galop

Le ton anodin de notre conversation me chavire le cœur. Que sait-il au juste de moi ? Il n’a pas l’air d’être au courant de mon arrestation sous ma véritable identité par les carabinieri sur une plage à cent mètres d’ici il y a deux jours. Sans quoi, il m’aurait immédiatement embastillé pour me renvoyer d’où je viens. C’est-à-dire dans les bras généreux de Genna. Pas certain ! Attend-il quelque chose de moi ? Un acte répréhensible pour me coffrer ? Une information qui lui permettrait de me cravater ? A-t-il peur que j’utilise les armes volées aux pandores de Cagliari ? Qui est le cafteur ? Personne. Improbable. En tant que poulet, il ne se serait pas pointé sans biscuits. Donc, s’il persiste dans son interrogatoire mielleux, c’est qu’il y a anguille sous roche. Auirais-je ferré le poisson aux millions ? S’il s’intéresse à moi, ce n’est pas parce que Genna lui a refilé le tuyau, mais à cause de mes questions. Et si ce n’est pas ça... mais là, je m’égare. « Vous avez des papiers ? »

John F. Ellyton, Galop décès, éditions du Cactus inébranlable (clic), 2012

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john galop

John, Pyrénées-orientales, août 2009