le vieux monde qui n'en finit pas

« Nous ne nous résignerons pas au désastre qui couve. » La vie moderne et le temps qu'il fait. Note bleue, film, imprimé. L'ennui et l'agonie du vieux monde. Charles Tatum écoute et mate.

27 octobre 2009

Les livres trop chers : une idée reçue (Orwell)

Trop chers, les livres ? Foutaises !

La lecture coûte moins cher que le tabac, l'alcool, le cinéma
(et, oubli de notre auteur, la bagnole individuelle).

George Orwell à l'appui, une démonstration éblouissante
par le patron des éditions Agone.

« À la fin de la Seconde Guerre mondiale, George Orwell se trouvait dans un piquet de surveillance contre les incendies en compagnie d’ouvriers et d’un ami, rédacteur en chef d’un journal. Ils en vinrent à parler de la presse qu’ils lisaient et appréciaient.

« Quand nos deux intellectuels demandèrent aux ouvriers ce qu’ils pensaient des pages littéraires, ils répondirent: "Vous ne croyez tout de même pas que nous lisons ce genre de trucs?" Est-ce parce que – comme pourrait le penser un lecteur habitué aux commentaires que fit Orwell sur les équivalents contemporains du Monde des livres et consorts – ces pages étaient déjà, alors, d’une indigence à faire rougir? Pas du tout. Les ouvriers poursuivent: "Allons, voyons! la plupart du temps, vous parlez de livres qui coûtent…" – traduisons tout de suite: entre 15 et 20 euros! "Des types comme nous ne peuvent pas dépenser [cette somme] pour un livre."

« George Orwell se propose alors d’examiner "cette idée si répandue, selon laquelle l’achat de livres, ou même leur lecture, est un passe-temps dispendieux, hors de portée de l’individu moyen»*. Ainsi apparaît toute l’actualité de cette analyse pour répondre à l’une des questions auxquelles les éditeurs qui croisent leurs lecteurs doivent souvent répondre.

« Aux fins de son "examen en détails", l’écrivain compte les livres de sa bibliothèque et ceux qu’il a empruntés, il pondère avec ceux qu’on lui a donnés ou empruntés sans gage de retour, qu’il a reçus en service de presse, etc. Il arrive à évaluer sa lecture, sur une période de quinze ans, "à peu près à neuf shillings neuf pence par semaine, soit l’équivalent de quatre-vingt-trois cigarettes (Players)". La comparaison fonctionne encore assez bien de nos jours: en valeur, un fumeur (moyen) de la trempe d’Orwell brûle en cigarettes un bon gros livre par semaine, soit une cinquantaine de titres par an, autant dire qu’avec cette comptabilité un fumeur modeste vaut un gros lecteur.

« L’écrivain britannique établit ensuite des comparaisons avec la consommation nationale d’alcool, évidemment supérieure, en termes de budget des familles, à celle de livres. S’interrogeant sur la relation entre "le prix des livres et la valeur de qu’ils nous apportent", l’écrivain montre la difficulté d’établir un rapport en termes de "coût du temps de lecture", par exemple entre des romans, de la poésie, des traités savants ou des dictionnaires, "que l’on consulte de temps à autre sur une période de vingt ans; il y a aussi les livres qu’on lit et relit indéfiniment, [ceux] dans lesquels on se plonge mais qu’on n’achève jamais, [ceux] qu’on lit d’une traite et qu’on oublie une semaine après: tous ces livres peuvent pourtant être d’égale valeur en termes d’argent".

orwell« Pour établir tout de même des comparaisons, Orwell se fixe sur "la lecture comme simple divertissement", qu’il met sur le même plan que le cinéma. En valeur d’aujourd’hui, son calcul donne: en comptant quinze euros par livre et cinq heures pour le lire, soit trois euros de l’heure, on n’arrive même pas à une place de cinéma pour un spectacle qui va durer au maximum une paire d’heures. C’est en revanche l’équivalent, pourriez-vous dire, de la location d’un film en DVD: mais vous n’avez pas calculé l’amortissement du coût du matériel et il faudrait, pour que la comparaison vaille, comparer l’emprunt d’un livre en bibliothèque, ce qui ne coûte presque rien.

