Quand on aura écouté patiemment tous les contresens sur la société du spectacle [sic] et sur un monde qui finit [resic], quand on aura demandé au Quotidien du peuple (organe du CC du Parti communiste chinois) de nous dire le monde tel qu'il va, quand on aura repris une dose de démago-Mère Tapdur et d'imbécillité-Front de Gauche [c'est dans son ADN], on se frottera les yeux et l'on demandera à Bill ce qu'il pense de tout ça. Relire le vieux Bill, Ornette sur le tourne-disque, c'est bon pour les nerfs.

« L’Amérique n’est ni un rêve, ni une réalité, c’est une hyperréalité. C’est une hyperréalité parce que c’est une utopie qui dès le début s’est vécue comme réalisée. Tout ici est réel, pragmatique, et tout vous laisse rêveur. Il se peut que la vérité de l’Amérique ne puisse apparaître qu’à un Européen, puisque lui seul trouve ici le simulacre parfait, celui de l’immanence et de la transcription matérielle de toutes les valeurs. Les Américains, eux, n’ont aucun sens de la simulation. Ils en sont la configuration parfaite, mais il n’en ont pas la langage, étant eux-mêmes le modèle. Ils constituent donc le matériau idéal d’une analyse de toutes les variantes possibles du monde moderne. Ni plus ni moins d’ailleurs que le furent en leur temps les sociétés primitives. La même exaltation mythique et analytique qui nous faisait tourner nos regards vers ces société antérieures nous pousse à regarder aujourd’hui du côté de l’Amérique, avec la même passion et les mêmes préjugés. »

« Bill », Amérique, 1986, p.32 (édition Livre de Poche/Biblio 4080)