« En 1964, j’appris que les moutons étaient châtrés de la façon suivante à Mignault: une incision était pratiquée dans le scrotum et l’artère spermatique était étirée jusqu’à sa rupture en arrachant les testicules avec les dents. À cette époque, je crus qu’il s’agissait d’une coutume bien localisée. Or, trois ans plus tard, au hasard de mes lectures, je constatai que les peuples de l’Eurasie septentrionale connaissaient aussi la castration avec les dents.

« Dès lors, j’entrepris une enquête afin de déterminer la répartition géographique de cette méthode de castration. [...]

« J’aurais voulu étendre mon enquête aux Indiens de l’altiplano de la Cordillère des Andes qui élèvent des lamas, aux gauchos de la pampa en Argentine, aux peuples pasteurs du Moyen-Orient, des plateaux de l’Asie centrale, et de l’Afrique noire, mais je préfère laisser ce soin à un ethnologue averti qui, éventuellement, pourrait compléter et valoriser mon travail, et aussi tirer les conclusions qui s’imposeraient.

« Pour la Belgique, j’ai cru préférable de classer les renseignements par espèces d’animaux afin de ne pas alourdir le texte.

« Mouton: Mignault, où l’on châtrait encore de cette façon en 1964 afin de ne pas provoquer une hémorragie et parce qu’on croyait qu’une lame d’acier infectât la plaie (1); Harmignies et Villiers-Saint-Ghislain (2); Houdeng-Goegnies (3); région de Beaumont (4); Cerfontaine, Dailly, Baileux et Pesches avant 1914 (5); Wangenies où le châtreur réclamait deux verres de genièvre avant de pratiquer l’opération et deux autres verres par après (6); Neuville-le-Chaudron (7); Olly-sur-Viroin où le châtreur affirmait que la plaie ne serait pas infectée car il chiquait du tabac (8); Sombeffe (9); Annevoie (10); Waulsort (11); Jauchelette (12); dans le Condroz avant 1914 (13); en Hesbaye où l’on croyait qu’une lame d’acier ne doit pas toucher les testicules (14); Comblain-au-Pont et Soheit-Tinlot (15); Celles-lez-Dinant (16); Longlier où l’opération a encore été pratiquée en 1967 (17); Awenne (18); Rettigny et Steinbach, près de Limerlé, il y a quarante ou cinquante ans (19); région d’Alost et Pays de Waes (20); Appels-Dendermonde et Kalken, il y a trente ou quarante ans, où le châtreur buvait de l’eau-de-vie pour aseptiser sa bouche avant l’émasculation, ainsi qu’à Merchtem et Steenhuffel, il y a septante ou quatre-vingts ans (21); Bokrijk, en 1955 et 1956, où la castration fut effectuée par un paysan habitant une ferme dans le Openluchtmuseum (22).

« Bouc: Mortier où l’on voulait un animal calme et facile à engraisser (23).

« Porc: Comblain-au-Pont et Soheit-Tinlot (15); Awenne (18).

« Lapin: Appels-Dendermonde et Kalken (21); Carnières (24); Awenne (18).

« Chat: Appels-Dendermonde et Kalken (21); Carnières (24) ; Awenne (18); Sombreffe (9).

« Chien: Awenne (18); Carnières (24).

« La castration avec les dents n’a pas été notée à La Gleize (25) et dans le Pays Gaumais (26). [...] »

Robert Dascotte, À propos de la castration avec les dents,
Le Daily-Bul, « Le congru et l’incongru » n°2, La Louvière 1976