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Miyazaki à Venise en septembre dernier. [photo © alberto pizzoli ]

Propos recueillis à Venise par Thomas Sotinel
et publiés par le journal Le Monde, en date du 8 avril.

Comment êtes-vous passé du Château ambulant à Ponyo ?

Il y a de nombreuses raisons pour lesquelles j'ai choisi de faire Ponyo, mais permettez-moi de vous exposer l'une d'entre elles. Depuis de nombreuses années, avec mon équipe du studio Ghibli, j'ai pratiqué un style d'animation par lequel nous avons essayé de reproduire précisément la réalité, en la menant vers l'animation. Je suis parti d'une image très simple. En quarante ans, elle est devenue beaucoup plus détaillée avec les ordinateurs, en utilisant les programmes de 3D. Au bout de quarante ans, ces efforts ont suscité une telle pression que nous sommes arrivés à nous demander pourquoi nous les faisions. Pourquoi ne pas abandonner cette approche ? Notre but est d'être libres et flexibles, et en se tenant à ce style d'animation nous nous imposons trop de restrictions. En choisissant l'océan comme décor de notre nouveau film, nous espérions retrouver la liberté, loin de l'imagerie de la nature que nous avons dépeinte dans les quarante dernières années. J'avais l'impression que nous étions devenus esclaves de notre propre technique. Plutôt que d'être très précis et exacts dans les détails, nous avons choisi de mettre plus d'animation dans les mouvements, sans donner trop de détails aux ombres, aux reflets. Dans les années 1930, c'est ce que faisaient les fondateurs de l'animation.

Pourtant l'animation de Ponyo est très complexe, pour ne parler que du ballet des méduses au début du film. On voit mal comment vous avez pu ainsi économiser vos efforts.

C'est vrai, il s'agit plus d'un échange que d'une réduction de la charge de travail. La vie d'un animateur, c'est de dessiner autant que possible, d'une certaine façon, avec sa main et un crayon. C'est ce que nous voulions faire en produisant Ponyo. Ne confions pas le travail à un ordinateur, ne le laissons pas nous confisquer cette joie et ce plaisir. L'équipe, moi y compris, a été vraiment libérée par cette approche s'éloignant des contraintes de l'ordinateur.

Donc vous n'avez jamais utilisé d'ordinateur ?

En ce qui concerne les dessins, tout est fait à la main. Pour le rendu, nous avons utilisé des ordinateurs, un peu, mais pour le dessin c'est du cent pour cent fait main.

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Princesse Mononoke,
1997

Même si l'histoire est toujours fantastique, Ponyo propose votre représentation la plus réaliste du Japon contemporain.

Dans une certaine mesure. Idéalement, je voudrais croire qu'un enfant de cinq ans voit le monde tel que nous l'avons créé dans cette animation.

Les personnages adultes sont aussi beaucoup plus développés et sympathiques que dans Chihiro par exemple. Il y a les vieilles femmes de la maison de retraite...

Le nombre de personnes âgées augmente au Japon, et encore une fois, c'est la façon dont un enfant de cinq ans verrait la réalité du Japon, plein de personnes âgées. Près des centres aérés et des crèches, on voit beaucoup de gens dans des fauteuils roulants. D'une certaine façon, ils n'ont pas l'air heureux d'être poussés, et c'est peut-être l'image que les enfants ont de la réalité aujourd'hui. C'était plus ou moins un rêve personnel, cette idée qu'il serait sympathique d'avoir ce centre pour personnes âgées juste à côté de la crèche, et de les voir interagir. [...]

Comment définiriez-vous le personnage de Fujimoto, le sorcier sous-marin ?

Le pur stéréotype d'un Japonais intelligent. Une personne qui s'inquiète du monde, de la nature, de la Terre et de l'espace, mais qui ne comprend pas vraiment les jeunes enfants. La vraie intelligence est peut-être en train de disparaître, je ne sais pas... Mais je sais qu'il y a des gens exactement comme Fujimoto.

Dans le sens où ils ne s'occupent pas des gens, mais juste des idées ?

Je pense que cela fait partie de mon message.

Vous montrez ces désastres naturels, après le tsunami en Thaïlande et La Nouvelle-Orléans, comme l'occasion d'une fête. N'est-ce pas un petit peu provocateur ?

Comme vous le savez peut-être, le Japon est un pays de tremblements de terre et de typhons. Nous devons apprendre à vivre avec, il serait absurde que je les dénonce. C'est le fonctionnement naturel du monde dans lequel nous vivons. C'est une partie de nos vies, de notre environnement.

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Mon voisin Totoro, 1988

Faut-il répéter que Totoro est un dix plus grands films du XXe siècle ?