« Pourquoi pleurait-elle ? Peut-être parce que dans la réalité Cherie aurait bu, énormément. Il lui aurait manqué la moitié des dents. Elle aurait été obligée de coucher avec ces salopards. Ça n’avait aucun sens qu’elle arrive à les éviter sauf que le scénario était sentimental et niais et parce qu’en 1956 un film ne pouvait risquer d’être classé X par la Legion of Decency. Dans la réalité, Cherie aurait été battue et sans doute violée. Les hommes se la seraient partagée. Ne me dites pas que le Far West n’était pas comme cela, je connais les hommes. Ils auraient abusé d’elle jusqu’à ce qu’elle tombe enceinte ou perde ses charmes ou les deux. Il n’y aurait pas eu de beau et rustique cow-boy pour la jeter sur son épaule et l’emmener dans son ranch de quatre mille hectares. Elle aurait bu et pris des médicaments pour tenir le coup jusqu’au jour où elle n’aurait plus réussi à se lever, ni même à ouvrir entièrement les yeux, et après ça elle aurait été morte. »

Joyce Carol Oates, Blonde, 2000, traduit par Claude Seban, Stock (2000).