« Je ne veux pas que mes enfants me voient déchiquetée. »

[Revue des blogs de Gaza du samedi 10 janvier, traduction française mise en ligne le dimanche 11 janvier à 14h heure de Paris] Comment vit-on le fait de ne pas pouvoir protéger ses enfants ? Dans cette revue des blogs de Gaza mis à jour le samedi 10 janvier, nous entendons une mère déchirée par la culpalibité en voyant ses enfants terrifiés : “Est-ce que c'était une erreur d'avoir des enfants ? Est-ce que je n'ai pas le droit d'être mère ?”

La mise à jour du photo-reporter palestinien Sameh Habeeb sur son blog Gaza Strip, The Untold Story (en anglais):

La plus grande partie de la bande de Gaza est plongée dans l'obscurité depuis le début de cette guerre. Je rencontre plusieurs problèmes pour envoyer ce compte rendu à cause des problèmes d'électricité. Ma maison est fissurée et a reçu plusieurs éclats d'obus. Aujourd'hui, une roquette a ciblé la maison de mon oncle. Dieu soit remercié, nous n'avons rien mais je ne sais pas ce qui va arriver. Je vis à l'est de Gaza, dans la zone de Toffah, où les obus [israéliens] pleuvent à chaque instant.

Natalie Abou Shakra, une activiste libanaise présente à Gaza, publie ses mises à jours sur le blog collectif Moments of Gaza (en anglais). Dans son message, elle traduit en anglais deux tracts en arabe largués par l'armée israélienne demandant aux habitants de Gaza de fournir des renseignements sur les lieux où se trouvent les combattants du Hamas. Natalie fait ce commentaire (en anglais):

Ce qui m'a vraiment choquée, c'est le pseudonyme qu'il ont choisi pour l'adresse e-mail [qu'ils donnent].  “Helpgaza2008″ ?! ("aidezgaza2008")

Je pense que cette adresse e-mail mérite d'être bombardée avec le type approprié de messages ! 

Nirmeen Kharma Elsarraj écrit sur le blog de groupe Lamentations-Gaza (en anglais):

Il y a des choses qui ne sont pas bien couvertes par les actualités, les sentiments !!! J'ai trois enfants, une fille, Nour, qui a 14 ans, un fils, Adam, qui a 9 ans et un autre fils, Ali, qui a 3 ans. Nous vivons dans un quartier de Gaza-Ville qui était décrit comme "sûr". Il n'y a plus d'endroits sûrs, nulle part. Mes enfants ne peuvent pas dormir, et je ne peux rien faire pour eux. Ce sentiment d'impuissance et de culpabilité (qui accompagne toujours votre impuissance à protéger vos enfants, ou au moins à les rassurer) est plus fort que la peur et l'horreur. Ma fille disait à un journaliste qui lui parlait par téléphone hier qu'elle n'a jamais eu de moi le soutien qu'elle attendait quand il y avait un bombardement. J'étais choquée !!! Je me suis sentie si coupable parce que ma fille percevait ma peur. Mais est-ce que ce n'est pas normal d'avoir peur après tout ? Adam est asthmatique et il utilise un inhalateur. A cause du stress et de la polution causés par les gravats, il a des crises plus fréquentes et il n'y a pas d'électricité pour faire marcher son inhalateur. Chaque fois qu'il a une crise, nous devons lancer le groupe électrogène pour lui, puis l'éteindre. Il n'y a pas assez de gas-oil pour qu'on le laisse marcher tout le temps et nous n'avons aucune idée de jusqu'à quand ceci va durer. Ali ne comprend pas tout ce qui se passe. Tout ce qu'il fait est hurler de terreur chaque fois qu'il y a un bombardement, et quand c'est fini, il utilise son imagination pour inventer des histoires sur les qasef (bombardements). Les enfants ne dorment pas. Nous passons nos journées et nos nuits dans une seule pièce avec ma belle-soeur et sa fille. On sent le stress et la peur. On peut la voir sur tous les visages.
La nuit dernière, j'ai pensé à tout ça. Je ne veux pas que quelqu'un de ma famille soit blessé, et j'ai pensé que si quelque chose devait arriver, je prie pour que ça m'arrive à moi et pas à mes enfants. Puis j'ai pensé que je ne veux pas que mes enfants me voient déchiquetée. Les images à la télévision des morts sont si terrifiantes et je sais ce que ça veut dire pour les enfants de voir de telles choses. Ce que je veux vraiment, c'est que tout ça finisse et que mes enfants et moi, on vive comme n'importe qui d'autre dans le monde. Je veux juste me débarrasser de cette culpabilité par rapport à mes enfants. Est-ce que j'ai fait une erreur en ayant des enfants ? Est-ce que je n'ai pas le droit d'être mère ? Mais je fais pourtant du bon “travail' de mère en étant une source de réconfort pour mes enfants. Je sais que ce n'est pas de ma faute mais je sais aussi que je vis à Gaza et que Gaza n'a jamais été un bon environnement pour élever des enfants. Est-ce que j'ai été égoïste au point de vouloir être mère, en ne voulant pas voir mon échec prévisible, que je n'arriverais pas à protéger mes enfants ?

Sharyn Lock, une activisite australienne également à Gaza, a écrit sur Tales to Tell (en anglais):

Donc, le jeudi 8: l'évacuation, coordonnée par la Croix Rouge Internationale, de Zaytoun [un quartier]. Le docteur Saïd aurait fière allure sur une affiche de la Croix Rouge: pull noir, crâne rasé, assez de muscles pour tenir ce drapeau de la Croix Rouge à bout de bras pendant les deux heures que nous avons passées derrière les lignes de l'armée [israélienne]. Vous aimeriez vraiment l'inviter pour un café et lui demadner son opinion sur l'état du monde. Son collègue ressemblait plus à un comptable, mais son job est de nous garder en vie - il est armé d'un talkie-walkie - et il négocie notre progression constamment avec l'armée israélienne tandis que nous nous déplaçons. Avec May, une femme petite et vive qui est l'ingénieur du Croissant Rouge, qui supervise tous les véhicules, etc, je porte un brancard et de l'eau. Environ huit intrépides secouristes du Croissant Rouge nous rejoignent, portant de lourds gilets pare-balles, ou pas, selon leur choix entre une mort possible ou un mal de dos certain.
[…]
Quand j'étais petite, j'étais très sensible aux zones de guerres, mais j'ai toujours compris que tout ça arrivait dans des endroits différents que chez moi. J'aimerais vous décrire ce que je vois maintenant même, pendant que je marche. Je vois des vignes en fleurs. Des rideaux au couleurs vives aux fenêtres. Des poulets qui courent partout. C'est votre maison, vous voyez. C'est le jardin où vos enfants jouent. C'est votre maison, avec des trous obscènes percés dedans, avec des snipers israéliens qui traînent dans les ombres de son toit, avec un résistant mort, assis le dos contre votre mur.

Les blogs du monde arabe ont largement diffusé sur Internet une chanson titrée We will not go down (Song for Gaza) par Michael Heart. Adham Khalil, qui vit dans le camp de réfugié de Jabaliya et publie sur le blog Free Free Palestine, est l'un d'entre eux :