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le vieux monde qui n'en finit pas
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12 septembre 2025

Hymne à Jeannot-Pierrot, par Noël Godin [part two]

[...] Mon explication sera claire comme du jus de chique à l’absinthe Chat Noir : il fallait que l’on sache, ventre de bœuf !, que mon petit rossignol tyrolien adoré (c’est le p’tit surnom dont je l’ai doté depuis qu’il s’est mis à agrémenter les grands messes, au moment de la consécration, de retentissants « Tralala Itou ! » luismarianoesques), que mon petit rossignol tyrolien adoré, disais-je, récapitule pour moi gloupitamment tout c’qu’y a de plus irréductiblement unique, de plus audacieusement inventif, de plus maboulement chouaga et de plus frénétiquement dérangeant dans chacun des géniaux héros et personnages dont je viens de trompeter les noms.

Je tiens à hurler à la lune que bien mieux encore que ces satané(e)s gaillard(e)s me mettant les doigt de pieds et le palpitant en bouquets de violettes, Jeannot-Pierrot s’est toujours avéré être pour moi le plus idyllique des complices mécréants. Et qu’il s’est toujours avéré être :

Le pote le plus errolflynnesque (il embroche sur son sabre d’abordage les saloperies avec le panache et l’entrain du capitaine Blood) ;

Le pote le plus louisebrooksien (son corps loulouesque met à feu les libidos) ;

Le pote le plus jeanboyeresque (il a le chic des improvisations de chansonnettes primesautières exhortant au plaisir et à la désobéissance comme dans les fantaisies musicales Le Prince charmant et Prends la route) ;

Le pote le plus sinéesque (il dessine truculemment et a consacré un régalant court métrage d’animation, Graphity, à ses gribouillis de pissotières anarcho-scato-enragés) ;

Le pote le plus georgesdarienesque (il portraiture mieux que personne Darien et l’anarchisme intempérant fin de siècle, notamment, dans sa flagellante introduction historique à la réédition de L’Ennemi du peuple, L’Age d’Homme, mars 2008) ;

Le pote le plus bobylapointesque (c’est le roi des rois du calembour facétieux. On lit sur un des intertitres de son ébesillant porno libertaire Entrez vite vite, je mouille ! : « la ruée vers l’orgasme ») ;

Le pote le plus abbiehoffmanesque (il a semé la pagaille et l’effroi dans moult conférences austères, cérémonies pète-sec ou colloques faux-cul autour de la censure) ;

Le pote le plus posadaesque (il manie le pinceau comme Pancho Villa la dynamite explosant dadaïstement toutes les idéologies artistiques) ;

Le pote le plus desprogesque (et pourtant, y a Poelvoorde, Delépine, Prévost et Alévêque en course). Combien de fois n’avons-nous pas pleuré de rire ensemble après avoir persécuté nuitamment une fois de plus le colonel Fabry ou après avoir lancé de consternantes rumeurs au festival de Cannes : « Marcel Martin a une jambe de bois ! » ;

Le pote le plus fouriériste (chaque fois que, dans ses écrits ou ses ivresses, il réimagine le monde, c’est à partir de phalanstères où les moindres désirs et turlutaines de chacun pourraient vraiment se réaliser mélodieusement ;

Le pote le plus offenbachien (il met en opérette son quotidien en chantonnant guillerettement à tout propos avec l’impulsivité aérodynamique du Général Boum-Boum) ;

Le pote le plus SCUM (les deux longs pornos qu’il a fricassés et ses innombrables textes libertins réduisent en charpie les codes sexistes/machistes, misos/masos, sados/phallos et hétéro-flics pour appeler à de bouleversantes bacchanales libératrices dont les protagonistes retrouvent l’un dans l’autre l’écho de leur propre plaisir) ;

Le pote le plus bugsbunnyesque (je l’ai souventefois vu narguer cocassement des pères-la-trique et des adjudants pince-dur surexcités en les fixant droit dans les yeux tout en sirotant au goulot du Martini) ;

Le pote le plus mariusjacobien (avec sa majestueuse cape noire de comte Dracula, c’est un remarquable faucheur de livres, de disques, de jouets, de bouteilles de tequila et de croix mortuaires. Mais ce n’est qu’en ma compagnie, à ma connaissance, qu’il chaparde d’énormes pots de fleurs dans les jardins des beaux quartiers pour faire de beaux cadeaux) ;

