mercure de france

« Le Croisic, 1912. Las des rumeurs de Paris, je viens me reposer au Croisic.

Après un voyage, si court soit-il, de l’eau chaude, un lit frais, vous sont choses précieuses. J’en use, et, la fenêtre ouverte, je respire l’air pur ; je rêve, et j’attends le sommeil. Ma tête, emplie des bruits de la cité, va trouver au port de pêche un calme délicieux.

Dieu ! que les oiseaux de mer sont bavards ! et les marins, c’est effrayant !

Dépaysé, jamais je n’ai si mal dormi. »

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« Rome, Auguste. Pollion m’invite à Rome ; hélas ! il me faut te quitter, ô Mantoue !

Après un voyage, si court soit-il, de l’eau chaude, un lit frais, vous sont choses précieuses. J’en use. Puis, la fenêtre bien close, je respire un air impur, tout parfumé. Je rêve à ma vie nouvelle, et je crains l’insomnie. Ma tête, accoutumée au calme de nos champs, résonnera, douloureuse, à la fièvre bruyante de la reine du monde.

Que ces rideaux de soie sont épais ! J’entends à peine un murmure assourdi qui me berce...

Dépaysé, jamais je n’ai si bien dormi... »

Claude Cahun [sous le nom de Claude Courlis],
Vues et Visions
(Le Mercure de France, mai 1914)