«À midi, ils arrêtèrent le travail pour aller casser la croûte à l'ombre immense d'un fromager, au milieu des maisons à moitié démolies. [...] Le matin même, un des hommes avait eu une jambe écrasée sous un toit qui s'était soudain abattu, entraînant avec lui une cheminée. L'homme avait gémi comme un animal blessé, jusqu'à ce que les autres aient pu le dégager et le faire conduire à l'hôpital. Les ouvriers discouraient sur l'accident, tout en mangeant à l'ombre du grand arbre. Ils mangeaient des sandwiches et des tomates crues, buvaient de la bière à même les petites bouteilles glacées et embuées qu'ils tiraient de leurs sacs de toile humide, et faisaient circuler entre eux. L'homme aux larges épaules, qui avait des yeux troubles de buveur, engloutissait un demi-sandwich d'un seul coup, mettant sa mâchoire tout entière en mouvement pour le mastiquer; il enfournait aussi une demi-tomate en une fois, tout en suçant l'autre moitié pour n'en rien laisser perdre. Ses mains, engourdies par le travail, avaient du mal à saisir la nourriture, et il s'en servait plutot comme de pinces. [...] quand tout le monde eut fini, l'homme fourra les sacs de toile et de papier dans un autre sac plus grand, qu'il lança au milieu des décombres, où un coup de vent vint les éparpiller.»

Donald Windham, Canicule, 1950 (trad. Elisabeth Van Rysselberghe), Gallimard

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