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9 mars 2011

Ruiz, les Agathopèdes et les mystères de la télévision

[Sur Agathopedia, que Raoul Ruiz a réalisé en 2008.]

« Agathopedia est une évocation des Agathopèdes. Vous ne connaissez pas ? Moi non plus, jusqu'il y a deux ou trois ans. Je les ai découverts par hasard grâce à un ami libraire. Les Agathopèdes étaient un groupe de dandys belges des années 1840-1850 qui ont consacré leur vie à faire des canulars. C'étaient des littéraires pré-dadaïstes. Ils faisaient des faux et se sont même inventé un bibliophile qui ne collectionnait que des introuvables. Ils ont organisé une vente aux enchères avec des introuvables vraiment introuvables puisqu'ils n'existaient pas. Voilà le type de blague qu'ils aimaient monter. Comme on me prête un esprit qui va dans ce sens, j'ai été faire un film là-dessus lors d'un séminaire en Calabre. Évidemment, là-bas tout le monde croyait que les Agathopèdes n'existaient pas. Jusqu'à ce qu'ils trouvent sur Internet un traité de numismatique vendu à dix mille dollars. Il s'agissait d'un faux, mais vendu plus cher que l'original, dans la tradition des Agathopèdes. »

raoul_ruiz

[Sur Mystères de Lisbonne, conçu dès le départ
comme un film de cinéma et une série pour la télévision.]

« Oui, mais c'est le film de cinéma qu'il faut voir. A la télévision, ça peut passer, plus comme un feuilleton, avec des titres pour chaque épisode. C'est une version plus parodique, avec une flèche narrative très claire. Si vous voulez, la série, c'est Guillaume Tell avec sa flèche qui coupe la pomme, tandis que le film, c'est la bataille d'Azincourt avec des flèches qui partent dans tous les sens. [...] En commençant le tournage, j'ai appris que j'avais une grave maladie, avec seulement 50% de chances de m'en sortir après un opération. Donc j'ai passé tout le tournage avec ma tumeur au foie. Le médecin disait qu'elle était atypique et inclassable. Je lui répondais que c'était exactement ce que les critiques disaient de mes films. On ne peut qu'en rire. [...] Après le tournage, je suis entré à l'hôpital où les choses se sont compliquées. J'ai dû renoncer à ce que je voulais faire: un film entièrement différent pour le cinéma. Il aurait fallu tourner une semaine de plus. Cela aurait été la même chose, mais en accentuant l'élément circulaire, les multiples cycles. Comme je n'ai pas pu le faire, on est resté sur deux films qui sont quand même assez différents. Vous pourrez en juger lorsque la série passera sur Arte en 2011. Ce qui est dommage (mais je n'ai rien pu faire car j'étais à l'hôpital), c'est qu'ils ont descendu au mixage la musique et les bruits off qui, pour une fois, étaient très importants. Quant à la musique, c'était une musique de mélodrame qui devient maintenant de la musique d'ameublement. »

[Extraits de C'est ça la volonté de faire du cinéma, entretien avec Raoul Ruiz mené par Adrien Gombeaud et Philippe Rouyer, Positif n° 596, octobre 2010.]

Mystères de Lisbonne (le meilleur film de 2010 selon moi) est toujours à l'affiche dans quelques bonnes salles françaises équipées d'un système de projection numérique. A Bruxelles, on peut encore le voir au Vendôme. La version "série" sera diffusée au printemps par Arte-Télévision.

Si je suis bien informé, Agathopedia sera quant à lui projeté tout l'été au cinéma Arenberg, à Bruxelles également.

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