Nicolas Kozakis - Raoul Vaneigem © Yellow Now, Côté arts, 2012

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Un moment d'éternité dans le passage du temps

Nous commes à chaque instant
Aux confins d'un monde proche et lointain
Peuplé de solitudes

Construire, se construire, tout commence et recommence
Pas à pas, geste après geste
En cette existence qui est la nôtre
En cette existence que nous voudrions faire nôtre

Penser au travail empêche de penser à vivre
Où se situe la frontière entre travail et création ?
Telle est la question.
Toute l'humanité est là
Sur cette frontière souvent incertaine.

L'homme est sorti de l'animalité pour y retomber
Il a donné des ailes au vivant
Et s'est mué en prédateur
Pour les lui couper.

Les bêtes depuis si longtemps exploitées
Ont dans les yeux le reflet
De l'homme exploité
Par ses semblables

L'existence réduite à la survie
Peut-elle se contenter des ombres de la vie ?

Ce qui se construit pour soi et par soi
S'appelle destinée
Heureux celui qui découvre la lenteur de la vie
Tandis que s'écroule un monde
Saisi par la frénésie
Du pouvoir et de l'argent

Nous ne percevons pas assez à quel point nous est acquise
La silencieuse solidarité
Des pierres et des bêtes

Nous nous laissons déposséder
De notre seule richesse
Le bonheur d'aimer
Ce qui est aimé est toujours vivant

La nature est femme
Elle renaît aujourd'hui
De la renaissance de l'homme et de la femme
La guerre des sexes s'apaise
Dans le temps que cesse la guerre millénaire
Livrée à la nature.

Bientôt viendra la race humaine
Qui recréera le monde
Au lieu de le détruire.

L'eau et la montagne sont nos sommets
Et nos abîmes
Nul besoin d'escalader ou de plonger
Ils viennent à nous
Ils nous explorent
Ils nous enseignent :
Tout ce qui est en haut est en bas
Et inversement

Le ciel a perdu ses attraits
L'eau le feu la terre et l'air
Nourrissent nos rêves.