À l’heure de la réouverture des cinémas au crépuscule (présumé) de la pandémie, Paul Schrader joue les vieux oncles grognons – à rebours du triomphalisme aveugle des uns et de la démagogie des autres. Même s’il nous parle d’un territoire où les exploitants du répertoire « culturel » ne sont pas soutenus par l’État, il n’est pas interdit de se sentir concerné – et de penser que le diagnostic de Schrader vaut également pour l'avenir de « nos » salles.

[La version intégrale de l’entretien, où sont évoqués les plateformes VOD et l’avenir des studios américains, se trouve dans le numéro de mars des Cahiers du cinéma.]   

« Il ne reste que quatre raisons d’aller au cinéma. Le grand spectacle (Imax, 3D, 4D, tout ce que l’espace domestique n’offre pas). Les films jeune public, parce que les parents adorent voir leurs enfants interagir avec d’autres. Le flirt entre adolescents devant des comédies romantiques et des films d’horreur faits expressément pour faire se frôler une fille et un garçon. Et ce qu’on appelle ici le club cinema – des salles qui consacrent autant de place à la restauration et à la boisson qu’aux films, et dont les revenus carburent à la vente de confiseries et autres marchandises. Ces salles, où la place coûte un bras, invitent des acteurs, des réalisateurs [...]; elles survivront. À ces quatre exceptions près, je ne vois pas comment le cinéma en salles pourrait continuer. Je me découvre moi-même une très faible envie d’y aller: la qualité de la projection et du son n’y est guère meilleure que chez moi (elle est parfois pire), les places sont chères et c’est toute une affaire de sortir. [...] La fonction sociale du cinéma a toujours été mise à mal, or il faut bien comprendre qu’elle a toujours eu une base économique: combien de personnes peut-on faire tenir dans une salle, et combien peut-on les faire payer ? [...] Les gens qui pensent que le public aimera toujours aller au cinéma ne comprennent pas que l’évolution de cette pratique tient à des facteurs économiques plutôt qu’à un besoin social. Dire que le besoin de se retrouver ensemble dans un même lieu ne disparaîtra jamais, c’est ne pas comprendre que ce besoin a été créé de toutes pièces par les pionniers du cinéma. » Entretien réalisé à Brooklyn par Gavin Smith et traduit par Charlotte Garson.

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Cergy, Val-d'Oise