canari

« Je ne demande pas l’égalité des femmes. Je parle de liberté. L’égalité n’est qu’une nouvelle réorganisation de la société des hommes, une nouvelle réforme : licence aux femmes de nous ressembler, de devenir assassins, politiciens, stratèges, individus irresponsables et égoïstes avides de pouvoir. Dites à la femme qu’elle a le droit de tuer, mettez-lui un fusil entre les mains – elle deviendra aussi sanguinaire et méprisable que l’homme. L’égalité des femmes ? Le canari d’hier deviendra mouton. Il cessera de grisouiller pour mieux bêler. Nous nous serons rejoints dans l’apathie et la servitude. C’est aujourd’hui ce que revendiquent les prêcheurs de cette nouvelle doctrine, cette nouvelle idole qu’ils appellent féminisme.

« Non – ne donnons pas l’égalité aux femmes, donnons-leur la liberté. Le jour où la femme deviendra libre sera l’aube d’une révolution dont nous ne pouvons guère mesurer les conséquences. La liberté de la femme signe la fin de la religion dont elle est le plus fervent partisan dans l’assujettissement. La liberté de la femme signe la fin de la guerre qui fauche les hommes. La liberté de la femme signe la fin de la société dans laquelle le fort opprime le faible, la fin de la prostitution, physique ou morale, la fin de la violence. La liberté de la femme est l’annonce d’une nouvelle humanité, le premier pas vers la victoire de l’humain sur l’homme. »

Patrik Ourednik, Instant propice, 1855 (trad. du tchèque par Marianne Canavaggio), Allia, 2006.

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