« En conclusion, on peut déclarer avec Orwell que "la lecture est l’une des distractions les moins coûteuses – sans doute la moins coûteuse de toutes après la radio". Et pourtant, après une évaluation (très approximative) du budget consacré par le public britannique d’alors à la lecture, notre apprenti sociologue arrive à des sommes dérisoires: l’Anglais ne dépense pas grand-chose en livres.

« Comme ceux de George Orwell à l’époque, mes chiffres "ne reposent que sur des estimations". Il va sans dire qu’il serait facile de les vérifier de nos jours, où les comptabilités nationales fourmillent de ce genre de données. Mais la différence serait-elle significative pour notre démonstration? Je ne crois pas. Comme disait cet Anglais à propos de son pays, "cette évaluation n’est pas à l’honneur [du nôtre], dont la totalité de la population est alphabétisée, et où l’homme de la rue dépense plus d’argent pour ses cigarettes qu’un paysan indien n’en dépense pour l’ensemble de ses besoins. Et si notre consommation de livres reste aussi faible que par le passé, ayons au moins l’honnêteté d’admettre qu’il en est ainsi parce que la lecture est un passe-temps moins passionnant que"… on dirait, de nos jours, le cinéma, la télévision, les spectacles sportifs et les sorties au bar ou en boîte de nuit. "Et non parce que les livres, achetés ou empruntés, coûtent trop cher."

« Si on réfute facilement la fausse croyance sur la cherté des livres, c’est une question d’une autre trempe que celle de leur moindre séduction supposée comme passe-temps. »

Thierry Discepolo, éditions Agone

* Dans un texte est paru sous le titre « Livres contre cigarettes », le 8 février 1946, dans les colonnes de Tribune, édité en français in George Orwell, Essais, articles, lettres, Ivréa-Encyclopédie des nuisances, volume IV, 1995, p. 116-121.

~

A propos de l'actualité de George Orwell dans l'édition française, on lira avec profit la chronique de Noël Godin dans Siné Hebdo n°61.

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16 octobre 2009

Pratiquons l'art de se faire des ennemis sans se fatiguer

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25 juin 2009

Les Frères de la côte 2009

Le frère Noël (clic) nous fait lire ce communiqué. Un peu tard, car les premières rencontres ont eu lieu le 22 juin. Mais il vous suffit de veiller au grain. Les pirates mâtinés Pieds Nickelés philosophes d'El Sur remettront le couvert un lundi par mois. L'ambiance est chaleureuse, les dialogues qualitatifs, le maté à la hauteur, le dulce de leche disponible à volonté.   

« Michel Benasayag et le restaurant argentin El Sur (35 bd Saint Germain, Paris 5e, 01.43.25.58.28) lancent une série de rencontres autour du sujet de la globalisation, la mondialisation, le biopouvoir, etc., ainsi que des modes et formes de résistance aujourd’hui émergents. Comment résister à l’époque des passions tristes? De petits maîtres libérateurs nous proposent, comme mode de résistance, la discipline, la croyance dans un programme et un leader, bref le royaume des "il n’y a qu’à, il n’y a qu’à…" C’est la construction et reconstruction du militant triste. Or nous sommes aujourd’hui engagés dans le développement d’une militance joyeuse et radicale, qui sait qu’il faut désespérer tous les Billancourt de la terre, parce que ce n’est pas avec de l’espoir qu’on s’émancipe, mais en renouant avec notre puissance d’agir, ici et maintenant. Le pouvoir (maîtres libérateurs compris) nous veut tristes et soumis; nous leur opposons une radicalité joyeuse. L’objectif des lundis des frères de la côte, avec Miguel Benasayag, est de se rencontrer, d’échanger, de comprendre dans l’action. La théorie et le blabla ne sert que de boîte à outils pour améliorer l’action, la subversion et la solidarité. Pour commencer cette série de rencontres, tout naturellement nous recevons ce roi sans couronne de tous les pirates, radical et joyeux, Noël Godin, baron des entarteurs, prince au nez rouge, cauchemar de tous les petits cons qui tentent de masquer leur manque de sérieux en se prenant au sérieux. »

