22 novembre 2009
Lectures pour tous : Alain Badiou
« L'amour sécuritaire, comme tout ce dont la norme est la sécurité, c'est l'absence de risques pour celui qui a une bonne assurance, une bonne armée, une bonne police, une bonne psychologie de la jouissance personnelle, et tout le risque pour celui en face de qui il se trouve. Vous avez remarqué que partout on vous explique que les choses se font "pour votre confort et votre sécurité", depuis les trous dans le trottoir jusqu'aux contrôles de police dans les couloirs du métro. Nous avons là les deux ennemis de l'amour, au fond: la sécurité du contrat d'assurance et le confort des jouissances limitées. »
~
« Je crois que libéral et libertaire convergent vers l'idée que l'amour est un risque inutile. Et qu'on peut avoir d'un côté une espèce de conjugalité préparée qui se poursuivra dans la douceur de la consommation et de l'autre des arrangements sexuels plaisants et remplis de jouissance, en faisant l'économie de la passion. De ce point de vue, je pense réellement que l'amour, dans le monde tel qu'il est, est pris dans cette étreinte, dans cet encerclement, et qu'il est, à ce titre, menacé. Et je crois que c'est une tâche philosophque, parmi d'autres, de le défendre. Ce qui suppose, probablement, comme le disait le poète Rimbaud, qu'il faille le réinventer aussi. Ça ne peut pas être une défensive par la simple conservation des choses. Le monde est en effet rempli de nouveautés et l'amour doit aussi être pris dans cette novation. Il faut réinventer le risque et l'aventure, contre la sécurité et le confort. »
Alain Badiou (avec Nicolas Truong), Éloge de l'amour,
Flammarion, « Café Voltaire », 2009
~
Nous irons écouter Badiou donner une conférence demain, lundi 23, au théâtre Marni, 25 rue de Vergnies, 1050 Bruxelles (02.639.09.80). Après la conférence et la séance de signature ordinaire, comme nous en informe l'organisateur de la soirée, le libraire Claude Zylmans, nous aurons droit à une petite restauration, dûment servie au bar.

Chikage Awashima, Isao Kimura dans Iwashigumo (Nuages d'été), Mikio Naruse, 1958
Dorothée Blanck (album) 1
« Après avoir posé pour Fernand Aubry, Alexandre, Jacques Brissot, Corbellini, Jean Gabriel Domergue, Max Papart, Fabre de Thierrens, Dorothée Blanck fut le dernier modèle de Joseph von Sternberg. Danseuse au Théâtre du Châtelet, au Mogador, puis comédienne pour Agnès Varda, Jacques Demy, Peter Ustinov et d'autres, elle tourna en plus une vingtaine de courts-métrages: Philippe Durand, Patrice Leconte, Philippe Labro, Haidée Caillot, Philippe-Emmanuel Sorlin, Frédéric Tachou, fût hôtesse au Club Med, moniteur de yoga: Observateur, Le Matin, Le Point. Son père était Ambassadeur auprès de Fidel Castro, Bourguiba, Ben Bella, elle ne le vit jamais, et finit par écrire toutes ses aventures de voyages et amoureuses.
Don't forget me ! » [ tiré de blanckblog ] |
~
Parmi les douze mille petits bonheurs et émotions fulgurantes que nous offre Les Herbes folles (si vous n'avez pas suivi: il s'agit d'un film d'Alain Resnais, adapté d'un roman de Christian Gailly): la présence fugitive - un plan ! - de Dorothée Blanck. Rappelez-vous: avant que Marguerite, Georges et Suzanne s'envoient en l'air*, on voit un couple qui a offert un vol d'initiation à une petite fille (« Alors c'était bien ? Ça t'a plu ? On reviendra ? »). La dame, c'est Dorothée Blanck. Elle accompagne depuis longtemps le cinéma français que nous aimons. Il faudra que quelqu'un prenne le temps de raconter son histoire. Galerie-souvenir, en une douzaine de photos.
~

dans Lola, de Jacques Demy (photo : Raymond Cauchetier)

avec Alan Scott : Lola, de Jacques Demy

avec Agnès Varda (© Reporters associés)

à Bruxelles, période Cléo de 5 à 7 (photo: Jacques Sternberg)

