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le vieux monde qui n'en finit pas
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1 septembre 2010

Brillante Mendoza et Boris Lehman chez les rustres

Quand j'étais encore bambin, une blague de collégien circulait dans les couloirs du bahut. « Si vous parcourez Minute, disait-on, pas la peine de lire Sartre, vous aurez à la fois La Nausée et Les Mains sales. » J'ignore si le torche-cul d'extrême droite sévit encore, mais j'ai envie d'appliquer la plaisanterie à deux perles découvertes dans ce qui tient lieu de critique ciné dans deux grands quotidiens bruxellois. Humour nazi et racolage démagogique, on est dans la pensée dominante - confusion, mépris et arrogance de tout petits bourgeois aux fesses plates, balai dans le derche et centre mou. Extraits, sans commentaires.

~

Dans La Libre Belgique, à propos de Serbis, de Brillante Mendoza

[... on s'y ennuie terriblement mais aussi à cause de "l'idée" de Brillante Mendoza qui consiste à surmixer le bruit de la rue, afin de donner au spectateur l'impresion d'etre installé au bord d'une autoroute urbaine, asiatique et klaxonnante. Si Klaus Barbie avait disposé de ce film, on parlerait tous allemand, Jean Moulin aurait craqué. Et heureusement pour les détenus de Guantanamo et d'Abou Grahib, la réputation de Serbis n'a pas dépassé la Croisette. On tremble à l'idée de ce que Donald Rumsfeld en aurait fait. (...)]

serbis_mendoza

~

Dans Le Soir, à propos de Histoire de mes cheveux, de Boris Lehman

[... pendant des scènes d'une longueur infinie, on le regarde manger un yaourt, contempler un paysage, tenter d'apprendre quelques mots de russe, s'enrouler complètement nu dans de la pellicule cinématographique. Comme on le disait, certains y verront sans doute de l'art, puisque Lehman est considéré comme un cinéaste aux frontières du cinéma expérimental, de l'essai cinématographique, du journal filmé et du documentaire. Tant mieux pour eux. Mais on aura beau lui dire qu'il s'agit d'un voyage humoristique (ah bon ?), le commun des mortels n'aura sans doute,n comme nous, qu'une seule envie: prendre ses jambes à son cou en se demandant comment des producteurs ont bien pu mettre de l'argent dans ce projet - on compte parmi eux Arte, la Rtbf, la Communauté française. La seule bonne nouvelle, c'est l'heure de diffusion. A 23h25, il n'y aura heureusement plus grand monde a martyriser.]

boris_lehman2

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Commentaires
L
Hé bien on aura dégusté cet été. Et quand je dis “on”, je pense surtout et d'abord à eux. Ces visages lointains et anonymes, hommes, femmes et enfants des lointains pays où les eaux montent, montent et montent encore, et ailleurs, où des centaines de milliers d'hectares de forêts et de tourbières s'envolent en fumées, les moscovites le visage masqué de blanc et puis, et puis, la liste des désastres et calamités est longue et fastidieuse, on est pas au journal télévisé et je ne vais pas en faire le détail. De toute manière, et par quelque bout qu'on la prenne, la réalité, l'atmosphère générale ici, dans nos contrées et partout ailleurs de la même façon, sont bien moroses et désabusées. Comme si, un peu, on s'attendait à ce que, d'une minute à l'autre, d'autres effarantes et épouvantables nouvelles nous tombent dans les oreilles et sous les yeux et qu'il nous serait impossible d'y croire parce que, pour cette fois, ce serait à notre tour. Alors, pour conjurer le sort et parce qu'il est plus réconfortant de, justement, se boucher les oreilles et de fermer les yeux, toutes et tous nous vaquons à nos petites besognes, nous partons en promenade, nous tombons en amour ou nous sommes frappé par le deuil; et la misère de ces gens, là bas, si loin, nous est presque indifférente, sinon absolument étrangère. Alors que, d'un autre côté, on se mobilise, on signe des pétitions, on se rassemble et l'on interpelle les dignitaires iraniens afin de conjurer le sort promis à cette femme, coupable d'adultère et qui, pour la loi coranique - je ne mets pas de majuscule à ce mot ! - ne mérite que la honte et l'indicible horreur de la mort par lapidation. Essayer seulement de vous imaginer à quoi ça peut ressembler. Et passez vite à autre chose. Et ne venez pas culpabiliser, c'est le lot de chacun, moi compris. Des scandales, des affaires louches, des catastrophes, il y en a tant et tant qu'il est impossible d'encore pouvoir s'en émouvoir, s'en offusquer ou d'y faire quoi que ce soit. Ou alors si peu. Une modeste obole à la caisse du grand magasin pour le Pakistan, sans savoir où et quand l'argent arrivera et on a la conscience un peu plus tranquille. Mis à part cela et pour le reste, très honnêtement, je ne vois pas, là d'où je suis, ce qu'il serait encore possible d'imaginer faire. Encore que. Là, tout de suite, près de chez nous, il se passe des choses. Des petites choses sans importances, comme ces palabres qui se tiennent dans le secret des cabinets de tel ou tel ministre et où les grosses têtes molles en sont encore et toujours à négocier l'avenir de ce qui n'a jamais été une nation mais tout juste un territoire où se sont retrouvés des gens qui n'avaient rien à faire ensemble; sinon, à la longue, constituer un fourre-tout hétéroclite qui s'appelle «Belgitude». On y trouve de tout, en ce compris des petites mains cultureuses qui officient dans un grand journal de la capitale de ce Royaume finissant. Petites mains à l'extrémité desquelles une petite cervelle crachote des insanités à propos de tout et de n'importe quoi. Petite cervelle bouffie de gros bon sens commun qui se réjouit de ce que l'on ait enfin cloué le bec à ce chroniqueur de radio qui, chaque matin, depuis trois ans, donnait à l'air du temps de belles et iconoclastes couleurs et de tendres coups de griffe. Petite cervelle cramoisie qui ricane et bêtifie à propos de la programmation d'un film de Boris Lehman, le doux et singulier poète. Derrière ce qui pourrait bien paraître à peine anecdotique, que l'on ne s'y trompe pas; c'est un signe des temps que ces perfidies et cette incommensurable bêtise: c'est à la salutaire ironie, c'est à la pensée libre et critique que l'on s'en prend, là et ailleurs. C'est le minuscule espace où l'on peut encore exprimer autre-chose que ce qui est convenu et convenable qui se rétrécit un peu plus chaque jour. Et il n'est aujourd'hui nul besoin de couper la langue du poète ou de celui qui dit la vérité. Il suffit d'une note de service signée par qui de droit; il suffit d'un bouton à pousser et «Clic», silence. Mais avant le silence, écoutez Etienne de la Boétie... «Ceux là, quand la liberté serait entièrement perdue et hors du monde, l'imaginent et la sentent en leur esprit, et encore la savoure; et la servitude ne leur est de goût, pour tant bien qu'on l'accoutre»... <br /> Allez, comme disait l'autre, bonne chance... et à la semaine prochaine !
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