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« Jacques Richard […] est un chercheur de l’ombre, qui, depuis son Histoire comparée du cinéma parue en 1968, n’avait publié que deux opuscules de la revue (disparue) Archives sur les comiques français primitifs. Le prière d’insérer de son Dictionnaire des acteurs du cinéma muet en France [de Fallois, 920 p., 30 €] présente celui-ci comme le résultat d’un travail de vingt ans, ce qui semble court pour une telle somme. La période muette en France commence à être un objet de recherches pour les jeunes universitaires, après les travaux des défricheurs Raymond Chirat, Francis Lacassin, Éric Le Roy, Henri Bousquet, Jean Gili et autres : l’œuvre de cinéastes comme Léonce Perret, André Sauvage, André Antoine, Albert Capellani est désormais arpentée, la revue 1895 (n° 33, juin 2001) a même esquissé un "Dictionnaire du cinéma francais des années 20". Mais le travail de Jacques Richard est absolument ébahissant, qui a ainsi réuni plus de 700 noms (avec photos) de comédiens ayant œuvré avant 1929, et dont nous ne connaissions pas la moitié: car, aux évidents Musidora, Sarah Bernhardt, Mistinguett, René Navarre-Fantômas, René Cresté-Judex ou Pierre Batcheff (Un chien andalou), et aux déjà moins évidents Arquillière-Zigomar ou Lucien Bataille (La coquille et le clergyman), s’ajoutent une guirlande d’inconnus – au hasard, Joe Alex, Karlmos, Raoul Praxy ou Zinel, chacun muni d’une filmographie de plusieurs dizaines de titres. Tout en sachant qu’il existe peu de chances que l’on identifie jamais Émilien Richaud dans Mea culpa (Champavert, 1914) ou René Lantini dans Bigorno nègre (Bosetti, 1914), avouons notre fascination devant tous ces médaillons, ces vies minuscules de comédiens oubliés. Consacrer ainsi autant d’années à une tâche aussi désintéressée (honneur à l’éditeur aventureux) que d’élever un mémorial à ces regards chers qui se sont éteints redonne un peu d’espoir dans l’humain. »

Lucien Logette, QL 1030, 15/12/2011

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