Pas de onze novembre sans relire les Lettres de guerre de Jacques Vaché. C'est beaucoup moins vulgaire et certes moins bruyant que les cérémonies aux morts pleines de badernes avinées, de politiciens à la retape, de monarques déplumés et de mauvaise musique. Celle-ci, par exemple, est datée du 30 juin 1917. Elle est adressée à «Jeannette», l'infirmière de l'hôpital de la rue du Boccage. [Quarante-trois lettres de guerre à Jeanne Derrien, réunies et présentées par Georges Sebbag, Jean-Michel Place, 1991]

Amie Jeannettevach_2

Une toute petite vie, calme - Il y a peu de bonhommes encore ici, et c'est mieux comme cela - Mais je rêvais d'un «bord de mer» plus ensoleillé pourtant - Il me semble que les «bords de mer» ne se font déjà plus comme lorsque j'avais dix ans - Il me semble voir à cette époque reculée une plage très brûlée, avec une mer outremer, chaude où l'on lançait des manières de bateaux dont les voiles se mouillaient si vite! - Et puis il y avait le «goûter» aussi que l'on vous apportait, saupoudré de sable blanc. Maintenant la plage est petite, mouillée, froide et sans joie.

J'ai déjà oublié le «front» si complètement, la poussière, les kilomètres, les mouches, et puis les parfums innombrables - C'est ennuyeux un peu de penser au retour dans la plaine nue, ratissée et couverte de débris, où le soleil chauffe si désagréablement les vieilles boîtes de conserve où se prélassent les grosses mouches, bleues et vertes, que l'on écrase avec dégoût - Mais comme je retrouverai tout cela naturel pourtant en revenant. Et puis avoir le «cafard» est si peu sportif.

Je repartirai vraisemblablement d'ici mercredi matin, pour arriver le soir vers 6 h, à moins de trouver un train le mardi soir, ce dont je doute - J'ai donc l'intention de repasser la journée de jeudi à Nantes, pour repartir le soir à 9 h.

J'attends un petit mot de vous ?

Le souvenir de
JACK
47 Rue de la République.