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Fragonard, Jeune fille faisant danser son chien sur son lit (ou La Gimblette), c.1768
grâces rendues à Martine et Olivier (clic !)

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idem, version pâtissière

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« Mais surtout Fragonard est charmé par les jeux de la femme, le matin, avec elle-même, dans la blancheur et la chaleur du lit, alors qu’elle se renverse, s’allonge et se tiraille dans le réveil. Il aime ces moments abandonnés où sa chair respire le soleil, s’oublie à la lumière, où son corps échappe aux draps, reprend ses élasticités, où sa chemise roulée sous elle par la nuit, ne la voile plus qu’à moitié. C’est la volupté ingénue de cette heure badine, les ébats libres et souriants du réveil, qu’il a voulu peindre dans ce joli tableau: le bonnet échappé, les yeux gais et pleins de ses seize ans, un large sourire à la bouche, une fillette sans souci de ce que montre sa chemise plissée en ceinture, soutient en l’air, au bout de ses pieds, un caniche frisé à figure de conseiller en perruque; et toute riante, elle enfonce la plante de ses pieds dans les poils du chien qu’elle tient suspendu et auquel elle tend d’une main l’anneau de la gimblette, pendant qu’un coup de lumière venu du pied du lit file en écharpe entre les rideaux, bat les couvertures, polissonne en sautant sur toute cette chair rosée où le jour semble heureux: c’est La Gimblette, une fleur d’érotisme toute fraîche, toute française, dont vous ne trouverez le germe en ce siècle que dans le fumier du livre des Mœurs de la Popelinière aux premières scènes. C’est le chef-d’œuvre des Fragonard en chemise, après lequel vous ne rencontrerez que La Chemise enlevée, cet autre chef-d’œuvre, le plus suave peut-être des tableaux voluptueux.» (Edmond et Jules de Goncourt, L'Art du XVIIIe siècle, 1881)