Lectures pour tous : Sam Sax
« En 2001, mes parents décident d’une virée à la plage sur la Jersey Shore, histoire de bronzer un peu, sauf qu’on finira, comme à chaque fois, par ressembler davantage à des sacs plastiques remplis de viande rouge. C’était la semaine la plus chaude de l’été. Avant Coco Chanel, le teint hâlé était synonyme de pauvreté et de travail dans les champs, mais tout cela a changé à partir du moment où elle s’est fait prendre en photo sur la Côte d’Azur, à se prélasser emperlée pour les magazines d’un bout à l’autre de l’Amérique. Dans la voiture, maman remonte ses cheveux, qu’elle fait tenir avec un mouchoir, comme une Audrey Hepburn juive, et papa porte une chemise hawaïenne, comme un Juif rondouillard dans une chemise hawaïenne. [...] On arrive à Monmouth et passe à la réception de l’hôtel – un hôtel rose, quelconque. Puisqu’il reste encore quelques heures de soleil, nous traînons notre attirail de plage jusqu’au bord de l’océan. [...] Certaines femmes dégoulinent d’huile bronzante, d’autres vendent des mangues et des hotdogs. Et partout de la bière, tant et si bien qu’on l’imagine couler sur le sable et suinter sous les pieds – il n’y aurait qu’à plonger une paille dans un château de sable pour être complètement bourré. » Sam Sax, T’es mort, 2024, La croisée [2025], (excellemment) traduit par Stéphane Vanderhaeghe.
/image%2F0404300%2F20250716%2Fob_7b78fb_t-es-mort2.jpg)