« Cela dit, j’écrirai peut-être un jour un texte sur l’arrivée des Français à Sidi-Ferruch, en 1830. C’est un moment inouï. Pensez qu’un brick a été affrété par un restaurateur nantais pour transporter ses ortolans, ses truffes, terrines et pâtés, ses vins de Bordeaux et de Bourgogne. Et, comme au début, il n’y a aucune résistance à Sidi-Ferruch, tout le monde s’installe sur la plage. Il fait beau. Les soldats sont contents. Ils banquettent tous les soirs. Bien sûr, si l’un d’eux s’éloigne du camp pour aller voir la campagne, on ne le retrouve plus. Enfin, on retrouve son corps, mais pas sa tête. Il y a beaucoup à raconter, là encore. Si une voix me vient, il faudra que je la suive. » (Propos recueillis par Florent Georgesco, Le Monde)

Mathieu Belezi

Ça, c’est pour plus tard. Pour l’heure, Mathieu Belezi nous apporte Attaquer la terre et le soleil (Tripode, 2022), quatrième ouvrage de sa chronique épouvantable de « l’histoire folle, démesurée, ignoble, de l’Algérie coloniale » – après C’était notre terre (Albin Michel, 2008), Les vieux fous (Flammarion, 2011) et Un faux pas dans la vie d’Emma Picard (Flammarion, 2015). Comme les précédents, le roman nous secoue les puces, nous fait haïr un peu plus le colonialisme et nous empêche de dormir. C’est voulu. Je le recommande à qui en a marre du roman sichologique à la française sur le mode je-t’aime-plus-mais-qu’est-ce-qu’on-va-faire-des-gosses... D’ailleurs si ça ne tenait qu’à moi (et si ça avait la moindre importance), je filerais tous les grands prix de l’année à Attaquer la terre et le soleil – ça leur ferait les pieds, à Despentes et aux autres.