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© jp quino

Florence Cousin, secrétaire de rédaction à Libération et déléguée syndicale en fin de mandat, est licenciée "sec" par Joffrin et ses comptables. Elle mène, comme on dit, une grève de la faim depuis une dizaine de jours dans le hall du canard. Si on habite à Paris, on peut aller lui faire la bise. Sinon, on peut lire le texte de Dominique Conil (clic) qui fait état de manœuvres bizarres dans la coulisse - on la dit fragile, on la décrète impopulaire -,

et celui de Louis Skorecki (dont on regrette plus que jamais le départ en retraite):

Je ne suis pas le mieux placé pour parler de Libération, ni de la crise qui l’agite. En même temps, vu mon passé (vingt-cinq ans de fidélité exclusive à Libé dont je suis parti volontairement, mais à bout de force, à bout de nerfs, voici bientôt deux ans), j’en connais assez sur le fonctionnement de la maison Libération, celle de July autant que celle de Joffrin, pour pouvoir émettre deux ou trois hypothèses, ne serait-ce que des hypothèses purement météorologiques, des hypothèses d’ambiance, sur la crise grave, une crise d’un nouveau genre, qui l’agite.

L’ambiance. Il me reste deux ou trois amis, pas plus, à Libé. Les autres sont morts (Serge Daney, Michel Cressole) ou partis (Nidam Abdi, Daniel Licht, Jean-Luc Allouche, Emmanuel Poncet …). Je ne veux pas dire par là que rester à Libé, c’est se mettre sur une position idéologique avec laquelle je serais forcément en désaccord, c’est juste un titre de presse, déboussolé, sans énergie, fatigué tout autant par la mollesse de sa direction que par le manque d’enthousiasme de ses journalistes. Disons que c’est la lâcheté ambiante qui m’a fait partir, pas l’absence d’amis dans la maison.
Si je raconte tout ça (qui n’intéresse peut-être pas grand monde) c’est pour témoigner à la première personne du peu de cas qui est fait de la vie d’une de ses journalistes, Florence Cousin, qu’on tente de déstabiliser et de renvoyer brutalement du journal où elle travaille depuis plus de vingt ans, avec deux mois de salaire pour tout dédommagement, sous prétexte qu’elle serait "incompétente". On aurait pu s’en rendre compte plus tôt. Florence Cousin est actuellement secrétaire de rédaction à Libération, elle y a occupé sept ou huit postes différents par le passé. Elle sort d’une longue et grave maladie. Elle a entamé depuis mardi 10 février, dans le hall du journal, une grève de la faim.
Faut-il mourir pour son journal ? Faut-il mourir pour Libération ?
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Louis Skorecki, Cinéphiles 3. Les Ruses de Frédéric