Trouvé ceci. Posté par Kowalski sur le site communautaire Voldemag. Un billet sentimental, parfaitement adéquat au film (formidable) de Johnnie To. Touchant, parce qu'il met le doigt sur le vrai sujet. Merci, Kowalski (comme CE dans Gran Torino, ou comme Barry Newman dans Vanishing Point ?).

« Johnny Hallyday, qu'est ce que c'était pour moi ? A vrai dire, pas grand-chose. Mon père était fan alors c'était rien. Johnny Hallyday, du rock à la française pour les beaufs qui portaient des blousons de pilote en cuir dans les années 80. Je ne sais pas pourquoi j'ai voulu voir Vengeance, le dernier film de Johnnie To. Peut-être parce que mon père perd la mémoire en ce moment et que Johnny la perd aussi dans ce film. Peut-être parce qu'à force de regarder dans le vide toute la vie, on finit par y plonger un jour.
« J'aime le cinéma Hongkongais. J'avais adoré la trilogie Dead or Alive de Takashi Miike, fan de cette capacité à créer du mythe héroïque et des envolées poétiques bestiales, là où les réalisateurs américains ne créent plus que des icônes faméliques.
« Johnny sort de l'aéroport de Macao. Bizarre l'accent français. Bizarre la démarche de bête blessée, le regard de loup délavé, la solitude butée obscurément eastwoodienne. On le retrouve assis dans un hôpital avec au bout des doigts, sa fille criblée de balles. Elle lui demande de la venger.

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« Mais si ce n'était qu'un film de vengeance, on l'aurait déjà vu et ça ne vaudrait rien. Folle subtilité du scénario: une balle restée dans la tête du héros l'empêche de fixer ses souvenirs. Et c'est bien là le point de fuite du film qui dessine d'un côté l'inévitable dégénérescence de l'être à venir et, donc, la nécessité de précipiter le châtiment de l'autre. Car la vengeance c'est l'incapacité à pardonner, à oublier, mais Hallyday oubliera quand même. Alors, tel un vieux chien bouleversé, il s'accroche à ce qui lui reste, des photos annotées, des noms griffonnés sur des flingues, autant de signes sacrificiels qui l'emmèneront vers celui qui doit y passer mais qui ne le préserveront pas de cet engloutissement final quand il ne restera plus qu'un corps vidé de toute réminiscence du passé, de la vie, des enfants qu'on a oubliés.
« Et c'est là que Johnny est beau. Superbe cadavre filmé au plus près de son crépuscule, soleil déclinant dans l'azur ombragé, visage de cuir ridé, masque asséché à la façon d'Eastwood dans Gran Torino. Il traverse le film comme une légende fanée. Plus belle scène du film: absent, ne reconnaissant plus personne, le corps abîmé, il se fond dans les sous-bois à la recherche des meurtriers, déluge de feu filmé au ralenti comme des crépitements enchantés dans la nuit, mouvement perpétuel avec la lune comme seule projection lumineuse irradiant les corps sanguinolents au passage des nuages effrangés.
« Je ne vais pas tout vous raconter parce qu'au fond, vous ne verrez peut-être pas ce que j'y vois, toutes les années perdues, les moments gâchés... Johnny Hallyday m'a bouleversé. Papa, j'aimerais que tu ne m'oublies pas... »