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le vieux monde qui n'en finit pas
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9 août 2019

Mocky

Après l'ami Rauger, cité ici même pas plus tard qu'hier, qui pourrait bien nous dire qui était Mocky ? Camille [comme dans Le Mépris] Nevers [comme dans Hiroshima], pardi. Voici son éloge, paru dans Libération ce matin [image en une d'une laideur à faire peur, titre de une piqué à Noël Godin].

la_grande_frousse

Immense

Il n’y a pas un Français dans la salle qui ne soit en deuil de Jean-Pierre Mocky. Même, pas mal d’Italiens, d’Américains, d’Indiens et d’Apaches, de marlous et d’arbitres, d’ouvriers et de curés, de vieilles filles et de bourgeois, de flics, de petits fonctionnaires et de gangsters. Et de cela il s’enorgueillissait vivant, malgré ses traversées des déserts derrière et toujours devant lui, qu’il vouait aux gémonies en grommelant et dont il accusait tous les pouvoirs en place (de l’avoir "fait taire", vivres coupés, les ingrats), il rappelait, très fier, que dans la rue, dans les bars PMU, dans les palaces et partout, on le saluait d’une bourrade ou d’un grand sourire comme un type qui fait partie du même monde donc de tous les mondes possibles: il se prévalait ainsi, à juste titre, d’être populaire et de l’être "unanimement" auprès de toutes les classes sociales - sur plusieurs générations, de mère en fils, de fratries mafieuses en machines anars. Son œuvre, ne vous méprenez pas, est immense. Dense, et à profusion, buffet à volonté de films pour l’essentiel indispensables.

Chabrol n’est plus, voici que Mocky non plus. Il n’y a plus personne pour raconter la France et les Français comme "genre" comique et dramatique au cinéma à ce jour. Pas les Dupont Lajoie, ni les bourgeois, pas la sociologie bon teint des statistiques. Le peuple entier, aimé, caricaturé. Grandeur et décadence d’un petit commerce de cinéma, à lui tout seul, homme-orchestre et comédien forcené, comme dans le génial film télé de JLG.

Quand il recevait pour un entretien dans son grand appartement somptueusement vide du quai Voltaire à Paris, sa voix résonnait dans l’espace sans mobilier. Comme sa mémoire qui semblait infaillible et plus grande que la vie, disproportionnée, d’un romanesque haletant où tout se mêlait: le cinéma, les tournages, les femmes aimées, ses films et ses enfants (de combien de lits ?). Il contait une histoire exemplaire, artisanale au sens le plus noble et le plus trivial qui soit, du cinéma français, un compagnon (de la Marguerite), un prêtre ouvrier, un jeune premier charmeur et hâbleur et un entrepreneur acharné - il avait toujours 36 projets sur le feu avec les stars unies de tous pays. Il a eu combien de vies, Mocky ? Plus que sept chats réunis. Son linceul est comme lui, poches percées: sa générosité pourtant avare et pourtant phénoménale, sa place solo et passe-muraille (son cinéma aura été à tous égards plus italien que français), pétant toutes les cloisons puisqu’il a été accueilli par les chapelles ennemies du cinéma, de la Qualité française à la Nouvelle Vague, et qu’il n’a adopté personne. Mocky mockingbird, satiriste, bouffon, très grand cinéaste qui fit de toutes les gueules du cinéma des  portraits inégalés, en postiches et pastiches.

Camille Nevers [Libération daté 9/8/2019]

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Commentaires
G
la RTBF a diffusé une interview, illustrée de quelques extraits de films dont celui d'Antonioni où il était acteur (et bien beau garçon !) mais sur d'autres chaînes je n'ai rien vu et je pensais trouver plus que deux pages dans Libé mais la majeure partie était occupée par le foot....cela dit, cet éloge est bien tourné.
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