[Reçu de notre ami Philippe]

 « Mon père est mort la semaine passée.

Il y a deux ans, à la mort de ma mère, j’avais écrit :

« C’était une femme extraordinaire, qui laisse d’incroyables souvenirs à celles et ceux qui ont croisé sa route.
Si aujourd’hui je suis celui que je suis, c’est bien sûr aussi grâce à l’école, aux livres lus, à la musique écoutée,
aux films vus, à l’amitié partagée (donc à vous)...
Mais ma mère avait bien préparé le terrain et le terreau pour que tous ces stimuli ultérieurs
prennent racine en moi. »

En masculinisant la phrase, elle vaut aussi pour mon père.

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Ces dernières semaines, j’ai regardé beaucoup de vieilles photos de famille avec lui.

Des photos de mon enfance, de sa jeunesse, d’avant même sa naissance.

Parmi toutes ces images, je suis tombé sur celle-ci que j’ai tout de suite trouvée très belle et émouvante.
Cette photo noir et blanc prise en montagne qui ressemble presque à un photogramme d’un film de Murnau.

Le rapport entre le net et le flou, l’herbe et les rochers à l’avant-plan presque plus présents que le "sujet" et que les sommets à l’arrière-plan, m’ont d’abord fait penser à une photo prise en solo, au retardateur, lors d’un voyage en solitaire dans les Alpes françaises et italiennes à la fin des années 1950. Mais mon père l’a identifiée comme prise dix ans plus tôt, vers 1947-1948, près de Pralognan dans le massif de la Vanoise, lors d’un voyage avec deux de ses sœurs.

La présence de mon père sur cette photo, cette façon de se tenir au bord du cadre, de ne pas revendiquer l’avant-plan, me semble tellement en accord avec cette part principale de sa personnalité faite de discrétion et de respect des autres.

Même si d’autres de ses traits de caractère,
comme sa détermination à atteindre ses buts et son courage, sont moins visibles ici.

Une photo, aussi belle soit-elle, ne peut – heureusement – pas tout dire d’une personne.

Philippe. »