« J’ai vécu mon adolescence comme un guitar hero, finalement je me suis rendu compte que je n’avais aucun talent, je suis passé sans douleur du statut de musicien à celui de mélomane averti, c’était une période heureuse de ma vie. [...] J’ai eu un pépin il y a cinq ans, j’ai perdu l’audition d’un coup, une tumeur bénigne qui a rongé l’oreille moyenne et le tympan. Je suis passé par des tas d’opérations, des implants en titane, j’ai été sourd pendant un mois, maintenant ça va mieux mais c’est provisoire car il y a des risques de récidive, le plaisir d’entendre il faut vraiment que j’en profite. [...] Je manque de stabilité, j’ai fait plein de métiers, j’ai été roadie, j’ai été ingé son, j’ai fait de l’intérim, j’ai été grill man,  j’ai chargé des semi-remorques, j’ai emballé des sachets dans une usine de plastique, à l’avenir je vais essayer de travailler à la protection judiciaire de la jeunesse. [... ] Il y a des gens qui pensent qu’Eraserhead leur donnera le pouvoir d’entendre l’inaudible, de voir l’invisible, de décrocher du LSD, de se sevrer, de trouver un emploi, de rencontrer l’âme sœur, de vaincre la solitude. Aimer le cinéma, c’est s’offrir le luxe de la toute-puissance. »

Olivia Rosenthal, Ils ne sont pour rien dans mes larmes
(chapitre Eraserhead ), Verticales, « Minimales », 2012