« J’entrouvre la fenêtre, je me penche. Huit heures moins une: le toit de la voiture glisse dans la rue, s’immobilise, à dix mètres sous moi... Julien ! Une minute pour dégringoler vers toi... J’empoigne ma trousse, j’ouvre la porte, je change la clé de côté; sur le palier se tient un homme, pas très grand, l’air bonhomme et satisfait: "Bonjour, Anne, me dit-il. Ça fait longtemps que je te cherche, tu sais ? Allons, en route, je te suis. Et n’essaie pas de courir, hein ?" Je souris: Julien va nous voir passer, il comprendra que je suis un peu retardée et que ce n’est pas ma faute. Te fais pas de bile, va: sur la plate-forme lumineuse, nous nous retrouverons. L’un de nous est encore à l’arête inférieure: il faudra tour à tour grimper et haler, le repos recule... N’importe, je marche: précédant le flic, je descends l’escalier, en claudiquant à peine. » L’astragale, 1964, Jean-Jacques Pauvert

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Julien et Albertine Sarrazin