le vieux monde qui n'en finit pas

25 avril 2014

Hotties Reading 333

fille de nulle part 2

Virginie Legeay dans La fille de nulle part, Jean-Claude Brisseau, 2013

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24 avril 2014

Prières de rue pascales : que fait la police ?

« Je ne tolérerai pas les prières de rue »

Manuel Valls, 24 septembre 2012

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prières de rue3

Or, le week-end dernier, à La Défense, à deux pas de Paris...

les promoteurs de ce rassemblement illégal le revendiquent pourtant effrontément ( ICI par exemple )

prières de rue2

 

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21 avril 2014

La cigale du Japon

Isamu Hirabayashi, 2011

[arigato Ph!l]

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20 avril 2014

Hotties Reading 332

figaro

Dans les coulisses du Moulin rouge, Paris, 1950

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17 avril 2014

« L'élégance et l'infinie politesse d'Ozu » à la Cinémathèque française

Une preuve indéniable de l'arrivée du printemps. La Cinémathèque française organise une large rétrospective des films de Yasujiro Ozu (parrain fondateur de ce blog avec Ravachol, Jean-Luc Godard, Charles Fourier et quelques autres). Les projections et diverses rencontres auront lieu du 23 avril au 26 mai. Toutes informations ICI.

ozu

Extrait d'un texte de présentation de Charles Tesson :

« Dans le monde d'Ozu, les enfants de sexe masculin sont capables de la plus grande violence, filmés comme des petits martiens absolutistes et insolents car leur désir, égoïste et sans limite, n'entend se soumettre à aucun principe de réalité. Jusqu'à ce que les adultes, qui ont appris à s'accommoder de ces limites, aussi injustes soient-elles, ne leur enseignent la règle du jeu qui les attend sur la scène où ils auront à grandir. Faut-il voir dans ce trait d'éducation une soumission et une acceptation à l'ordre du monde, au nom d'un conservatisme évolutif dont les personnages ne seraient pas les acteurs ? Pas sûr, à l'image de Noriko (Setsuko Hara), au sourire d'une gentillesse au bord de la niaiserie, ne disant jamais non au plan concocté par son frère aîné (Chishu Ryu) pour trouver un mari dans Été précoce, avant d'en choisir un autre, contre toute attente (veuf, père d'un enfant). En outre, si l'acception des choses s'appuie sur un cadre sociétal, ressort narratif, elle bascule très vite sur un plan existentiel, à travers le caractère inéluctable de la séparation au cœur de la transmission (élever des enfants qui ensuite se marieront et partiront). La scène de pêche à la ligne d'Il était un père, où l'homme invite son enfant à s'éloigner de lui, résume cet enseignement douloureux et inéluctable. Le rythme soudain non synchrone du mouvement des cannes à pêche manifeste furtivement cet ébranlement du jeune homme devant cette réalité à laquelle il ne s'était pas préparé, avant que leur accord dans leur activité ordinaire ne soit retrouvé.

« Ozu, comme beaucoup de cinéastes de son époque, a été influencé au départ par le cinéma américain. En particulier L'Opinion publique de Chaplin, et plus encore par Marriage Circle de Lubitsch, dont il conservera le goût de l'échange verbal: à chaque prise de parole, son plan et son visage. Ses premiers films mêlent influences burlesques (Ozu a été formé à l'école du "nonsense mono") au cœur d'histoires graves, sur fond de cruauté et d'humiliations, qu'Ozu a su si bien filmer: le père faisant des courbettes devant son patron, l'ancien employé au chômage devenu homme-sandwich. En témoigne la scène de Chœur de Tokyo, drôle en apparence, où l'employé, venu se plaindre du renvoi d'un collègue, se querelle avec son patron à coups d'éventail, avant d'être à son tour licencié, le ton léger et badin utilisé pour filmer la séquence ne laissant rien présager de ses conséquences dramatiques.