Le pote le plus maxstirneresque (son Apologie du terrorisme burlesque et son Ode au terrorisme pâtissier sont de régalants chefs-d’œuvre. Ses mots de désordre aussi : « Que leur fatalisme étouffe les résignés ! ») ;

Le pote le plus benjaminpéretesque (c’est en rôdant un cierge allumé à la main dans de répugnants sanctuaires qu’il a composé ses meilleurs poèmes sacrilèges) ;

Le pote le plus mirbeauesque (parmi les textes-clés répercutés dans mon Anthologie de la subversion carabinée que m’a fait découvrir ce balèze connaisseur de la littérature délinquante, il y a la pièce Les Mauvais Bergers qui décrit une chouette grève insurrectionnelle trahie par les cancrelats syndicalistes) ;

Le pote le plus leglouesque (à l’instar du délicieux Le Glou et du fauteur de troubles situ René Vienet, c’est un très inspiré détourneur d’affiches de chansons, de slogans, de films, de pubs, de comic-strips, de tracts. C’est aussi un très grand détourneur d’ouvriers. A plus d’une reprise, en effet, nous avons entraîné, Jean-Pierre et moi dans de monstrueuses orgies de fort honnêtes prolétaires abrutis par le turbin s’apprêtant à rentrer somnambulesquement dans leurs insipides familles) ;

Le pote le plus alphonseallaisien (les prestigieux dindons de ses abominables farces téléphoniques nocturnes n’ayant pas encore avalé leur chique, je continue de la boucler) ;

Le pote le plus catcheur masqué (A bas le fascisant sport compétitif-marchand et ses hystériques supporters, aime t-il claironner ! Viva, par contre, le vieux catch désopilant qui s’escrimait, en direct live télévisé, à dépasser louftinguement ses limites scéniques) ;

Le pote le plus cartoonesque (jamais un pendard ne m’a causé avec plus d’émoustillée tendresse que lui des chères Pauline Carton et Jeanne Fusier-Gir. Aucun autre lustucru, par ailleurs, n’a mieux plaidé la cause érotique des femmes obèses, dispensatrices méconnues de voluptés sans nom) ;

Le pote le plus ocarwildien et le plus pétomane (même pendant ses zigzigs épiques, ses proutprouttralalas et ses dégobillades dans les rigoles de la nuit, il reste le plus dandyesque des affreux garnements qui ont la classe) ;

Le pote le plus slapstick comedy (c’est à la fois la réincarnation d’Harold Lloyd et de son élégance loufoque funambulesque, de W.C. Fields et de sa pharamineuse horreur des moutards, des chienchiens, des vieilles toupies, de Toto et de son éventail intergalactique de grimaces, de Bricolo et de son goût pour les expérimentations scientifiques extravagantes, de Lou Costello, Franco et Ciccio, des Trois Stooges et de leurs gondolants gags gagas) ;

Le pote le plus ravacholesque Clausewitz du terrorisme comique, il a toujours osé préconiser également la pratique enjouée des autres formes jusqu’auboutistes de révoltes épicées ;

et c’est Le pote le plus piednickeléesque (c’est Croquignol, c’est Filochard, c’est Ribouldingue au mieux de leur forme épicurienne et vandalesque).

Pourquoi voudrait-on dès lors que j’aille encore m’éclater à la Cinémathèque, que je lise encore d’embrasants trucmuches, que j’écoute encore Maurice Chevalier fredonner « dans la vie, faut pas s’en faire », ou que je bariole encore ma cuisine de posters de Gentleman Jim et des Rois de la gaffe puisque j’ai sous la main (1h25 en Thalys) un rossignol tyrolien qui personnifie poiléonesquement à lui tout seul ce qui se fait de plus fortiche, de plus factieux, de plus fêlé, de plus foutral dans les derniers arts et plaisirs populaires ?

Autrement dit, vive Ravachol ! Vive rossignol !

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Commentaires
B
Bonjour, Monsieur Tatum,<br /> J'ai donc manqué de perspicacité... Ah, vous êtes sévère !<br /> En tout cas, je vous ai envoyé un message privé.
Répondre
B
Mais où est donc la première partie ?
Répondre
C
Bonjour M. Blezel. Vous êtes parfois plus perspicace. Donnez-moi une adresse (mail, ou message privé), je vous l'enverrai.
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