22 juillet 2025
Le carburant discret du génocide, par Abbas Fahdel
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par Abbas Fahdel, 21 juillet 2025
Les images circulent: enfants déchiquetés, affamés… Chaque pixel de chaque photo, chaque seconde de chaque vidéo hurle la même vérité: un peuple est en train d’être broyé, méthodiquement, cyniquement, impunément.
Le monde regarde. Et se tait.
Il l’a déjà fait.
À Srebrenica, quand les casques bleus ont détourné les yeux. À Kigali, quand les machettes ont chanté et que la radio appelait au meurtre. À Phnom Penh, à Nankin, à Darfour. Et bien sûr, à Auschwitz, où les cheminées fumaient pendant que l’Europe cultivait sa culture.
L’histoire est pleine de génocides, et toujours, la même complicité rampante, les mêmes excuses : on ne savait pas, on ne voyait pas…
Mais aujourd’hui, qui oserait prétendre ne pas savoir ce qui se passe à Gaza ?
Ceux qui ont le pouvoir d’agir — gouvernements, élites culturelles et intellectuelles — se contentent de mots creux, de « préoccupations diplomatiques », de « regrets » aseptisés, pendant que les bombes pleuvent, pendant que la famine est utilisée comme une arme d’extermination massive.
Et ceux qui n’ont pas de pouvoir mais une conscience — les citoyens, les journalistes, les universitaires, les artistes — trop souvent se défilent, se réfugient dans le confort de l’indifférence ou la lâcheté de la neutralité. Ils invoquent la prudence, la complexité, le besoin de recul. Mais on n’est pas neutre devant un massacre.
Pourquoi ce silence ?
Parce que l’inaction ne coûte rien. Elle n’exige ni rupture, ni courage, ni mise en danger. Parce qu’on redoute de perdre une chaire, une subvention, un poste, une tranquillité. Parce qu’on a appris que certaines vies valent plus que d’autres — et que la vie palestinienne, comme hier la vie tutsie ou arménienne, ne vaut rien. Ou si peu.
Il faut le dire avec force : ce silence est un choix politique. Ce silence est une complicité active. On ne peut pas regarder des familles écrasées sous les décombres et dire ensuite : « Ce n’est pas à moi d’agir. » On ne peut pas voir une famine organisée et parler encore de « conflit complexe ». On ne peut pas entendre les appels à l’aide et rester muet sans devenir, par omission, par inertie, le complice du crime.
Ceux qui ne réagissent pas ne sont pas neutres : ils sont du côté des génocidaires. Car l’inaction n’est pas une absence de position : c’est une position en soi. Elle est le carburant discret du génocide.
L’Histoire ne pardonne pas ceux qui savent et se taisent. Elle n’a pas pardonné aux diplomates qui ont classé les télégrammes de Treblinka. Elle n’a pas pardonné aux généraux qui ont refusé d’intervenir au Rwanda. Elle n’a pas pardonné aux voisins qui ont fermé leurs volets pendant que les nazis raflaient les Juifs…
Et demain, quand la poussière retombera sur les ruines de Gaza, quand les pierres auront absorbé les cris et le sang, il restera cette question, simple, brutale, inévitable : Où étiez-vous ?
Et cette réponse, terrible : Je savais… mais je n’ai rien fait.
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