23 novembre 2009
Bull Durham, le jeu des deux erreurs

Ci-dessus, la version originale d'une publicité pour le tabac à rouler Bull Durham, publiée dans la presse américaine. Au-dessous, la même publicité revue et corrigée, telle qu'on la voyait dans les canards à partir de 1919. Observez les deux taureaux. Voyez-vous les deux changements ?
27 octobre 2009
Les livres trop chers : une idée reçue (Orwell)
Trop chers, les livres ? Foutaises !
La lecture coûte moins cher que le tabac, l'alcool, le cinéma
(et, oubli de notre auteur, la bagnole individuelle).
George Orwell à l'appui, une démonstration éblouissante
par le patron des éditions Agone.
« À la fin de la Seconde Guerre mondiale, George Orwell se trouvait dans un piquet de surveillance contre les incendies en compagnie d’ouvriers et d’un ami, rédacteur en chef d’un journal. Ils en vinrent à parler de la presse qu’ils lisaient et appréciaient.
« Quand nos deux intellectuels demandèrent aux ouvriers ce qu’ils pensaient des pages littéraires, ils répondirent: "Vous ne croyez tout de même pas que nous lisons ce genre de trucs?" Est-ce parce que – comme pourrait le penser un lecteur habitué aux commentaires que fit Orwell sur les équivalents contemporains du Monde des livres et consorts – ces pages étaient déjà, alors, d’une indigence à faire rougir? Pas du tout. Les ouvriers poursuivent: "Allons, voyons! la plupart du temps, vous parlez de livres qui coûtent…" – traduisons tout de suite: entre 15 et 20 euros! "Des types comme nous ne peuvent pas dépenser [cette somme] pour un livre."
« George Orwell se propose alors d’examiner "cette idée si répandue, selon laquelle l’achat de livres, ou même leur lecture, est un passe-temps dispendieux, hors de portée de l’individu moyen»*. Ainsi apparaît toute l’actualité de cette analyse pour répondre à l’une des questions auxquelles les éditeurs qui croisent leurs lecteurs doivent souvent répondre.
« Aux fins de son "examen en détails", l’écrivain compte les livres de sa bibliothèque et ceux qu’il a empruntés, il pondère avec ceux qu’on lui a donnés ou empruntés sans gage de retour, qu’il a reçus en service de presse, etc. Il arrive à évaluer sa lecture, sur une période de quinze ans, "à peu près à neuf shillings neuf pence par semaine, soit l’équivalent de quatre-vingt-trois cigarettes (Players)". La comparaison fonctionne encore assez bien de nos jours: en valeur, un fumeur (moyen) de la trempe d’Orwell brûle en cigarettes un bon gros livre par semaine, soit une cinquantaine de titres par an, autant dire qu’avec cette comptabilité un fumeur modeste vaut un gros lecteur.
« L’écrivain britannique établit ensuite des comparaisons avec la consommation nationale d’alcool, évidemment supérieure, en termes de budget des familles, à celle de livres. S’interrogeant sur la relation entre "le prix des livres et la valeur de qu’ils nous apportent", l’écrivain montre la difficulté d’établir un rapport en termes de "coût du temps de lecture", par exemple entre des romans, de la poésie, des traités savants ou des dictionnaires, "que l’on consulte de temps à autre sur une période de vingt ans; il y a aussi les livres qu’on lit et relit indéfiniment, [ceux] dans lesquels on se plonge mais qu’on n’achève jamais, [ceux] qu’on lit d’une traite et qu’on oublie une semaine après: tous ces livres peuvent pourtant être d’égale valeur en termes d’argent".
« Pour établir tout de même des comparaisons, Orwell se fixe sur "la lecture comme simple divertissement", qu’il met sur le même plan que le cinéma. En valeur d’aujourd’hui, son calcul donne: en comptant quinze euros par livre et cinq heures pour le lire, soit trois euros de l’heure, on n’arrive même pas à une place de cinéma pour un spectacle qui va durer au maximum une paire d’heures. C’est en revanche l’équivalent, pourriez-vous dire, de la location d’un film en DVD: mais vous n’avez pas calculé l’amortissement du coût du matériel et il faudrait, pour que la comparaison vaille, comparer l’emprunt d’un livre en bibliothèque, ce qui ne coûte presque rien.
« En conclusion, on peut déclarer avec Orwell que "la lecture est l’une des distractions les moins coûteuses – sans doute la moins coûteuse de toutes après la radio". Et pourtant, après une évaluation (très approximative) du budget consacré par le public britannique d’alors à la lecture, notre apprenti sociologue arrive à des sommes dérisoires: l’Anglais ne dépense pas grand-chose en livres.
« Comme ceux de George Orwell à l’époque, mes chiffres "ne reposent que sur des estimations". Il va sans dire qu’il serait facile de les vérifier de nos jours, où les comptabilités nationales fourmillent de ce genre de données. Mais la différence serait-elle significative pour notre démonstration? Je ne crois pas. Comme disait cet Anglais à propos de son pays, "cette évaluation n’est pas à l’honneur [du nôtre], dont la totalité de la population est alphabétisée, et où l’homme de la rue dépense plus d’argent pour ses cigarettes qu’un paysan indien n’en dépense pour l’ensemble de ses besoins. Et si notre consommation de livres reste aussi faible que par le passé, ayons au moins l’honnêteté d’admettre qu’il en est ainsi parce que la lecture est un passe-temps moins passionnant que"… on dirait, de nos jours, le cinéma, la télévision, les spectacles sportifs et les sorties au bar ou en boîte de nuit. "Et non parce que les livres, achetés ou empruntés, coûtent trop cher."
« Si on réfute facilement la fausse croyance sur la cherté des livres, c’est une question d’une autre trempe que celle de leur moindre séduction supposée comme passe-temps. »
Thierry Discepolo, éditions Agone
* Dans un texte est paru sous le titre « Livres contre cigarettes », le 8 février 1946, dans les colonnes de Tribune, édité en français in George Orwell, Essais, articles, lettres, Ivréa-Encyclopédie des nuisances, volume IV, 1995, p. 116-121.
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A propos de l'actualité de George Orwell dans l'édition française, on lira avec profit la chronique de Noël Godin dans Siné Hebdo n°61.
16 octobre 2009
Pratiquons l'art de se faire des ennemis sans se fatiguer