« Les films d'Ozu commencent rarement par l'homme pas plus qu'ils ne finissent sur lui, tout comme l'enchainement des séquences, rythmées par un mouvement du dehors au dedans (une usine puis ses bureaux, l'enseigne d'un bar puis son comptoir) et inversement. Outre une inscription du milieu, sur un plan sociétal, au rythme des usages au quotidien, on peut y ressentir la manifestation d'un englobant qui encadre la destinée humaine sur terre, ramenant l'existence à sa juste échelle, bordée par un vivant où la présence humaine a provisoirement déserté les lieux qui en portent encore la trace (une bouteille, du linge sur un fil) ou prolongée par ces images d'un monde heureux de vivre sans que l'homme soit sa raison d'être. Cette élégance avec laquelle chez Ozu on passe du sociétal à l'existentiel (la fin de Printemps tardif, la solitude du père, de l'épluchure de la pomme en insert au plan large sur le bord de mer, l'ouverture d'Été précoce sur ce chien sur la plage qui sort du cadre sans plus jamais donner de nouvelles, l'insert sur la cage à oiseau avant d'accéder au cœur de la maison), montre une réalité qui précède l'entrée en scène de l'homme et subsistera à son passage, en toute sérénité: couloir d'une maison, d'un bureau, d'un salon bordé de cloisons et de panneaux coulissants derrière lesquels les personnages entrent et sortent du champ. Rarement le cadre vertical du plan s'érige en acteur de ces banales transhumances, le décor fragmentant ces trajets. Cette humilité et infinie politesse devant ce que l'homme vit et devient dans le labyrinthe de cette contingence des lieux ordinaires devient chez Ozu la source de la plus profonde émotion, là où la banalité du vivre côtoie la temporalité de toute existence sur terre dans un espace provisoirement rendu visible, le temps d'un passage. »

Charles Tesson

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rêves perdus (ozu 32)

Films d'Ozu projetés à la Cinémathèque

Gakusei romance: Wakaki hi [Jours de jeunesse] 1929

Wasei kenka tomodachi [Combats amicaux à la japonaise]1929

Daigaku wa deta keredo [J’ai été diplômé,mais...] 1929

Hogaraka ni ayume [Va d’un pas léger] 1930

Rakudai wa shita keredo [J’ai été recalé,mais...] 1930

Sono yo no tsuma [Femme d’une nuit] 1930

Shukujo to hige [La dame et les barbes / La femme et la barbe] 1931

Tokyo no gassho [Le chœur de Tokyo] 1931

Umarete wa mita keredo [Gosses de Tokyo] 1932

Seishun no yume ima izuko [Où sont les rêves de jeunesse ?] 1932

Hijosen no onna [Femmes et voyous] 1933

Dekigokoro [Cœur capricieux] 1933

Tokyo no onna [Une femme de Tokyo] 1933

Haha wo kowazuya [Le galopin / L’amour d’une mère] 1934

Ukigusa monogatari [Histoires d’herbes flottantes] 1934

Tokyo no yado [Une auberge à Tokyo] 1935

Kikugoro no kagamijishi [La danse du lion] 1935

Hitori musuko [Le fils unique] 1936

Shukujo wa nani o wasureta ka [Qu’est-ce que la dame a oublié ?] 1937

Todake no kyodai [Les frères et sœurs Toda] 1941

Chichi ariki [Il était un père] 1942

Nagaya shinshiroku [Récit d’un propriétaire] 1947

Kaze no naka no mendori [Une poule dans le vent] 1948

Banshun [Printemps tardif / Fin de printemps] 1949

Munakata shimai [Les sœurs Munakata] 1950

Bakushu [Eté précoce] 1952

Ochazuke no aji [Le goût du riz au thé vert] 1952

Tokyo monogatari [Premier voyage à Tokyo] 1953

Soshun [Printemps précoce] 1956

Tokyo boshoku [Crépuscule à Tokyo] 1957

Higanbana [Fleurs d'équinoxe] 1958

Ohayo [Bonjour] 1959

Ukigusa [Herbes flottantes] 1959

Akibiyori [Fin d’automne] 1960

Kohayagawake no aki [L’automne de la famille Kohayagawa / Dernier caprice] 1961

Sanma no aji [Le goût du saké] 1962

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15 avril 2014

Novlangue


Un titre au hasard de la check-list distribuée ce matin aux heureux abonnés du journal Le Monde.

