« À New York, un type rencontre un ami perdu de vue depuis longtemps. Il lui demande comment ça va, ce qu’il fait en ce moment.

– Je suis dans le cirque, répond l’ami. Je purge l’éléphant.

– Tu purges l’éléphant ? Ça consiste en quoi ?

– Eh bien, tu sais, on voyage tout le temps, il n’y a pas toujours la nourriture adaptée, alors l’éléphant est stressé. Ça le constipe. Comme je suis mince, on m’introduit dans son anus et deux types costauds me font aller et venir. Au bout d’un moment, ça provoque un réflexe et l’éléphant se vide.

Le type est horrifié.

– Combien on te paie pour ce boulot de merde ?

– Cinquante dollars par mois.

– Écoute, je ne suis pas riche, je n’ai qu’une petite entreprise avec deux cents employés, mais je peux en avoir deux cent un. Tu viens dès demain travailler chez moi et tu toucheras cinq cents dollars.

– Non, fait l’autre, je te remercie, mais c’est impossible.

– Impossible ? Pourquoi impossible ?

– Tu sais, une fois qu’on a goûté à l’art… »

Roland Topor, « Je me sens drôle »
in Vaches noires, Wombat, « Les Insensés », 2011

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