Relisons goulûment les deux livres de Petr Král [1941-2020], pragois de naissance, membre du groupe surréaliste tchèque, amateur de films et rédacteur au Mâche-Laurier, que Michel Ciment publia chez Stock dans la collection « Cinéma » en 1984 et 1986. Notons que Lurlure vient de rééditer le premier volume, Le Burlesque ou Morale de la tarte à la crème. Je n'ai à ce jour aucune nouvelle quant au destin éditorial du second, Les Burlesques ou Parade des somnambules (voir plus bas). Remarquons également la présence, au catalogue de la même collection, chez Stock, d’un autre sommet de la poésie au service de la critique, qui mériterait amplement qu’on le remît en circulation : Cinémanie de Gérard Legrand [1927-1999], publié en 1979. Qu’on se le dise.

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« À une époque où prolifèrent des thèses de toutes sortes, noyant les sujets les plus passionnants dans un flot d’intelligence souvent remarquable mais également mortelle, pour n’être guidée que par l’ambition de tout congeler en formule, il n’est peut-être pas inutile de souligner ce que ce livre doit à une rêverie personnelle. Dès l’enfance, en effet, certaines images du burlesque me sont apparues comme des images fatales, que j’avais l’impression de connaître à l’avance et qui me semblaient immédiatement faire partie d’un trésor caché: celui-là même que je ne cessais de chercher à travers tous mes jeux et plaisirs intimes (ma première rencontre avec le jazz sera de la même nature). Depuis, je n’ai jamais pu en oublier le souvenir. » [Petr Král]

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« On ne l’oublie malheureusement que trop souvent, et les spécialistes du cinéma les premiers. Curieusement, la plupart de ceux qui passent leur vie à regarder les films ont le plus grand mal à vraiment les voir: à considérer les images mêmes avant de leur prêter une intention et de se laisser entraîner par elles dans une exégèse. Tout au plus, pour les plus sérieux des experts, se concentre-t-on sur ces images pour les étudier; c’est malheureusement la manière la plus sûre de les manquer. En particulier, certes, s’il s’agit d’un vieux cinéma comme le burlesque; les films d’aujourd’hui, hélas, sont souvent faits moins d’images que de références et de clins d’œil purement spéculatifs, comme pour se plier à l’avance à l’étude qu’on leur fera subir[1]. Jean-Luc Godard a cependant raison: "L’histoire du cinéma, c’est l’histoire des deux yeux qu’on a fermés." » [Petr Král]

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[1] Y compris le cinéma de genre, burlesque ou polar. Cela même qui sortait jadis opportunément le cinéma de la culture fut stérilisé à son tour par la routine et la fadeur d’un bon goût généralisé.