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le vieux monde qui n'en finit pas
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11 novembre 2020

Lectures pour tous : Olga Tokarczuk

« J’ai lu quelque part que les jocasses se défendent si un rapace les attaque [...]. Car la volée a une manière assez perfide de combattre, et elle est capable de se venger: tous les oiseaux s’élèvent d’un coup dans les airs et défèquent tous ensemble sur leur agresseur, des dizaines de fientes blanches atterrissent sur les ailes de l’épervier, le salissent, collant ses plumes et les rongeant de leur acide. Pour se sortir d’affaire, le rapace doit se ressaisir, abandonner sa poursuite et se poser dans l’herbe, écœuré. C’est à mourir de dégoût tant ses plumes sont souillées, barbouillées d’excréments. Il passe une journée entière, puis une autre encore, à les nettoyer. Il ne dort pas, impossible de dormir avec des ailes aussi crasseuses. Il n’en peut plus de l’odeur infecte qu’il dégage. Il est comme une souris, une grenouille ou une charogne. Il n’arrive pas à enlever la fiente séchée avec son bec, il est frigorifié et l’eau de pluie pénètre facilement son plumage collé pour atteindre sa peau délicate. Il se fait rejeter par les siens, les autres éperviers. Ils le prennent pour un lépreux contaminé par une terrible maladie. Sa dignité est entachée. Tout cela, l’épervier a du mal à le supporter et il arrive que l’oiseau se laisse mourir. »

Olga Tokarczuk, Sur les ossements des morts, 2010
traduit du polonais par Margot Carlier, Libretto (2012).

jocasse

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