à Bruxelles (photo : Jacques Sternberg)
Dorothée Blanck (album) 2

époque Cléo de 5 à 7

avec Gene Kelly : Les Demoiselles de Rochefort, de Jacques Demy

c.1986 (photo : Pierre Loudmer)

photo : Roger Noiseau

Cinémonde, 1965 © Distinghin
(et Brando a le dernier mot)
Dorothée Blanck (album) 3

avec Jacques Sternberg, à La Coupole, Paris
19 novembre 2009
Glaz 59
C'est le 1234e (mille deux cent trente-quatrième) billet de ce blog. Belle copie !
Hotties Reading 101
Jean-Paul Belmondo, Alain Resnais, tournage de Stavisky, 1974
18 novembre 2009
Chainsaw Maid, de Nagao Takena
J'ai trouvé ce petit bijou sur le nouveau site de l'Arenberg [ clic ]. Retitré La Bonne contre les morts-vivants, le film est réalisé avec de la pâte à modeler qu'on anime image par image. (En Belgique, où l'on ne fait rien comme ailleurs, les petits enfants appellent cela de la plasticine.) C'est un boulot colossal, d'autant que l'auteur a dû s'imprégner de George Romero et se taper un peu de Tobe Hooper, Sam Raimi et Wes Craven pour faire bonne mesure. Et il connaît Lynch: il a même piqué un thème de Badalamenti. C'est parfaitement révoltant. Comment peut-on laisser un jeune homme en plein possession de ses moyens (le réalisateur, Nagao Takena, semble avoir un peu moins de 23 ans) passer tout ce temps loin de ses livres de philosophie ? En tout cas, il était invité cette année au festival du Film d'Animation d'Annecy. Nous en reparlerons sûrement.
Je remercie naturellement Karo, et Valentin.
Irving Penn

Woody Allen en Chaplin (1972)
~
« En général je trouve décevantes les photos qui représentent les gens dans leur milieu naturel. Du moins, je sais qu'attendre des résultats convaincants dans ce genre d'images dépasse mes forces... aussi j'ai préféré une tâche plus limitée: m'occuper seulement de la personne, loin des incidents de sa vie quotidienne, portant simplement ses vêtements et ornements, isolée dans mon studio. C'est du sujet seul que je distille l'image que je veux, et la froide lumière du jour se dépose sur la pellicule. » [Irving Penn, dans son livre Worlds in a Small Room]
L'illustre photographe de mode est mort le mois dernier à New York, à l'âge de 92 ans. (Il était le frère aîné du cinéaste Arthur Penn.)
17 novembre 2009
Le Spitfire de Marguerite Muir

« Il était là, seul. Grand, élégant, l'air d'attendre. Pas seulement l'air, il attendait. Comme toute chose attend qu'on la touche pour être chose. Une chose n'est rien sans la main qui la caresse, nous non plus d'ailleurs, on n'est rien, moins qu'une chose. Il attendait sa main, ce grand animal sous sa bâche grise comme une vieille blouse, une quantité de blouses cousues pour en faire une grande à sa taille.
« Elle venait le voir comme on va voir un cheval noir, le soir, avant la course du lendemain, ou quand l'héroïne a du chagrin, on va le trouver dans un silence tranquille, il est là dans son odeur chaude, aigre, de paille un peu souillée, on lui parle, elle le caresse en lui confiant ses petits malheurs, ses oreilles frémissent, s'orientent mais il n'écoute pas, il regarde ailleurs, un mouvement de tête à la rigueur. Il ne bougeait pas. Il attendait.
« Mickey et les quatre autres avaient travaillé comme des chefs, qu'ils étaient, chacun dans sa spécialité, tout refait, retapé, impeccable, du moteur au train, le moindre câble, des maniaques, des obsédés, seule l'hélice dépassait de sous la toile. Quatre pales noires à extrémité jaune. Quand elle tournait, le jaune dessinait autour du flou central un joli liséré. Muir tira sur la bâche.
« Un Spitfire d'un modèle différent mais néanmoins très proche de l'appareil qu'avait dû piloter Muir le père. Les ailes à moitié ocre et noir avec des raies blanches. Le fuselage camouflé sous des nuances de vert. La cocarde. Une française inversée avec en plus du jaune. Du gris aussi dans le camouflage. [...] Un grand B derrière la cocarde, puis, plus loin, en petites lettres et chiffres noirs, MH 434. »
[Christian Gailly, L'Incident, Minuit, 1996]
Voir aussi Les Herbes folles d'Alain Resnais

15 novembre 2009
Marcher vite pour vivre vieux
« Une étude menée dans la région de Dijon, sur 3200 personnes âgées de 65 à 85 ans, a montré que le risque de décès d'origine cardio-vasculaire était trois fois plus élevé chez les individus marchant lentement. Un résultat identique pour les hommes et pour les femmes, et indépendant de l'âge. Les auteurs de l'étude (Inserm) font l'hypothèse que les facteurs de risque vasculaire (hypertension, diabète) joueraient aussi sur les performances motrices. La vitesse de marche serait donc un prédicteur de la mortalité cardio-vasculaire à moyen terme, et sa mesure pourrait devenir un test clinique simple. » [British Medical Journal, trad. par Le Monde]
Les immortels Chuck Jones, Road Runner et Wile E. Coyote n'en ont jamais douté.
