the end22

C'était annoncé depuis six mois, c'est désormais une question d'heures.

Dimanche soir, un cinéma bruxellois plus soucieux de programmes que de pop-corn, plus attentif à son public qu'aux diktats du marché, plus enclin à la réflexion qu'à respirer l'air du temps, va fermer définitivement ses portes. 

Dans la capitale belge, l'Arenberg, ex-Studio Arenberg, ex-Arenberg-Galeries, est (était) l'avant-dernier établissement de sa catégorie - sans compter, il est vrai, l'increvable Cinémathèque royale, vénérable institution publique. 

Imposée par un establishment politique caractériel,
par des sponsors versatiles,
par le lâchage* d'une profession (au sens des "professionnels de la profession" moqués par JLG) dont le courage n'est pas la vertu cardinale,
par la pression de challengers arrogants, obsédés par un consternant jeunisme et le goût du clinquant tout-numérique, 
par la débandade d'un public peau-de-chagrin et larmes-de-saurien (on rappellera, mais c'est trop tard, qu'une carte de fidélité vaut mieux que toutes les pétitions),
et par une gestion peut-être un peu erratique,
la disparition de ces deux écrans après trente années de dévouement à la famille cinéma, ressemble à l'extraction sans anesthésie de deux incisives frontales.

Un, ça fait foutrement mal.
Deux, Bruxelles aura désormais et à jamais la gueule de travers, le sourire torve et l'haleine mauvaise.

Et bien sûr, l'Arenberg est une entreprise de vingt-deux salariés qui disparaît dans une bizarre indifférence. Ah, ce n'est qu'un cinéma ? S'il s'agissait d'une chocolaterie ou d'un haut-fourneau, ces joyaux du patrimoine national, on aurait déjà fichu le feu aux galeries Saint-Hubert.

* Sauf la double exception d'un texte de soutien publié l'été dernier par une poignée d'universitaires repartis depuis lors faire leur sieste, et de la pertinente analyse en deux volets des confrères du cinéma Nova (on la lira sur leur site CLIC )