20 juin 2009
Hotties reading 64

La sortie des presses.
Le plus con des Suisses prochinois, disions-nous
(Merci à Tom Sutpen qui a exhumé ce document)
23 avril 2009
Amendons la loi Evin (fin)
Épilogue


22 avril 2009
Amendons la loi Evin à 22h00
Chapitre 5

Amendons la loi Evin à 20h00
Chapitre 4 - Devinette

?
Amendons la loi Evin à 18h00
Chapitre 3

Audrey Hepburn, Breakfast at Tiffany's (Blake Edwards, 1961)

Sophia Loren
Amendons la loi Evin à 16h00
Chapitre 2

Boris Karloff sur le tournage de Frankenstein (James Whale, 1931)
[Deux jours plus tard, l'ami Jean-Pierre m'envoie le commentaire éclairé que voici] La photo n'a pas été prise sur le plateau de Frankenstein mais trois ans et demi plus tard (entre le 2 janvier et le 7 mars 1935), sur celui de Bride of Frankenstein. Aucun doute possible : le maquillage de Karloff n'est pas tout à fait le même, ses frusques non plus. Hop ! [C'est noté.]

Groucho Marx et un figurant non identifié, At the Circus (Edward Buzzell, 1939)

Stan Laurel & Oliver Hardy
Amendons la loi Evin à 14h00
Après la pipe à Tati (l'expo de la Cinémathèque), la clope à Tautou (Coco Chanel). Commencent à nous fatiguer, les publicitaires. Voici quelques documents trouvés sur le Guardian et qui ont échappé aux coupe-cigares des salopiauds de Metrobus, la régie marchands-de-soupe des transports en commun de Paris (espace public).

Jacques Tati, Mon oncle, 1955

Humphrey Bogart, In a Lonely Place (Nicholas Ray, 1950)

George Brent et Bette Davis, Dark Victory (Edmund Goulding, 1939)