Vertigineux !

« En proie à l'insécurité, la Libye tutoie l'abîme »

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libye

[Cette image du désert libyen, qui n'a rien à voir, vient du site de l'Unesco]

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Hotties Reading 331

truffaut

Truffaut soldat

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14 avril 2014

La femme du rouquin

« Mercédès et le rouquin ont été amants et époux, mais il a disparu dans la tourmente de la guerre. Mort ? Apparemment. Bien qu'elle n'ait pas cessé de l'aimer, Mercédès a fini par demander le divorce et se remarier. Lorsqu'il réapparaît, évadé de prison, les choses se gâtent. C'est un rouquin... »

femme du rouquin

1957. Traduction de Jacqueline Souvré.
« Un mystère » 367, Presses de la cité

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11 avril 2014

« Transmitting » [Shepp, Kühn]

Joachim Kühn et Archie Shepp en 2011

Bon anniversaire, Chan

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Contre la guerre

« C’est la cendre des morts qui créa la patrie. » Alphonse de Lamartine

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boucherie© Jacques Tardi

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« Je vis comme une bête, une bête qui a faim, puis qui est fatiguée. Jamais je ne me suis senti si abruti, si vide de pensées et je comprends que l’accablement physique, qui ne laisse pas aux êtres le temps de réfléchir, qui les réduit à ne plus éprouver que des besoins élémentaires, soit un sûr moyen de domination. Je comprends que les esclaves se soumettent si aisément, car il ne leur reste plus de forces disponibles pour la révolte, ni l’imagination pour la concevoir, ni l’énergie pour la concerter. Je comprends cette sagesse des oppresseurs, qui retirent à ceux qu’ils exploitent l’usage de leur cerveau, en les courbant sous des tâches qui épuisent. Je me sens parfois au bord de cet envoûtement que donnent la lassitude et la monotonie, au bord de cette passivité animale qui accepte tout, au bord de la soumission, qui est la destruction de l’individu. Ce qui est en moi qui juge s’émousse, admet et capitule. L’habitude, le jeu des disciplines se passent de mon consentement et m’incorporent au troupeau. Je deviens un vrai soldat d’infanterie, l’intelligence "sur la couture du pantalon", exécuteur de corvées et fragment d’effectif. Tout le monde me commande, du caporal au général, a ce droit, qui est total et sans appel, et peut me rayer de la liste des vivants. Dans le champ des activités humaines, la mienne se dépense à creuser une feuillée ou à porter des troncs d’arbres. Pourrais-je dire à un sous-officier qu’il m’en coûte plus qu’à d’autres ? Ce serait inutile, car il risquerait de ne pas me comprendre, ce serait imprudent parce qu’il en abuserait. »

Gabriel Chevallier, La peur, 1930.

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10 avril 2014

Karloff et Pfaffenbichler, dans les Paysages Fantômes

karloff pfaffenbichler

Demain, vendredi 11 avril à 20h30, à Paris, on pourra voir à l'Espace Khiasma, dans le cycle Les Paysages Fantômes, A Masque of Madness [Note on Film 06-B, Monologue 02], le dernier film de Norbert Pfaffenbichler. Pour l'heure, on n'en sait guère plus que ce que les organisateurs veulent bien nous en dire (voir ci-bas). La séance sera présentée par Marie-Pierre Duhamel-Müller, qui en parle ICI. Raison de plus pour y aller ventre à terre.

