A La Rochelle, on prend aussi le temps de lire. Je dédie ce modeste post au capitaine de la librairie Le Bouquiniste, rue Saint-Nicolas [et à Jacques Kermabon, pour les raisons qu'il sait]. On fait chez lui de belles trouvailles, tel, pour une demi-douzaine d'euros, cet exemplaire d'origine des Amours jaunes, édition augmentée de poèmes et proses posthumes, avec une introduction et un appendice critique de Yves-Gérard Le Dantec, Gallimard 1953. Qu'on se dépêche d'y aller voir. S'il faut en croire la rumeur, le Bouquiniste (que l'on peut dénicher sans surprise, quand sa grille est baissée, à La Guignette, la cave à vins sise deux boutiques plus loin), est désabusé et las de la paresse des Rochelais et des touristes réunis. Il aura sans doute, quand s'ouvrira en juillet prochain la 42e édition du festival du film, cédé son bail à un marchand de chaussures, de téléphones portables ou de kebabs. On aura beau dire c'est dommage, ce sera surtout trop tard. En attendant, on écoute Serge Kerguiduff chanter le génial Paria (extrait de Raccrocs). En voici les trois premières strophes :

Qu'ils se payent des républiques,
Hommes libres ! - carcan au cou -
Qu'ils peuplent leurs nids domestiques !...
- Moi je suis le maigre coucou.

- Moi, - coeur eunuque, dératé
De ce qui mouille et ce qui vibre...
Que me chante leur Liberté,
A moi ? toujours seul. Toujours libre.

- Ma Patrie... elle est par le monde ;
Et, puisque la planète est ronde,
Je ne crains pas d'en voir le bout...
Ma patrie est où je la plante :
Terre ou mer, elle est sous la plante
De mes pieds - quand je suis debout.