« Messieurs,

Les lois, la coutume vous concèdent le droit de mesurer l’esprit. [...] Laissez-nous rire. [...] Le procès de votre profession est jugé d’avance. Nous n’entendons pas discuter ici la valeur de votre science, ni l’existence douteuse des maladies mentales. [...] Mais nous nous élevons contre le droit attribué à des hommes bornés ou non, de sanctionner par l’incarcération perpétuelle leurs investigations dans le domaine de l’esprit.

Et quelle incarcération ! On sait – on ne sait pas assez – que les asiles, loin d’être des asiles, sont d’effroyables geôles où les détenus fournissent une main-d’œuvre gratuite et commode, où les sévices sont la règle, et cela est toléré par vous. L’asile d’aliénés, sous le couvert de la science et de la justice, est comparable à la caserne, à la prison, au bagne. [...] »

Extrait de Lettre aux Médecins-Chefs des Asiles de Fous, in La révolution surréaliste n°3, 15 avril 1925.

« Ils se sont mis à trois pour la rédiger, nous dit Gérard Guégan dans la précieuse et succulente biographie romancée de Théodore Fraenkel [1896-1964] qui vient de sortir à L’Olivier: à Desnos le rythme des phrases; à Artaud la fulgurance des images; et à Fraenkel le savoir médical. » Cette Lettre, ajoute Guégan, sera « un des textes fondateurs de ce que l’on appellera l’antipsychiatrie après la Deuxième Guerre mondiale. »

Gérard Guégan, Fraenkel, un éclair dans la nuit, Éditions de l’Olivier, 2021

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