Oates-and-Tyson

« L’histoire de Mike Tyson m’a rappelé ces contes légendaires d’enfants abandonnés que l’imagination européenne chérit tout particulièrement – Kaspar Hauser de Nuremberg, ou l’enfant sauvage de l’Aveyron. Ces contes séduisent notre goût du merveilleux, du mystère et de la terreur. Mais ils séduisent aussi notre culpabilité collective. Ces enfants, immanquablement des garcons, sont "naturels" et "sauvages". Ils ne sont pas exactement muets, mais il leur manque un langage. Ils sont totalement ignorants des premiers rudiments des relations sociales humaines. Ils n’ont pas de maison, pas de parents, pas de nom. [...] Mais même l’amour ne suffit pas à sauver Kaspar Hauser, étrangement voué au malheur, dont l’histoire se termine aussi abruptement et aussi tragiquement qu’elle a commencé. Quant à l’enfant sauvage de l’Aveyron, il perd sa fraîcheur d’âme au moment même où il acquiert le langage et les relations sociales. »

Joyce Carol Oates, Mike Tyson
["Kid Dynamite : Mike Tyson is the most exciting heavyweight fighter
since Muhammad Ali", Life, mars 1987],
in De la boxe, Tristram "Souple" n°3, 2012, traduit par Anne Wicke