14 décembre 2009
Tous les jours, l'anniversaire de Paul Éluard
Paul Éluard, poète français
né à Saint-Denis (Seine) le 14 décembre 1895
Terrible Anna Karina, qui lit dans Alphaville
un extrait de Capitale de la douleur
Ta voix, tes yeux, tes mains, tes lèvres.
Nos silences, nos paroles.
La lumière qui s'en va, la lumière qui revient.
Un seul sourire pour nous deux. Pas besoin de savoir.
J'ai vu la nuit créer le jour sans que nous changions d'apparence.
O bien aimée de tous, bien aimée d'un seul, en silence ta bouche a promis d'être heureuse.
De loin en loin dit la haine, de proche en proche dit l'amour.
Par la caresse nous sortons de notre enfance.
Je vois de mieux en mieux la forme humaine, comme un dialogue d'amoureux.
Le coeur n'a qu'une seule bouche.
Toutes les choses aux hasard, tous les mots dits sans y penser.
Les sentiments à la dérive.
Les hommes tournent dans la ville.
Les regards, la parole et le fait que je t'aime, tout est en mouvement.
Il suffit d'avancer pour vivre, d'aller droit devant soi vers tous ceux que l'on aime.
J'allais vers toi. J'allais vers la lumière.
Si tu souris, c'est pour mieux m'envahir.
Les rayons de tes bras entrouvraient le brouillard.
19 novembre 2009
Glaz 59
C'est le 1234e (mille deux cent trente-quatrième) billet de ce blog. Belle copie !
20 septembre 2009
Hotties reading 87

Jean-Paul Belmondo, Pierrot le fou, Jean-Luc Godard (1965)
12 septembre 2009
Hotties reading 85

Jean-Pierre Léaud dans La Chinoise, 1967
« Les lectures, par exemple, c'est extraordinaire. Finalement, je crois que ce qu'il y a de plus extraordinaire à filmer, ce sont des gens qui lisent. Pourquoi aucun cinéaste ne le fait-il ? Filmer quelqu'un en train de lire, ce serait déjà beaucoup plus intéressant que la majorité des films qui se font. Et pourquoi ne ferait-on pas ça à la télévision, maintenant surtout qu'on ne lit plus du tout ? »
Jean-Luc Godard, 1967

Macha Méril dans Une femme mariée, 1964
Merci à Bernard Noël.
29 juillet 2009
Vivre sa vie
Anna Karina, Jean Ferrat & Cie, Vivre sa vie: Film en 12 tableaux (Jean-Luc Godard, 1962)
Clin d'œil à mes quatre commensaux de La Guinguette à Trentemoult, ce mardi midi
(et s'cusez pour les quatorze secondes manquantes)
22 juillet 2009
Hotties reading 72

Macha Méril et Bernard Noël dans Une femme mariée (Jean-Luc Godard, 1964)
[merci Bernard]

Sean Connery dans Marnie (Alfred Hitchcock, 1964)
16 juillet 2009
Une bise et au lit 63

Macha Méril et Bernard Noël,
Une femme mariée : suite de fragments d'un film tourné en 1964
(Jean-Luc Godard, 1964)