« Si vous connaissez au moins une image du Frankenstein de 1931, vous connaissez le visage de Boris Karloff. Son plus célèbre du moins. Car en quelque 170 rôles, Karloff a eu le temps d’adopter bien d’autres visages, étant parfois méconnaissable de l’un à l’autre. C’est sur cette malléabilité fascinante que travaille Norbert Pfaffenbichler en remontant des extraits de ces multiples apparitions, dans un labyrinthe ahurissant où Karloff rejoue avec lui-même les grands motifs du cinéma de genre qu’il a habité et hanté. A Masque of Madness est une expérience captivante, qui propose grâce à un montage subtil une véritable réflexion sur ce qu’est un grand acteur de cinéma, le geste ou le rythme à l’écran, et tout simplement la cinéphilie : 1h20 de jouissance obsessionnelle garantie ! »

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Hotties Reading 330

bulle dans paris s'en va

Bulle Ogier dans Paris s'en va, Jacques Rivette 1980

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05 avril 2014

Hotties Reading 329

charlotte greenwood

Charlotte Greenwood 1890-1977

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[merci Ph!l]

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01 avril 2014

Julio Cortázar aurait cent ans (indice 3)

julio cortazar

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31 mars 2014

La Parisienne libérée contre Valls (rappel)

« Cette semaine, la Parisienne libérée chante Valls et le racisme ambiant [Médiapart] »

message posé sur ce blog le 8 décembre dernier

Qui c’est qui tape du poing en appelant à l’apaisement ?
C’est ce gouvernement, c’est ce ministre de l’intérieur
Qui c’est qui parle de lui comme s’il était le gouvernement ?
C’est ce gouvernement, c’est ce ministre de l’intérieur ...

nous, on embrasse la Parisienne libérée


CE MINISTRE DE L'INTÉRIEUR

Paroles et musique : La Parisienne Libérée

Qui c’est qui ordonne la violence des expulsions ?
C’est ce gouvernement, c’est ce ministre de l’intérieur
Qui c’est qui enferme les étrangers en rétention ?
C’est ce gouvernement, c’est ce ministre de l’intérieur
Qui c’est qui pratique les contrôles au faciès ?
C’est ce gouvernement, c’est ce ministre de l’intérieur
Qui c’est qui finance frontex et son business ?
C’est ce gouvernement, c’est ce ministre de l’intérieur

[Valls]

Qui c’est qui embarque des familles au saut du lit ?
C’est ce gouvernement, c’est ce ministre de l’intérieur
Qui c’est qui rabote la retraite des chibanis ?
C’est ce gouvernement, c’est ce ministre de l’intérieur
Qui c’est qui renonce aux promesses de récépissé ?
C’est ce gouvernement, c’est ce ministre de l’intérieur
Et qui c’est qui enterre le droit de vote aux étrangers ?
C’est ce gouvernement, c’est ce ministre de l’intérieur

[Valls]


Qui c’est qui fabrique les queues de la préfecture ?
C’est ce gouvernement, c’est ce ministre de l’intérieur

Qui c’est qui fait des quartiers une caricature ?
C’est ce gouvernement, c’est ce ministre de l’intérieur
Qui c’est qui détruit sans ménagement les campements ?
C’est ce gouvernement, c’est ce ministre de l’intérieur
Qui c’est qui disait qu’à Évry ça manquait de Blancs ?
C’est ce gouvernement, c’est ce ministre de l’intérieur

[Valls]

Qui c’est qui brise des vies en prétendant les reconduire ?
C’est ce gouvernement, c’est ce ministre de l’intérieur
Qui c’est qui brise des reins et trouve des gens pour l’applaudir ?
C’est ce gouvernement, c’est ce ministre de l’intérieur
Qui c’est qui tape du poing en appelant à l’apaisement ?
C’est ce gouvernement, c’est ce ministre de l’intérieur
Qui c’est qui parle de lui comme s’il était le gouvernement ?
C’est ce gouvernement, c’est ce ministre de l’intérieur

[Valls]

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Scrongneugneu, fini de rire

noel roq

Dernière répétition avant le bleu marine : le bleu garde mobile

Bon courage, les gars. Et que les mauvais Français, et tous ceux
qui n'ont pas vocation à rester dans [ce] pays, se tiennent à carreau.

