amis, Muguette n′avait pas vocation à être publiée lorsqu′elle fut écrite en 1971. Journaliste pour Paris-Match, critique de cinéma, acteur et réalisateur, Jean-Pierre Bouyxou, né en 1946, est également un auteur phare et culte de la célèbre collection des années 1980, "La Brigandine", dans laquelle il commit un certain nombre de romans sous divers pseudonymes. Le truculent parcours de Muguette lui offre sa place dans la collection "Lectures amoureuses" où, au titre d′éminente curiosité littéraire scabreuse et pornographique, elle se devait de figurer..."

muguette

Bref. Avec la Pentecôte toute proche vient le temps des communions (dans les campagnes) et se prolongent les nuits à dormir debout (dans les villes). Muguette vous coûtera un peu moins que deux paquets de Gitanes maïs. Ce sera ces jours-ci le cadeau qui fera plaisir aux petites-nièces et aux compagnons de lutte. Noter que si La Musardine rentre dans ses frais, elle nous promet de lui donner, à Muguette, plein de petits frères et petits soeurs.

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John Currin 2/3

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Joan Collins

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27 avril 2016

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John Currin, 1/3

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