Je remercie Bernard Noël, qui m'a fait parvenir le second photogramme
07 juillet 2009
Luc Moullet sur Paul Vecchiali
J'ai déjà eu l'occasion de trompéter ici que Bref (clic) était une des plus riches revues de cinéma ayant survécu aux bouleversements de la presse et à la paresse des lecteurs. Je n'en démords pas. Ce n'est pas le rédacteur en chef, le pays Jacques Kermabon, qui me contredira. Dans le numéro d'été 2009, Luc Moullet se fend d'un hommage inattendu à Paul Vecchiali (dont on ne parlera jamais assez), en s'appuyant sur Maladie, le court métrage que Vecchiali consacra à son propre père, il y a trente ans. Inattendu mais revigorant car Moullet nous embarque comme toujours vers le centre de gravité du triangle de l'humour, de l'érudition, de la radicalité et de l'intelligence. Tiens, un triangle à quatre sommets. Du pur Moullet. (Pour avoir dîné avec lui la semaine dernière, aux frais du cinéma bruxellois l'Arenberg, je peux témoigner aussi qu'il ne crache pas sur le tiramisu.) Quand j'aurai précisé que Bref, qui fête ses vingt ans d'existence, lance une campagne d'abonnement à des tarifs frôlant l'asymptote et que Yellow Now, de Crisnée, vient de publier un petit livre de Moullet sur The Fountainhead, on pourra lui laisser la parole. Le film de Paul se trouve après le texte, là, tout en bas.

