Découpé ce qui suit dans un livre de Clément Rosset, Le Réel. Traité de l'idiotie (Minuit, 1997, rééd. "Reprise", 2004).

Mars 1815. Les gros titres du Moniteur, journal officiel contrôlé par la monarchie restaurée, rendent compte de l'évasion de Napoléon de son exil doré à l'île d'Elbe et, jour après jour, de son périple vers Paris. Rosset nous explique comment le canard glisse d'une « grandiloquence négative » (excès d'angoisse) à une « grandiloquence positive » (excès de bonheur), du « spectre de l'ogre » (du monstre, du fauve, du tyran, de l'usurpateur) au « fantasme du bon empereur » (de Bonaparte à Napoléon, de L'Empereur Napoléon à S.M. l'Empereur). À se tenir les côtes ! C'est pas de nos jours qu'on verrait ça(1).

9 mars. « Le monstre s'est évadé de son lieu d'exil. »
10 mars. « L'ogre corse a abordé au cap Juan. »
11 mars. « Le tigre s'est montré à Gap. Les troupes avancent de tous côtés pour arrêter sa marche. Il achèvera sa misérable aventure en fugitif dans la montagne. »
12 mars. « Le monstre s'est vraiment avancé jusqu'à Grenoble. »
13 mars. « Le tyran est maintenant à Lyon. La terreur a saisi tout le monde à son apparition. »
18 mars. « L'usurpateur s'est risqué à approcher à soixante heures de marche de la capitale. »

19 mars. « Bonaparte avance à marches forcées, mais il est impossible qu'il atteigne Paris. »
20 mars. « Napoléon arrivera demain sous les murs de Paris. »

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Napoléon (Abel Gance, 1927)

21 mars. « L'Empereur Napoléon est à Fontainebleau. »
22 mars. « Hier soir, S.M. l'Empereur a fait son entrée publique, il est arrivé aux Tuileries. Rien ne peut dépasser la joie universelle. »

1 Non ? Vous savez ce que le Libération de Joffrin pense vraiment de la tsarine néo-bouddhiste, vous ? Vous êtes sûrs que le patron du Figaro achèterait les yeux fermés une voiture d'occase à Sa Sainteté de l'Orange Mielleuse ? C'est à voir.

(Merci à PaDela qui m'a présenté Clément Rosset, philosophe amusant mais historien distrait, qui date le retour du Nabot en mars 1814.)