Bref entretien avec Kirk Douglas (recueilli par Paul Bond), piqué dans The Hollywood Reporter du 7 octobre.
Rappel: Douglas, 91 ans, a été victime kirkdouglas2006en 1996 d'une attaque qui l'a presque totalement privé de l'usage de la parole. 
Ce billet est un clin d'oeil à Marco, de l'express Liège-Cagliari.
[traduction maison]

Comment allez-vous?
Très bien. Ma femme prétend que pour un homme qui ne parle pas, je me fais bien entendre.

Pourquoi avez-vous engagé Dalton Trumbo pour écrire le scénario de Spartacus?
Le sénateur McCarthy était un type odieux qui cherchait des communistes dans tout le pays. Il avait dressé une liste noire avec le nom des scénaristes qui n'obéissaient pas à son oukase. Les patrons des studios, des hypocrites, s'en sont parfaitement accommodés. Ma compagnie a produit Spartacus. C'est Trumbo, un scénariste de la liste noire, qui a écrit le scénario sous le nom de Sam Jackson. Trop de gens utilisaient des pseudos. Je n'aimais pas ça. J'étais assez jeune à l'époque pour agir sur un coup de tête. On m'avait mis en garde, mais j'ai décidé d'apposer son véritable nom au générique.

Comment ont réagi les patrons d'Universal?
Ils étaient contre, mais ils traversaient une mauvaise passe et s'apprêtaient à vendre le studio. J'ai passé outre à leur interdiction... et le ciel ne m'est pas tombé sur la tête. [Non, en effet, mais cela a été le signal. C'en était fini de la liste noire. NdeCh.T.]

Comment les studios hollywoodiens auraient-ils dû se comporter, pendant la guerre froide, avec les communistes avérés?
Si vous commettez un crime, en Amérique, vous êtes poursuivi. Les communistes ne représentaient pas un danger à Hollywood.

Que pensez-vous de ceux qui ont donné des noms, comme Elia Kazan?
J'ai travaillé avec Kazan. Il avait du talent, mais c'était un mouchard [a fink].

Mais Kazan était un ancien communiste qui avait changé de camp. Il disait que les communistes étaient dangereux, dans l'industrie du cinéma. Vous n'étiez pas d'accord?
Le danger, à l'époque, c'était le sénateur McCarthy. Nous étions en danger de perdre notre liberté. La démocratie ne prospère que si chacun peut exprimer ses idées. Je ne crois pas que les communistes ou les penseurs radicaux aient jamais représenté un danger.

A l'inverse de ce qui se passait pendant la guerre froide, j'entends beaucoup dire qu'à Hollywood, aujourd'hui, vous pouvez être aussi à gauche que possible, mais qu'on vous brime si vous penchez à droite.
Ce sont des conneries. On a brimé Ronald Reagan? Ou Arnold Schwarzenegger?


Kirk Douglas et Brigitte Bardot, Cannes, 1953.
(Ils viennent de tourner Un acte d'amour sous la direction d'Anatole Litvak)
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