« Quand on aime une œuvre, c'est toujours pour des raisons personnelles. » (Alain Cavalier)

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1. Leviathan, de Lucien Castaing-Taylor et Verena Paravel (Mer, 2012) ~ Quand le plus contemporain des films de l'année renoue avec les avant-gardes documentaires des années 1927-1934, on se dit qu'aujourd'hui Flaherty tournerait L’homme d’Aran en gopro.

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2. Le film s'appelle voici, de Jean-Louis Le Tacon (France, 2013) ~ Deuxième volet (en pin du Nord) de la trilogie champêtre du taquin Le Tacon: les chèvres ont pris la place des poules, mais il y a toujours la Gartempe et la modiste Trinidad plus stylée que jamais. Le film le plus amoureux de l'année.

 

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3. Gravity, de Alfonso Cuaron (Etats-Unis, 2013) ~ Vu au Kinepolis de Rocourt. En moins de dix minutes, à ma gauche comme à ma droite, plus aucun de mes voisins ne songeait à finir son pop-corn. Apprendre aux consommateurs à redevenir spectateurs: la rééducation de l'année.

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4. Montenero, de Martine De Michele (En compagnie du Sud, théâtre populaire itinérant) (Belgique, 2013) ~ Du théâtre, certes, mais le cinéma n'est pas une question de support. Sur les planches, remontant des profondeurs et pris en charge par trois jeunes femmes d'aujourd'hui: des histoires de mères, de toutes les mères des vagues d'immigration des années 1950. Et dans ma tête, simultanément, le défilement des plus beaux films ayant porté l'histoire mondiale des peuples pauvres sur les écrans: Le bar de Gigi (Gian-Vittorio Baldi), les courts métrages de De Seta, Déjà s'envole la fleur maigre de Paul Meyer... À Tilleur, en bord de Meuse, en hommage aux sacrifiés d’ArcelorMittal, se joua ma rétrospective cinématographique de l’année, sans projections.

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5. Entretien filmé n°60 : Jean Rouch, de Boris Lehman (Belgique, 2001) ~ Boris Lehman et Jean Rouch s’étaient donné rendez-vous pour se parler, ils n’ont pu s’empêcher de se filmer: pour du rire, pour faire les fous, pour démontrer qu’après tout, le cinéma n'est qu’un jeu d'enfants. Il est vrai que le chien Puf avait lui-même allumé la mèche en tentant de filmer avec son nez. Ciné-transe, ciné-plaisir, ciné-rencontre: le film le plus amical vu cette année.

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6. L’inconnu du lac, d’Alain Guiraudie (France, 2013) ~ Une preuve que dans la fiction française, de plus en plus il n’est bon bec que de province, plus de Paris.

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7. La main au-dessus du niveau du cœur, de Gaëlle Komar (Belgique, 2011) et Entrée du personnel, de Manuela Frésil (France, 2012) ~ De la bête à la viande et de l’homme à l’esclave: sous l’empire du Capital, condition humaine et question animale sont plus que jamais liées au sein de sociétés littéralement inhumaines et tout autant « inanimales » (voir Leviathan). Merci à Fanny Roussel de m’avoir fait découvrir ce film de Gaëlle qu’elle a si bien monté.

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8. Casa, de Daniela de Felice (France, 2013, en sélection au festival des cinémas du réel) et Beaudelot, de Camille Fontenier (Belgique, 2013) ~ Le deuil, la vieillesse, sujets graves évidemment, mais que de douceur et de pudeur dans ces deux films découverts aux Rencontres de Laignes, peut-être les plus hospitaliers de l'année. "On fait une belle famille", murmure la cinéaste à son frère, dans Casa. Je n’ai pas cessé de songer à cette phrase, ces derniers mois.

9. Lettre à Jean Sterck, de Marianne Amare (France, 2013) ~ Une lettre filmée, tournée et montée en une journée, le cinéma dans son plus simple appareil, en hommage aux habitants de Laignes qui, pour la deuxième fois, acceptèrent de transformer leur village bourguignon en un mini-Woodstock pour filmeurs. Jean Sterck aime les hiboux et Marianne est étudiante. Au cinéma, la valeur n'attend pas le nombre des années.

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10. L’image manquante, de Rithy Panh (Cambodge-France, 2013) ~ Quand le cinéma documentaire ne consiste pas à montrer, mais à faire voir au-delà, perforant la muraille du visible, la trouant même, car sinon par où passeraient-elles les émotions et les idées, tout ce qui nous rattache aux êtres comme aux inconnus de la terre ?

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11 (bonus) Un vieux film chinois des années vingt, d'Hélène et Patrick Leboutte (Belgique, 14 juillet 2013) et La nuit du sacre, des mêmes (Belgique, 21 juillet 2013)

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À Liège, où nous vivons (une municipalité socialiste, une Fnac, un magasin Ikéa, près de 20% de la population sous le seuil de précarité, bref une ville européenne normale), deux groupes se partagent le monopole des salles de cinéma: à Kinepolis, le commercial, le populaire; à l'association Les Grignoux, l’art et essai, le cultivé. L’encyclopédie Wikipédia nous apprend que le but de cette dernière « n’est pas de projeter du cinéma hors-norme (essais cinématographiques, cinéma expérimental ou underground, films inhabituels dans le fond ou dans la forme). En pratique, elle diffuse du cinéma subventionné "grand public", raison pour laquelle désormais je m’abstiens, à présent bien obligé d’essayer de filmer moi-même si je veux maintenir mes yeux grand ouverts, par fidélité aux cinéastes qu’ils ignorent et que j’aime.

Merci à Dominique Castronovo de m’avoir prêté ses clés.

Merci à Jean-Louis Le Tacon pour sa forge des outils cinématographiques légers et ses séances matinales de gymnastique pour filmeurs, dans le petit parc de Laignes.