Lire sur Article11 un long entretien avec Benasayag, «La liberté, c'est déployer sa propre puissance dans chaque situation» 

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marche des Tupamaros

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20 juin 2009

Conseils pratiques en vue des futures fêtes des pères

Fêtes des pères. Soyons prévoyants.

Observons ces quelques conseils pratiques

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16 juin 2009

Japon en couleurs 2

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15 juin 2009

Japon en couleurs 1

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10 juin 2009

Poires et faux mages - Stas à Bruxelles

André Stas à Bruxelles pour la promotion de son livre

andr__stas

Librairie Quartiers Latins
14 places des Martyrs
1000 Bruxelles

Samedi 13 juin, midi

l'aimable Muriel Verhaegen, libraire, nous servira de la cervoise,
du chocolat chaud et une variante locale du white russian

« Pierre de Gondol, le plus petit libraire de Paris, n’a pas beaucoup de clients, mais ce sont tous des habitués, des fidèles, des spécialistes, qui, de temps en temps, le chargent d’enquêter dans le Milieu interlope des textes. La librairie bordélique du quasi-omniscient de Gondol (douze mètres carrés) est sise rue Beautreillis. Ses amis – des amoureux pervers polymorphes du livre et de l’écrit en général – le surnomment Épictète, il a un faible pour le Mercurey et Iris…».

« André Stas, on le nomme le Professeur Stas, ce qui n’est pas volé. Cet homme est d’une culture aussi confondante qu’envélopédique. Il sait tout sur tout, à condition que ça soit du domaine du poil à gratter les crétins, les coincés et les bourgeois. Il est une des consciences du surréalisme belge et a été le sbire préféré de Blavier, un autre André, tiens celui-là (André et vous verrez). Il fait partie du Collège de pataphysique (…) Il sait tout faire, lire, écrire, peindre et dessiner. Ses collages sont à mettre dans toutes les têtes si ce n’est entre toutes les mains. Il est même verbicruciste, un comble pour quelqu’un qui est tout sauf carré. Il touche à tout sauf à ce qui pourrait être, esthétiquement, éthiquement, idéologiquement honteux. Et, sirop sur le boulet, c’est un amateur pratiquant du jeu de mots lamentable, car seuls les jeux de mots lamentables sont admis pour ceux qui pensent, comme Victor Hugo, que ce sont des pets de l’esprit. »

Jean-Bernard Pouy, extrait de la préface.

lediabledanslacathedrale1991stas
Le Diable dans la cathédrale, André Stas, collage, 1991

André Stas a reçu le 24 février dernier, au Procope, le Prix Xavier Forneret de l’humour noir.
Lorsqu’il a créé la collection des aventures de Pierre de Gondol sous le label des éditions Baleine, Jean-Bernard Pouy n’imaginait probablement pas qu’un volume paraîtrait un jour à l’enseigne des éditions des Cendres. Ce livre est donc bien une résurrection de la collection qui voit paraître là son neuvième opus. C’est aussi un grand défrichage que vient de faire l’érudit belge André Stas en poussant les aventures de cet enquêteur bibliographique au pays des fous littéraires.
André Stas est un collaborateur, s’en souvient-on, des
Cahiers de l’institut de recherche sur les fous littéraires. Aussi trouvera-t-on, Entre les poires et les faux mages de faux fous littéraires et des théologiens tout à fait authentiques mais singulièrement dérangés. [ LEKTI-ECRITURE ]

Entre les poires et les faux mages. Paris, Editions des Cendres, 171 pages, 18 euros

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21 mai 2009

Un rade en Bretagne (Pouy)

« Si l'on regarde bien tout autour du comptoir ciré au coude et dans la petite salle enfumée, il y a la population typique de ces abris humanistes qui ont remplacé depuis longtemps, pour la prière et la confession, les églises et les chapelles, pourtant nombreuses en ce beau pays.