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Ben and Jerry, 1978

jerry et ben stiller circa 1978

New York, 1978. Jerry Stiller et son fils Ben [né en 1965]

[merci à #HistoricalPics et au Daily Mail]

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29 mars 2014

Julio Cortázar aurait cent ans (indice 1)

Séquences

« Il arrêta de lire le récit, là où un personnage arrêtait de lire un récit à l’endroit où un personnage arrêtait de lire l’endroit où un personnage arrêtait de lire et allait à cette maison où quelqu’un qui l’attendait s’était mis à lire un récit pour tuer le temps et en arriver à l’endroit où un personnage arrêtait de lire et allait à cette maison où quelqu’un qui l’attendait s’était mis à lire un récit pour tuer le temps. »

[Texte écrit en français]

Julio Cortázar, in Pages inespérées (Récits), recueil posthume paru en 2009
et traduit en français* par Sylvie Protin, Gallimard, « Du monde entier », 2014.  

* Sauf le texte que vous venez de lire, ça roule de source.

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27 mars 2014

Lectures pour tous : Tim Willocks

« Vendredi 18 mai 1565. Baie de Kalkara, le Borgo, Malte.

« Le massacre des chiens avait pris trois jours. Aujourd’hui c’était le quatrième. Leur extermination avait été décidée par le grand maître La Valette. Lors du siège de Rhodes, disait-on, La Valette avait vu le peuple manger des chiens et des rats. Pire, les chiens avaient mangé les cadavres des massacrés. Il avait donc décrété qu’à Malte la mort viendrait pour tous avant qu’une telle dégradation ne soit tolérée. Orlandu avait aussi entendu que, entre tous les animaux de la Création, La Valette réservait son amour le plus tendre à ses chiens de chasse. Avant de rendre son décret public, La Valette avait pris son épée et tué de sa propre main ses six chiens bien-aimés. Après cela, disait-on, La Valette avait pleuré de compassion.

« Si le décret était assez simple, son exécution s’était avérée plus malaisée que quiconque aurait pu s’y attendre. Beaucoup, qui avaient leurs chiens à portée de main, suivant l’exemple de La Valette, les tuèrent eux-mêmes. Mais cette politique ne pouvait être cachée aux animaux ainsi condamnés. Au crépuscule du premier jour, alertés par les hurlements de leurs semblables et avec leurs maîtres qui se tournaient contre eux de tous les côtés, chiens domestiques et errants confondus s’étaient tous regroupés en bandes aux yeux sauvages, qui arpentaient les rues et les ruelles de la cité. Comme la ville était fermée de remparts et entourée par la mer, aucune échappée n’était possible et tout sanctuaire était exclu.

« Puisqu’à cet égard les chiens ressemblent étrangement aux hommes, les bandes étaient menées par les plus sauvages et les plus astucieux d’entre eux. En si grand nombre, et animées par la terreur et l’odeur de leurs pairs dont les carcasses étaient quotidiennement brûlées, ces bandes s’avérèrent extrêmement dangereuses et d’un courage inouï. Comme la chasse et le meurtre de chiens faisaient partie des basses œuvres, indignes des combattants et des chevaliers, que tous ceux qui pouvaient marcher étaient employés à la préparation de la guerre, et que cette tâche n’était pas faite pour les femmes, un sergent d’armes eut la brillante idée d’utiliser les garçons recrutés comme porteurs d’eau pour servir les fortifications pendant le siège. Orlandu, qui avait été assigné au bastion de Castille, avait été parmi les premiers à se porter volontaire. »

Tim Willocks, La Religion, 2006,
traduit par Benjamin Legrand, Sonatine (2009)

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Vandeau White Greyhoundf

Vandeau, le magnifique lévrier blanc de John Frederick Herring

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Fin »