Le père, le fils et le cinéma
Il y a chez Paul Vecchiali un côté vieille France. Ce polytechnicien a toujours géré ses maisons de production (Les Films de Gion, Unité trois, Diagonale) en bon père de famille, avec amour, rigueur et minutie, comme Truffaut, Rohmer, Tavernier, Varda ou moi, à l’opposé du plus grand nombre, qui ne craint pas les paris aventureux ou les risques de faillite. Ce traditionalisme à tous crins est quelque peu contredit par un regard humain et généreux sur le monde des homosexuels.
Le côté réactionnaire, droitier, voire pot-au-feu se traduit notamment par une grande attention envers la famille, les parents. Sur ce plan, je ne vois que Tavernier qui puisse lui être comparé (Daddy nostalgie, L’horloger de Saint-Paul), avec cette différence importante que Tavernier se situe dans un horizon politique tout à fait opposé.
Vecchiali est, je crois, le seul cinéaste au monde qui ait consacré un film à sa mère (En haut des marches) et un autre à son père (Maladie). Les deux sont d’ailleurs judicieusement couplés sur le même disque du beau coffret consacré à Vecchiali par Antiprod. Un traitement inégal en apparence, puisque le premier est un long métrage de fiction et le second un court métrage documentaire, mais ce dernier a l’avantage d’une plus grande rigueur, d’un pouvoir émotionnel et artistique plus affirmé.
Voici une orientation artistique insolite par rapport au contexte culturel national (le “Famille, je vous hais” de Gide) et par rapport à notre cinéma, qui a plutôt tendance à montrer la fracture entre les générations (Truffaut, Chabrol, Becker, Pialat) ou à omettre la génération d’avant (Rohmer, Godard, Rivette, Resnais).
Paul Vecchiali, dix-huit ans après le décès de son père Charles, a retrouvé son journal, qui relate l’évolution de sa maladie depuis 1952 jusqu’à sa disparition en 1959.
Il a donc filmé ce journal tenu sur un carnet. Les indications qu’il contient sont succinctes, précises. Elles ont une rigueur quasi militaire(1). Le défunt était d’ailleurs capitaine. Et l’émotion surgit de ce contraste entre la sécheresse du texte filmé, accentué par le ton neutre du récitant, et tout ce qu’il contient de dramatique. On a vraiment l’impression d’un mal inexpugnable (nous sommes prévenus dès le début de l’issue fatale) qui progresse sans trêve malgré de courtes accalmies. Tout commence par des crises d’asthme, qui semblent avoir entraîné des affections bien plus graves, puisque le capitaine Vecchiali allait mourir d’un cancer. À moins qu’il y ait eu concomitance fortuite.
Le texte est lu, avec quelques retouches, par Paul Vecchiali, d’une façon assez bressonienne. On pense d’ailleurs au redoublement écrit/voix du Journal d’un curé de campagne. Le spectateur lit plus vite l’écrit que le récitant. Ce qui fait que, souvent, pour garder le dyssynchronisme, Vecchiali commence à lire la quatrième ou la cinquième ligne du texte. Le spectateur doit alors faire un effort pour essayer de retrouver sur le cahier le texte qu’il vient d’entendre. Ce qui augmente sa participation au film.
Vers la fin, l’écriture, fort lisible jusque-là, devient brisée, maladroite. Aiguillés par quelques effets de métamorphose faciale dus à la maladie, que révèle un montage cut saisissant, nous prenons conscience de ce que Charles approche de sa fin, ce dont il se rend bien compte lui-même. Paul Vecchiali ajoute que son père relate son dialogue avec Dieu (il prétend l’avoir entendu), qu’il identifiait la vie à un passage, et que l’éternité constituait la vraie vie.
On retrouve ici l’itinérance des fins de vie. Charles Vecchiali erre de Toulon à La Roquebrussanne, au Luc et à Montpellier: les personnes très malades sont sans cesse à la vaine recherche – souvent contradictoire – d’un lieu, ou d’un hôpital où elles pourraient se trouver mieux…
Le mimétisme entre Charles et Paul demeure saisissant. La moustache commune y est pour beaucoup. Les photos de la famille sont en noir et blanc, tout comme une image de Paul, une photo semble-t-il. Mais soudain, elle s’anime(2). Il a voulu un moment se situer sur le même plan que son père. On croit un instant voir les doigts de Charles, mais ce sont ceux de Paul. Et en plus, Paul parle à la première personne en lieu et place du père, comme s’il voulait prolonger son existence.
Cela surprend dans l’œuvre de Vecchiali, où les protagonistes sont plutôt féminins, maternels (rien que des femmes dans Femmes femmes, Danielle Darrieux dans En haut des marches(3)).
Nous trouvons donc, pour l’essentiel, des plans en couleurs de Paul Vecchiali qui parle, des plans sur des photos de famille en noir et blanc et des plans sur le carnet, avec parfois, comme en surimpression, certaines photos. Mais il ne s’agit probablement pas de surimpressions: cela eut coûté trop cher par rapport à l’économie du film. Ce sont des jeux de miroirs qui renvoient l’image de la photo, quelque peu évanescente, sur les pages du carnet.
Maladie est en fait un no budget film. Vecchiali prétend l’avoir tourné en deux heures. Ce qui me vexe: j’ai passé plus de temps à rédiger ce texte. Nous avons ici la preuve qu’on peut réussir des chefs-d’œuvre touchants, émouvants comme Maladie, avec rien. C’est Maladie qui m’a incité à tourner à nouveau des courts métrages chaque fois que j’en avais envie. En 1978, les réalisateurs de longs métrages se sentaient dévalués s’ils revenaient au court métrage.
Voici, je crois bien, la première fois qu’un cinéaste consacre tout ou partie de son film à sa maladie (Charles étant ici l’alter ego de Paul). Depuis, il y a eu Nick’s Movie (Nicholas Ray, Wim Wenders, 1979), Journal intime (Moretti, 1983), Les derniers mots (Van der Keuken, 1998), Le fil de ma vie (Lionel Legros, 2002), L’insaisissable image (Hanoun, 2007). L’origine de cette complainte de la maladie se trouvait peut-être en fait dans Violence et passion (Visconti, 1975) et à travers l’œuvre de Dwoskin. Le cinéaste cherche à ne pas mourir pour pouvoir finir son film.
On m’opposera que tout était déjà dans le journal de Charles Vecchiali. Paul n’a pas eu grand-chose à faire. Peut-être. Mais c’est le résultat qui compte, peu importe d’où il provient. Il fallait beaucoup de tact, de sensibilité, pour traduire ce journal en film sans le trahir.
Et Maladie recoupe tout un cinéma moderne, fait sur l’écrit et la parole, qui est celui de Bresson et de Straub.
Luc Moullet
1. Dans ce contexte objectif, les très rares adjectifs qui mentionnent la douleur prennent une importance considérable.
2. Vecchiali, de façon discutable, nous trompe un instant : nous croyons avoir affaire à une photo du docteur, alors qu’il s’agit de Charles.
3. Lequel est vraiment le film jumeau : il débute précisément par des photos de famille.
(Merci à Sylvie Delpech pour sa gentillesse et son aide technique)
20 juin 2009
Hotties reading 64

