Patrice Enard est mort le 1er juin.

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Noël me rappelle que c'était Patrice qui s'était débrouillé pour introduire au Palais des Festivals, à Cannes, le 10 mai 1985, la tarte à la crême dont la trajectoire allait croiser le chemin de Jean-Luc Godard.

Tels des comploteurs russes, nous avions passé la nuit à peaufiner notre communiqué. Stephan Holmes filma l'événement, et je fis modestement rempart de mon corps pour protéger Noël du courroux de Claude Brasseur et couvrir sa fuite par le premier escalator venu. La chère Britt Nini, amie de coeur de Patrice, appela Skorecki à Paris pour lui raconter toute l'histoire - ce fut, je crois, la dernière fois que Libération rendit compte sans parti pris d'un épisode de la saga gloupinesque.

Frédéric Mitterrand, ulcéré, fit de son mieux pour jeter de l'huile sur le feu. Sans succès. (Godard, essuyant ses lunettes : "Mais non, ce n'est rien. Prenons ça comme un hommage au slapstick américain !") Vingt-deux ans plus tard, il n'a toujours pas digéré. "... cet abruti d'entarteur, qui amusait tant les mauvaises gens, s'est attaqué à [Godard] avec la fulgurance vénéneuse d'un crotale [...] je l'ai aidé à se laver de toute cette crême répugnante dans les toilettes du Palais." (Le Festival de Cannes, Robert Laffont, 2007.) Bref...

Patrice, toutes les mauvaises gens qui t'ont croisé de près ou de loin, durant toutes ces années, ont aujourd'hui un sacré chagrin.