« Les rideaux retombèrent. La nuit se referma sur eux avec un sanglot silencieux : les palmiers, les voix, l’océan, les planètes. (...)

« Il longea à nouveau les jardins sur le chemin de la plage ; et s’arrêta parmi les arbustes pour allumer une cigarette.

« Il se produisit un curieux phénomène. Il n’y avait pas un souffle de vent et, pourtant, l’air alentour se trouva soudain rempli de feuilles virevoltantes. Elles passaient devant lui, l’entouraient, montaient et descendaient, très silencieuses. Puis il comprit : il s’agissait d’une quantité de sphynx éveillés par la flamme de l’allumette. Ils le frôlèrent à toute vitesse, par douzaines, et le ronron velouté de leurs ailes avait un côté sombre, légèrement démoniaque.

« Il hâta le pas, emprunta la petite passerelle métallique pour rejoindre la plage déserte plongée dans l’obscurité. »

 

Frederic Prokosch, Les Conspirateurs (1943),
Gallimard, « Du monde entier », 2011 (trad. par Patrice Repusseau)