« Le patron, d'abord, qui fait tout pour tenter de ressembler à Kersauzon ou à un cheval d'orgueil mais qui rappelle inexorablement un personnage de Dickens. La mère du patron, qu s'escrime sur ses mots croisés, en train de buter sur une définition: du neuf avec du vieux, en onze lettres, alors qu'elle est la réponse elle-même, puisqu'elle est nonagénaire. Trois anciens de la pêche, qui lèvent le coude après avoir relevé les casiers. Deux jeunes, le crâne couvert du bonnet de laine bleu nuit, qui se demandent sans se le demander ce qu'ils foutent encore là alors qu'ils pourraient s'éclater du côté de la Tour Montparnasse. Et deux dames d'un certain âge qui ont trouvé, pour la retraite, la douceur du porto et de la broderie au point de croix. [...]

« On boit de la bière, du vin, celui des bouteilles au goulot étoilé, et surtout un café que même les Belges leur envient, qui bouillonne doucement sur le poêle et que l'on complique avec du "jus de fruit", c'est-à-dire la pomme locale, une gnôle avec laquelle Ariane 5 irait deux fois plus vite. »

Jean-Bernard Pouy, La Récup', Fayard, « Noir », 2008

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« Un de ces cafés bretons qui ont l'air de dormir depuis l'arrivée de César dans la péninsule. »

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12 mars 2009

Charlie Parker, Jack Kerouac et le 12 mars


Charlie Parker (saxophone alto)... le bougre sourit entre deux solos, d'un sourire qui vous rajeunit d'un demi-siècle, avec Buddy Rich (batterie), Hank Jones (piano), Ray Brown (basse), New York 1950, sans doute au studio de Gjon Mili (me souffle l'irremplaçable Raminagrobis)

~

Charlie Parker est mort le 12 mars 1955. Ce jour-là, Jack Kerouac a trente-trois ans. On se fout totalement de ce genre de coïncidences numérologiques, mais enfin je vous le dis. Pur artifice qui me permet de rassembler dans le même billet deux des pensionnaires à vie de mon p'tit panthéon. Kerouac écrivit pas mal sur Parker. Le pouême ci-dessous, par exemple, une "méditation sensorielle" extraite de Mexico City Blues (1959). Pas besoin d'être agrégé d'anglais pour en sentir le rythme. (La traduction, des gens très bien sont payés pour ça, même si c'est toujours un peu moins bien que l'original. Mais si vous y tenez, allez voir ICI.)

beatnik
Larry Rivers, Jack Kerouac, Gregory Corso (bonnet blanc), David Amram, Allen Ginsberg, New York, pendant le tournage de Pull My Daisy de Robert Frank, janvier-avril 1959 (Raminagrobis, c'est Pic De La Mirandole !)
~

Charlie Parker looked like Buddha
Charlie Parker, who recently died
Laughing at a juggler on the TV
After weeks of strain and sickness,
Was called the Perfect Musician.
And his expression on his face
Was as calm, beautiful, and profound
As the image of the Buddha
Represented in the East, the lidded eyes
The expression that says "All Is Well"
This was what Charlie Parker
Said when he played, All is Well.
You had the feeling of early-in-the-morning
Like a hermit's joy, or
Like the perfect cry of some wild gang
At a jam session,
"Wail, Wop"
Charlie burst his lungs to reach the speed
Of what the speedsters wanted
And what they wanted
Was his eternal Slowdown.

charlie_parker

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25 février 2009

Brassaï

Le quiz du mois de février

brassa_
© Brassaï

Quelle est la question ?

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