Etonné de ne pas lire dans Siné Hebdo, dont il est jusqu'alors un chroniqueur régulier (pléonasme), les deux derniers papiers qu'il a envoyés au canard, Bernard Joubert écrit à Siné afin de savoir ce qui se goupille. Rien que du très banal, si Siné n'était pas Siné (le flingueur d'hypocrisies qu'on a, ici et ailleurs, si vaillamment défendu), et si Joubert n'était pas l'historien de la censure que l'on sait. Voici sa lettre, qui devient donc une lettre ouverte. Les deux textes incriminés sont visibles un peu plus bas (billet suivant).

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Le 13 juillet 2009

Cher Siné,

Désolé de te déranger pendant tes vacances. Je sais aussi que ce n'est pas toi qui gères le rédactionnel, c'est Catherine. Mais je me permets de te passer ce mot parce que le problème auquel je suis confronté n'est pas une broutille.

Tu trouveras ci-joint mes deux dernières chroniques "Chez les censeurs" que j'ai livrées début juin et début juillet.  (Je ne livre plus qu'une fois par mois puisqu'il n'y avait jamais place quand je livrais tous les quinze jours.) Tu ne les liras pas dans le journal. Inutile de me demander pour quelles raisons, je l'ignore. Pour la première, Théo m'a transmis l'avis de Catherine comme quoi cette interdiction de revue ne méritait pas un article. Ca m'a semblé une explication n'expliquant rien. L'interdiction d'une revue est au contraire le sujet parfait pour une rubrique sur la censure.

Pour la seconde, je n'ai même pas eu droit à un semblant d'explication. Comme je venais aux nouvelles, ne voyant rien paraître, Olivier m'a conseillé, pour en savoir plus, de téléphoner à Catherine le mois prochain...

Normalement, la réaction normale serait que, de guerre lasse, je fasse mon deuil de Siné Hebdo. Que dans quelque temps tu demandes peut-être: et Joubert, pourquoi on ne le lit plus? Et qu'on te réponde: il n'envoie plus rien. Effectivement, c'est ce que je suis tenté de faire, ne prenant pas plaisir à ce que mon travail, qui nécessite des enquêtes en amont, finisse d'une chiquenaude à la poubelle. Mais si je pars ainsi, je vais garder cette impression désagréable: celle d'avoir été éliminé de façon louche, en loucedé, peut-être suite à mon article sur le "féminisme flicard" qui a tant déplu à Catherine. C'est le genre de pratique que dénonce Gérard Filoche, le contremaître qui pourrit la vie d'un employé pour le pousser à partir. Alors l'imaginer dans le journal qui porte ton nom, ça me salit les rêves.

Aussi fais-je le choix de te poser cette question: je continue ou pas? Et si je continue, je suis chroniqueur ou pas? Pour moi, on attend d'un chroniqueur qu'il exprime ses idées. On le prend pour ce qu'il est ou on ne le prend pas, mais on ne lui demande pas d'espérer d'hypothétiques parutions selon l'humeur de la direction.

Je vais même ajouter que, pour le cas où tu me répondes "continue", je n'aurais envie de le faire que si la chronique que j'ai livrée en juillet (sur l'association d'extrême droite) paraît, et que je puisse réutiliser des éléments de ma chronique de juin dans un article à venir (sur le soixantenaire de la loi de 49).

Bonnes vacances à toi, marrantes et pas trop épuisantes.

Bernard Joubert

Lettre sans réponse au 14 septembre.

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(*) Goujat: Homme grossier dont les propos ou les manières sont volontairement ou involontairement offensantes. [Trésors de la langue française] Syn.: mal élevé.