L'ami Ph!l Delvosalle, garçon aux talents multiples et deus ex machina du "label" Okraina,
s'est livré ces jours-ci sur le blog de son pote, le très qualitatif Jean Dezert.
L'entretien se trouve, in extenso, ICI reproduit.

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En voici un extrait, suivi d'un topo de Nicole Brenez
évoquant sur les images de Barnet les plaisirs érotiques de DoPa.

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Okraïna est le nom d'un film russe réalisé en 1933 par Boris Barnet. Pourrais-tu m'expliquer les raisons du choix de cette filiation ?

En fait, le label aurait pu – ou aurait dû – s’appeler L'amour existe, du nom d’un autre film. Un court métrage documentaire, à la fois poétique, très touchant et très visionnaire, du jeune Maurice Pialat sur la banlieue parisienne et qui est pour moi un des plus beaux films du monde. L’idée était de sortir un double vinyle (30cm dans ce cas là, ça aurait été la seule exception dans les sorties de ce label) avec toute la bande-son du film sur une face (la musique de Georges Delerue, le texte de Pialat lu par Jean-Loup Reynhold) et des reprises-hommages-relectures sur les trois autres faces… J’ai fait l’erreur d’écrire à la veuve du cinéaste, la productrice de L’Inconnu du lac, Timbuktu, etc. Je n’ai jamais eu de réponse à mes différents courriers. J’aurais bien sûr dû demander l’autorisation pour reprendre la bande-son du film sur disque mais je n’aurais pas dû écrire pour demander l’autorisation d’utiliser le titre du film comme nom de label. J’aurais dû le faire de manière plus sauvage. C’était clairement un hommage, positif… Mais, bon…

Mais en tout cas, c’est clair que depuis plus de vingt ans la musique et le cinéma sont les deux sources d’énergies qui me font avancer. Du coup, après la "déconvenue Pialat", j’ai vite cherché du côté d’un autre cinéaste que j’aime beaucoup qui est Boris Barnet. C’est un cinéaste autodidacte, ancien boxeur, qui a fait tous ses films dans le cadre du cinéma soviétique mais en jouant avec les limites du film de propagande. Comment faire une œuvre personnelle, comment injecter de vrais personnages humains et non juste des archétypes, comment infuser de l’humour, etc. dans des films qui devaient obtenir l’aval de l’administration stalinienne et de ses services de censure…

Strictement au niveau du film, je crois qu’aujourd’hui je préfère Au bord de la mer bleue (1936) à Okraïna (1933 – que j’aime vraiment bien, mais avec des moments plus forts et d’autres plus faibles) mais je suis un cinéphile bruxellois des années 1990 et à l’époque, ici, c’étaient plutôt les muets de Barnet (La Jeune fille au carton à chapeau, La Maison de la rue Troubnaïa, le sérial Miss Mend, etc.) et Okraïna qui passaient souvent. À Paris, c’était plutôt Au bord de la mer bleue. Nicole Brenez a écrit un très très beau texte sur le film et sur Barnet (cf. vidéo ci-dessous), sur son "éthologie": selon elle, "l’euphorie d’avoir un corps". Mais, pour revenir au label (!), Au bord de la mer bleue, c’était un peu long comme nom. Donc…

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(merci à Patrick Leboutte)