wolfson

"[Thanksgiving] se fête toujours le troisième ou quatrième jeudi de novembre; et au cours du long week-end de quatre jours, il y a sur les routes cinq cents victimes (« propitiatoires » pour le plein emploi dans l’industrie de l’auto) – des non-cancéreux pour la plupart et sans guère s’être attendus à leur mort accidentelle, tout ce qui va de soi. C’est beaucoup de cadavres (de plus), mais guère qu’une autre bouchée pour la gigantesque industrie funéraire de par le monde quand on considère que cent vingt [selon l’ONU, 2006] humains meurent par minute (1.200.000 par semaine) sur la « Planète bleue ». (Et ça va en s’augmentant, en s’empirant ! si on pense qu’il y a environ cinquante milliards [il y a diverses estimations et assez différentes] d’humains morts sur notre planète depuis que l’homme erre là-dessus, donc dans une période de disons trois millions d’années et donnant une moyenne de quelque 1.700.000 par siècle, et que, par contre, on s’approche maintenant d’une vitesse de mortalité de dix milliards par siècle [presque une fois et demie la population actuelle {sept milliards} du globe], vitesse ainsi multipliée par six mille !... donc, dans quelques centaines d’années, le tragique ayant déroulé sur la Terre depuis le « commencement » [mettons quelque huit milliards d’années pour la planète et quelque trois millions pour l’espèce] aurait doublé ! Ou si l’on pense qu’il y a deux millénaires, à l’aube du christianisme, une personne était morte tous les cinq secondes [ou dix ?], tandis que maintenant il y en a deux chaque seconde [c’est à dire dix {ou vingt} fois autant, et ça va en augmentant] !... Comme disait feu le pape Jean Paul II lui-même avant de devenir gateux : « L’humanité est une grande malade. » D'accord, et le traitement de choix est l'euthanasie planétaire complète et définitive. Boum super-colossal collectif ! l'homme étant un etre collectif !)"

Louis Wolfson, Ma mère, musicienne, est morte de maladie maligne à minuit, mardi à mercredi, au milieu du mois de mai mille977 au mouroir Memorial à Manhattan, 1984
[réédition : Attila, coll. "Lupin", 2012]

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On trouvera ici la préface de Deleuze à Le schizo et les langues, de Louis Wolfson (réédité par Gallimard)