Et nous apprenons la mort de Willem Breuker, à Amsterdam, il y a trois jours.

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W.B. et Piet Kuiters (© Django Kuiters)

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Des bios, des dates, des figures de style, des larmes de crocodile, vous en trouverez dans vos canards, s'ils daignent y penser. Je préfère vous inviter à lire ou relire ici l'article de Philippe Delvosalle sur la complicité que Breuker entretenait avec Johan van der Keuken, immense cinéaste hollandais.

Cela commence ainsi :

Alfred Hitchcock et Bernard Hermann, Federico Fellini et Nino Rota, Jacques Demy et Michel Legrand, Tim Burton et Danny Elfmann… Si dans le domaine du cinéma de fiction, les binômes réalisateur / musicien caractérisés par une grande fidélité dans leur relation de travail et des parcours créatifs communs sur le long terme sont fréquents, il en va tout autrement des cinéastes documentaires… Sûrement déjà, en grande partie, parce qu’un double demi-mensonge (ou un double raisonnement biaisé) maintient les cinémas dits "du réel" et les musiques de film à l’écart l’un de l’autre: les premiers seraient par nature les champs irréductibles du vrai; les secondes seraient par excellence l’un des principaux stratagèmes de la manipulation des affects et des sentiments des spectateurs… Le pan du cinéma documentaire qui se passe de toute musique (où cantonne celle-ci au seul générique de début ou de fin) est ainsi plus important que le pan équivalent du cinéma de fiction et, dans les autres cas, proportionnellement au traitement de défaveur médiatique qui est encore réservé à ce cinéma, les compositeurs de musiques de documentaires voient plus rarement leurs compositions éditées en cd et leur travail médiatisé… Personnellement, il y a cependant deux de ces nœuds de complicité entre un filmeur du réel et un homme du son qui me viennent à l’esprit; deux couples où le musicien évolue dans les sphères des musiques improvisées d’après le free jazz, d’ailleurs: Robert Kramer et le contrebassiste Barre Phillips (quatre films en commun de 1980 à 1999 – si Kramer n’était pas mort alors, il y a fort à parier qu’il y aurait eu d’autres rencontres entre leurs deux univers) et, surtout, Johan van der Keuken et le clarinettiste, saxophoniste et chef de bande Willem Breuker. De “Een film voor Lucebert” en 1966-67 à Animal Locomotion en 1994, ce ne sont pas moins d’une petite douzaine de films de van der Keuken que Breuker aura, en trente ans de parcours commun avec son complice-cinéaste, entrelardé de ses sons.

Et cela continue ICI , émaillé de liens indispensables.

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© Eddy Westveer