Je reçois tout à l'heure ce poulet de Stéphane Cattaneo.

« Vous souvenez-vous d'Occupy Wall Street ?
 
« J'étais par chance au cœur de ce mouvement à NYC l'année dernière, m'enivrant de liberté, de créativité, de solidarité (et d'un tas d'autres mots se terminant par , au rang desquels on peut citer: l'hilarité, la convivialité, l'amabilité (et toutes ces sortes de joyeusetés)); ainsi, tel un envoyé spécial pour le compte de la subversion internationale (vivent la révolution et les pommes de terres frites !), j'inondais le monde en général et La Roche-Bernard en particulier de mes comptes rendus sur la situation (assortis parfois, il est vrai, de considérations plus personnelles (comme certains désastres émotionnels si je me souviens bien, mais passons)), qui, aussi relative qu'ait été mon audience (dans sa dimension numéraire, s'entend), n'ont pas peu contribué à tenir informer les populations de ces évènements si importants. Noble tâche !
 
« J'ose croire que je m'en suis acquitté avec ardeur et efficacité.
 
« Or, il se trouve que pas très loin de chez moi il y a Notre-Dame-des-Landes; c'est un joli bocage situé au nord de Nantes, qu'on veut ravager pour y construire un aberrant aéroport. Ça se situe de l'autre côté de la frontière administrative: on n'est plus en Bretagne depuis que Pétain a fait ceci ou cela, je ne me souviens plus très bien (et je m'en fiche pas mal: on est tous des frères), mais en Pays-de-La-Loire. Ces derniers temps on y croise des centaines de CRS et gendarmes mobiles, qui y expulsent les habitants, détruisent leurs habitations, gazent le tout aux frais du contribuable.
 
« Cependant, s'il y a un esprit de résistance "à la bretonne" qui est bien vivant, bien serein, bien déterminé c'est ici, dans ce patelin. Je le sais, j'y étais hier.
 
« Je ne veux pas tout dire de ce que j'ai vu et entendu sur la route D81 qui relie Fay-de-Bretagne à Vigneux-de-Bretagne, ni même de ce que j'y ai fait; je peux en revanche vous révéler que nous nous préparons à vivre un épisode magnifique, plein de fougue et de panache. Les flics qui ont survolé par hélicoptère cet après-midi la Zone A Défendre (clic) n'ont pas manqué de faire le point sur les forces en présence, aussi m'autorisé-je à vous signaler que plusieurs barricades ont été érigées, des vraies avec fossés, gravats, pneus, palettes, troncs, réserves de projectiles tels pierres, piles ou canettes. Sur plusieurs rangs successifs, elles coupent la route au sens littéral du terme et constituent le point névralgique d'une zone n'étant plus complètement sous le contrôle de Vinci, la police, l'Etat: ils ne passent plus. Aucune trace des bleus - ou si peu - pendant tout ce week-end et l'air, curieusement, s'en trouve comme purifié, enrichi des fragrances de l'automne. Singulière expérience que l'érection (très agréable aussi) de ces barricades champêtres, tranquilles, et joyeuses: elles promettent un gymkhana insensé et périlleux aux flics qui voudront les prendre d'assaut, et se montent dans la bonne humeur, la tranquillité, l'évidence par des femmes et des hommes jeunes, animés d'une puissante pulsion de vie: on n'est pas dans le no future ici, c'est exactement le contraire. Ces gens sont le futur. Nous sommes le futur.
 
« Une Manifestation de Réoccupation est programmée pour le samedi 17 novembre, en compagnie d'une partie du "mouvement social", dit-on: Attac, la Conf', le NPA...  Ce sera un rendez-vous important pour reconstruire des bâtiments collectifs et passer l'hiver, réorganiser durablement la vie des habitants, donner une suite au mouvement, comme il est coutume de le dire.
 
« En attendant, on a envie de voir vivre ces barricades, de les voir prospérer, animées par la musique et les chants  Par nos amours, nos rêves. Nos incendies. Il faut les défendre et cesser de nous plaindre. Se souvenir du Larzac et Plogoff, la Commune de Paris... Ces choses sont vraiment arrivées. Et demain, elles se produiront encore.
 
« Je le sais, j'y serai. Si vous venez, vous me repérerez aisément: je serai à côté d'une grande banderole peinte par mes soins où l'on peut lire : QUE LA FÊTE COMMENCE !
 
S.