adonis

« La poésie, de nos jours, s’expose à un danger qui ne vient pas d’elle mais de la parole qui s’y réfère. [...] Le lecteur ne lit plus le poème, il lit le poète, ses préférences, ses inclinations. Il lit ce qu’on lui déclare du poète et de la poésie. Le poète est devenu pour le critique un moyen d’affirmer ses options, d’exposer ses théories, non de donner accès au poème en tant que tel. Il s’agit là d’une critique qui déchiffre la poésie par le truchement du monde. La véritable critique est tout le contraire, elle dévoile le monde à travers la poésie. Elle accède aux énergies de la langue elle-même sans autre instrument que la seule poésie. »

Adonis, Six notes du côté du vent, traduit par Claude Esteban
[in Mémoire du vent 1957-1990, Gallimard « Poésie »]