à Louis Danvers,

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Nagisa Oshima est né à Kyoto le 31 mars 1932. 

Son dernier film à ce jour est Gohatto (Tabou, 2000).
On le voit ici sur l'affiche de Eiga kantoku tte nanda (Qu'est-ce qu'un cinéaste ? de Shunya Ito, 2006)

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Faire des achats dans les grands magasins demande du courage. Et se tenir debout dans la rue avec sur les bras les achats qu'on a faits demande plus de courage encore. Je venais d'acheter des jeux pour mes enfants et, avec sous les bras de gros paquets, j'attendais un taxi.
Une jeune fille me croisa , jeta un regard de côté, arrêta ses yeux sur moi, fit deux ou trois pas et s'immobilisa. Elle me fixa et, obéissant à une impulsion, s'approcha.
Quand ferez-vous un film ?
Son visage souriant était empreint de curiosité. Elle portait un tailleur marron clair. Ses cheveux étaient courts et frisés. Je lui fis la réponse que je donne d'habitude en pareille circonstance.
– À qui ai-je l'honneur ?
Je suis tout simplement une de vos admiratrices.
Elle rougit et s'éloigna.
Le cinéma est un produit de la société industrielle. Le rêve qu'il incarne est celui du progrès illimité et de la prospérité de cette société. Et lui-même fut le symbole de ce progrès et de cette prospérité.
Maintenant que le rêve s'est écroulé, pourquoi, moi, devrais-je faire du cinéma ?
Vous qui portez un tailleur marron clair, dites-moi : pourquoi devrais-je, malgré tout, faire du cinéma ? Quels vœux formulez-vous à propos du cinéma ? De moi ?
Une utopie, c'est tout ce que je peux faire. Et je n'ai nullement envie de vous séduire et de vous entraîner dans cette utopie. Vous ! Néanmoins, moi, je...

Fragments du journal intime, 30 mai 1974.
In Ecrits 1956-1978. Dissolution et jaillissement,
trad. Jean-Paul Le Pape, Gallimard/Cahiers du cinéma, 1980