La sortie des presses.
Le plus con des Suisses prochinois, disions-nous
(Merci à Tom Sutpen qui a exhumé ce document)
23 mai 2009
Johnny Hallyday, acteur en sole majeure
Johnny Hallyday chez des réalisateurs amis de la famille, ça ne date pas d'hier. Même en mettant de côté les films idole-des-jeunes des tout débuts (succulents), un John Berry-Eddie Constantine formidable (A tout casser), un Patrice Leconte assez réussi (L'Homme du train) et quelques pubs pour payer ses impôts luxembourgeois (les bobos ricaneurs devront nous expliquer en quoi il est plus stupide de vendre des lunettes sur TF1 que de promouvoir les produits L'Oréal (Deneuve) ou Armani (Scorsese) sur les chaînes publiques et dans les magazines branchés)... reste donc le trio Godard-Stévenin-To. Au prorata du nombre de films tournés en quarante ans, le bilan de Johnny n'a rien à envier à celui, disons, d'un Gabin ou d'un Depardieu.

Nathalie Baye, Jean-Luc Godard, Johnny Hallyday, tournage de Détective, 1985
«Beaucoup d’acteurs s’en plaignent, moi je me suis très bien entendu avec lui. La première fois qu’on s’est rencontrés, il m’a invité à déjeuner chez Dessirier [brasserie connue pour ses plats de poisson]. On s’est assis. Godard a dit : “J’prendrai une sole. Hein Johnny, toi aussi.” Je voulais pas le contrarier, j’ai répondu “Oui, d’accord”. On a mangé en silence. Et à la fin, il m’a dit : “Formidable, on commence à tourner dans quinze jours. Au revoir.” C’est tout ! Voilà, c’était Godard.» [Les Inrockuptibles, 19/5/2009]

Johnny Hallyday et Jean-François Stévenin dans Mischka (2001), de Jean-François Stévenin
«Ah, j’aime beaucoup ce film! Je fais un tout petit truc dedans. Je l’ai fait par amitié pour Jean-François, c’est mon pote. Il venait régulièrement voir mes tournées, il traînait souvent dans les coulisses parce qu’il connaissait un de mes gardes du corps. A force de le voir, je lui ai dit “Viens bouffer avec nous à la cantine”. C’est comme ça qu’on est devenus potes. Un jour, il me demande de venir tourner une journée dans Mischka. Ce jour-là, je devais faire l’Olympia le soir. Je lui dis: “Je veux bien venir, mais faut que ce soit en hélico, je peux te consacrer trois heures, puis faut que je retourne à Paris pour être sur scène le soir.” Tope-là, je suis venu en hélico, j’ai tourné les deux ou trois scènes et je suis reparti. C’est vachement bien, Mischka. Il a du talent Jean-François, malheureusement, il fait pas assez de films. Il tourne avec sa tribu, comme il dit. Quand j’ai joué dans Commissaire Moulin, je leur ai dit de prendre Stévenin. Ils m’ont écouté et il était très bien dans le rôle.» [idem]

Johnny Hallyday dans Fu chou (Vengeance) de Johnnie To, 2009
«[Le producteur] me donne un premier projet, me dit que ça a été refusé par Delon parce que le personnage est un ancien tueur atteint d’Alzheimer. Je lui ai dit “Moi non plus, Alzheimer, non”. Il me dit que Johnnie To modifierait le scénario pour moi: ce serait toujours un ancien tueur, mais qui a reçu une balle dans la tête, qu’on n’a pas pu extraire, et qui souffre de perte de mémoire. Là, ça me convenait.» [idem]
